Graines de Souris - Le blog de Sue-Ricette

lundi 13 juillet 2020

Margot des pleines lunes

margot-des-pleines-lunes- Margot a dix-sept ans et des airs d’héroïne romantique. Elle rêve d’un destin d’artiste, loin du Coteau où elle mène une existence compliquée. Un secret la contraint en effet à la solitude, une différence que nul ne pourrait comprendre : les nuits de pleine lune, elle quitte son corps pour celui d’une biche blanche. Les chasseurs de la région sont en émoi et l’un d’eux se montre particulièrement insistant. Personne à qui se confier, pas même Renaud, son frère aîné et tant aimé ! D’ailleurs, que pourrait-il, lui qui est plongé dans les doutes existentiels depuis son retour au Coteau ? L’étau se resserre chaque jour un peu plus autour de Margot. Les ombres se multiplient dans son sillage. Et c’est l’histoire familiale entière qui se révèle à elle dans la tourmente de son présent… -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Bruant d'Almeval, l'auteur de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il y a bien longtemps que je ne m'étais pas tournée vers la littérature jeunesse ! Revenir aux sources s'avère parfois nécessaire, histoire de se déconnecter un peu des préoccupations actuelles, de la morosité ambiante, sans pour autant couper totalement le lien avec le carburant de l'esprit : les mots. Car les mots ont ce pouvoir, quel que soit le public auquel ils s'adressent et l'âge que peut avoir ce lectorat, ils ont cette force pour faire d'un moment calme, intime, partagé dans le secret des lignes entre l'auteur et son lecteur, une histoire à la dimension littéraire tout simplement incroyable.

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  • La découverte d'un âge oublié

Le temps. Insaisissable, immatériel, indomptable. Ses ravages, aussi destructeurs puissent-ils être, ne sauraient-ils accepter la complémentaire dualité les opposant à ses prouesses salutaires ? Dans la masse nébuleuse et hétéroclite du raisonnement humain, se cherche la réponse immémoriale tant convoitée, tant espérée. Dans son éternelle quête spirituelle, l'homme sera-t-il un jour capable de trouver la clé de cette énigme et, au crépuscule de son existence, de comprendre son passé pour mieux vivre son avenir ? C'est ainsi que je perçois Margot des pleines lunes, un roman qui, au premier abord, semble s'adresser à un public plutôt jeune, mais qui, en fin de compte, se fait l'analogue autoédité du Petit Prince de Saint-Exupéry. Une lecture que l'on emporte dans notre coeur, que l'on savoure et dont chaque page renferme un trésor inépuisable. Les mots dansent, se multiplient, se mélangent pour créer un récit à la frontière du rêve et de la réalité. Le côtoiement de deux univers semblablement différents, et pourtant si proches... À l'orée d'une vie nouvelle, la vie d'adulte, l'envol vers des terres lointaines, ne saurait-on faire ressurgir l'enfant intérieur qui sommeille en nous ? Margot a pour elle la réflexion, la maturité, la stabilité émotionnelle, la logique, mais garde dans son coeur une part de la petite fille qui fut et qui ne disparaîtra jamais vraiment. C'est cette insouciance, cette légèreté dissimulée en elle sous la forme pure, belle et mystérieuse d'une biche blanche qui la rend si attachante aux yeux du lecteur. Sa détermination teintée, quelque part, d'une forme de renoncement, lui permet progressivement de se situer, de savoir qui elle est vraiment et qui elle choisit d'être.

Il ne s'agit pas d'avancer pour mieux reculer, car plongée dans les souvenirs à la fois tendres et douloureux de son enfance, Margot se réinvente, se dessine et trace sa propre route. Elle hésite, mais inconsciemment, ses pas la mènent vers son moi intérieur, ses aspirations profondes, ses sentiments humains, sa peur animale... Sa transformation peut ainsi s'apparenter à une métaphore tout ce qu'il y a de plus poétique, artistique, et conférer au récit ce côté magique, irréel, touchant. Toutefois, je pense que l'auteur s'attache tant à l'aspect tangible de son intrigue, rendant les métamorphoses de la jeune fille concrètes sous sa plume, qu'à celui, plus onirique et spirituel, philosophique même, sublimant le charme littéraire de son oeuvre. Au cours de cette histoire, Margot apprend véritablement à se connaître, se cherchant sans réellement se comprendre, comme si sa vie venait à peine de commencer... Comme si rien d'autre n'avait pu exister auparavant et que le monde s'offrait désormais à elle, oscillant entre l'exaltation de ses sens et la crainte sourde qui la tenaille à chaque instant. Avec ce roman, Bruant d'Almeval exploite à merveille le thème non pas de la renaissance humaine, mais de la venue au monde de chacun(e) dans ce qu'elle a d'initiatique, de révélateur : notre vie ne commence vraiment que lorsque nous décidons de nous affranchir du passé et du poids qu'il fait peser sur nos épaules, de laisser s'exprimer pleinement la liberté confinée, enchaînée en nous et qui nous maintient irrévocablement prisonniers de nos tourments tandis que les fantômes de l'incertitude déposent sur notre coeur le baiser glacé, mortel, du doute.

Aux côtés de Margot, c'est tout un pan de notre propre existence qui se dévoile. On suit avec passion et intérêt cette jeune fille timide et pourtant pleine d'assurance dans son périple nocturne sous les traits d'une biche immaculée luttant pour protéger sa vie. La biche, reflet de l'âme humaine, miroir de nos émotions profondes, illusion mentale d'une double identité, d'une existence parallèle rêvée, se manifeste tel un songe les nuits de pleine lune, comme pour créer l'ambiguité, l'ambivalence même de dissocier et, en même temps, de laisser se confondre en un seul être les deux parts de nous-mêmes en dormance, somnolant dans un coin de notre tête, mais prêtes à répondre à l'appel de notre coeur.

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  • Lecture jeunesse, et plus si affinités !

Margot des pleines lunes est tout sauf un roman visant uniquement un public jeune. Petits et grands sauront, selon leur âge, apprécier à sa juste valeur le récit des aventures de Margot, piochant ici la ténacité de l'adolescente face à l'injustice environnante, dénichant là la douceur merveilleuse et envoûtante de la double lecture qui, au fil des pages, se dégage sous le regard attentif du lecteur aguerri. Les interprétations ne manquent pas et permettent à chacun de s'approprier le récit à sa manière, avec sa vision des choses, sa perception des détails, subtils mais sublimes, éparpillés au gré des chapitres par l'auteur pour mieux satisfaire l'appétit livresque et la curiosité de tous. La plume de Bruant d'Almeval est si poétique que, sitôt commencé, le roman se dévore en même temps qu'il se savoure ! Les arts de toutes sortes se trouvent habilement mêlés, réunis dans une seule et même oeuvre, captés avec modestie, humilité et générosité. Impossible de se défaire de cette histoire, de ne pas y repenser une fois le livre refermé et soigneusement rangé dans la bibliothèque. Margot nous suit, nous invite à réfléchir à son destin, au nôtre, et à voir que la vie, dans le plus grand des hasards, nous fait parfois don de cadeaux inattendus...

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En résumé, j'ai adoré lire Margot des pleines lunes ! Coup de ♥ absolu. Petit roman s'il en est, grand ouvrage à lire et relire sans modération, pour le plaisir de la lecture et l'enchantement de tout un chacun. Laissez-vous transporter dans un ailleurs qui n'en est pas vraiment un, dans un monde appartenant à la réalité d'un univers nocturne incroyable pour qui sait le voir...

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Détails sur ce livre :

Margot des pleines lunes, publié aux éditions Librinova (en ebook)

Auteur : Bruant d'Almeval

Nombre de pages : 122 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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samedi 11 juillet 2020

Nos amours impossibles - Tome 1

nos-amours-impossibles-1- À dix-huit ans, Sofia s’apprête à passer le bac. Consciente de ne pas pouvoir assouvir sa passion pour la danse, elle espère toutefois avoir l’occasion d’entreprendre des études secondaires. Mais le décès brutal de son frère va considérablement modifier ses plans. Contrainte de trouver un emploi sous peine d’être mariée de force par son père, elle se retrouve obligée de tenir compagnie tout l’été à Stanislas, un élève de son lycée condamné à purger une peine de prison en étant assigné à résidence. Or, Stanislas n’est pas seulement le garçon dont Sofia est tombée amoureuse quelques années plus tôt, c’est également celui qui lui a fait subir sa plus grosse humiliation. Entre rancœur et incompréhensions, la cohabitation entre les deux adolescents va s’avérer épineuse... -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il est des auteurs dont le travail me charme dès le début, sans avoir seulement lu une page de leurs écrits... Leurs manuscrits me touchent profondément, font naître en moi des émotions que la lecture seule sait transmettre, et véhiculent dans tout mon être une impatience indéfinissable oscillant entre l'excitation pure et la joie teintée de larmes à l'idée de plonger dans un nouvel univers, de découvrir de nouveaux personnages et de renouer avec le style de l'auteur, ces particularités narratives qui font toute la beauté, la puissance et la magie de chacune de ses histoires. Ils sont pour moi le réconfort, le refuge douillet de mes sentiments, la forteresse imprenable des sensations que leurs récits me procurent...

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  • Ninon Amey ou le secret des romances

Je ne sais pas comment aborder cette chronique, comment trouver les mots justes qui seraient capables de rendre justice à cet ouvrage. Ninon Amey, auteure autoéditée que j'affectionne tout particulièrement et dont j'ai parlé à de nombreuses reprises sur le blog, signe aujourd'hui Nos amours impossibles, son nouveau livre, un roman young adult qui se verra divisé en deux tomes (ou plus), et dont la suite est prévue d'ici quelque temps. Une lecture dont j'ai apprécié chaque moment passé en compagnie de Sofia et Stanislas, les deux héros, et qui, une fois n'est pas coutume, permet à l'auteure de mettre en lumière des sujets que l'on préfère généralement taire, car tabous ou plutôt délicats à aborder. La sensibilité qui se dégage de la plume de Ninon Amey tend ainsi à introduire de la manière la plus douce et la plus réaliste possible la thématique du mariage forcé. D'autres points sont également évoqués pour rendre cohérent l'ensemble du récit, comme la condition des femmes dans les sociétés patriarcales, le mensonge, la drogue, les violences familiales... C'est un roman qui a du cran, un roman qui ose et qui va loin, qui redéfinit le sens premier du mot liberté : être libre de s'exprimer, de raconter, de faire part à ceux qui le souhaitent des connaissances dont ils ignorent peut-être l'existence, pour que le silence et la peur ne soient pas les maîtres tout-puissants de la pensée humaine. Si le défi semble quelque peu risqué au premier abord, après lecture, il est totalement inenvisageable pour moi de taire mon ressenti ici, sur mes pages, et de ne pas vous livrer mon avis sur ce petit bijou de la romance contemporaine qu'est Nos amours impossibles !

Je ne saurais définir clairement la rage, la peine et l'incompréhension qui côtoient dans la plus belle forme de romantisme qui soit l'amour véritable, les sourires et les confidences silencieuses qui s'éparpillent au fil des pages et rythment les chapitres, telle une symphonie mélodique sur laquelle Sofia, l'héroïne, s'épanouirait sans le moindre accroc. Il y a du désespoir, de la peine, de la colère aussi, des cris sourds, de la détresse, des angoisses réelles qui compriment le coeur, prêtes à le briser, à le faire exploser en mille morceaux... Et pourtant, au milieu de cette haine douloureuse, dans l'oeil même du cyclone de tourments qui assaillent Sofia, un rayon de soleil perce à travers les nuages noirs qu'elle a pour seul horizon, une trouée lumineuse qui ne s'apparente en rien à une solution ou un salut quelconque : c'est sa raison d'être, sa raison de vivre, de respirer, d'exister pour ce qu'elle aime véritablement et celui que, dans le silence timide de son coeur, elle désire plus que tout au monde. Chaque ligne de ce livre renferme une poésie aussi triste que paisible, aussi chagrine que sereine, et confine en elle cette part de bonheur auquel chacun(e) de nous aspire. Sofia et Stanislas sont les Roméo et Juliette des temps modernes, liés par un amour impossible, inavouable, un amour que la vérité seule peut réunir et combler ou, au contraire, séparer dans la souffrance et l'égarement.

Je me suis attachée tant aux personnages qu'aux problématiques, actuelles et malheureusement trop peu soulevées dans nos sociétés qui s'idéalisent, car Ninon Amey possède dans son écriture cette simplicité bienveillante qui développe de manière respectueuse et pacifique sa perception du monde, des codes qui le régissent et qui redessinent l'humanité comme une notion d'indifférence et de mépris social. S'il ne néglige pas le côté romantique de l'histoire, ce premier tome est avant tout un livre qui joue cartes sur table : comme son héroïne, l'auteure s'affranchit, se réinvente, choisit d'écrire pour ses lecteurs, pour le ou la romantique qui sommeille en eux, mais surtout pour libérer sa parole, pour que sa voix porte et ne reste pas dans l'obscurité des tiroirs de l'oubli, par seule et unique crainte d'être submergée par une vague d'intolérance, d'incompréhension, et par la négativité collective.

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  • Un nouveau cap

Avec Nos amours impossibles, c'est une toute nouvelle route qui se trace pour la romancière. Une voie d'engagements manuscrits et posés sans jugement, sans valeur moralisatrice. Libre à nous, lecteurs, de prendre conscience ou pas de tout ce qui nous entoure, de notre mode de fonctionnement, des savoirs que nous inculquons à nos enfants et que eux-mêmes transmettront plus tard à leur tour. Au travers de cette histoire, il y a un réel apport littéraire et culturel que je trouve essentiel de partager pour que le décalage entre passé, présent et avenir ne soit pas une fatalité, mais plutôt un bienfait qui nous aiderait à avancer dans le respect de chacun(e). Sur fond de romance, Ninon Amey a écrit un magnifique plaidoyer qu'une citation de la chanteuse Aretha Franklin illustre, à mon sens, parfaitement :

"Nous exigeons et voulons tous le respect, homme ou femme, noir ou blanc. C'est notre droit humain fondamental."

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En résumé, Nos amours impossibles s'impose comme un coup de ♥ ! Comment pourrais-je qualifier autrement cet ouvrage ? Je ne peux pas, tout simplement, car c'est ce qu'il est : un coup de coeur qui s'ignore. Chacun des romans de Ninon Amey fut pour moi une lecture inoubliable, intense et merveilleuse, mais celui-ci est sans aucun doute le plus abouti et le plus riche de toute sa bibliographie. Le charme opère à chaque page, nous transportant tantôt dans les inquiétudes et la douleur de Sofia et Stanislas, tous deux extrêmement attachants, tantôt dans leur combat acharné, leur lutte quotidienne pour s'aimer malgré les interdits, envers et contre tout.

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Détails sur ce livre :

Nos amours impossibles - Tome 1, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 386 pages (au format numérique)

Sortie le 10 juillet 2020

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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lundi 6 juillet 2020

Le Monde déviant

le-monde-déviant- À vivre au-dessus des nuages dans un monde déliquescent, Sam Hartley a fini par se croire à l’abri de la colère divine. Le destin, sous la forme d’un message qui ne lui était pas destiné, bouleversera sa vie préservée de « lécheur de ciel ». Une femme et son enfant l’entraîneront vers des contrées insoupçonnées où l’amour se mérite. Le courage de Sam sera mis à rude épreuve : l’existence même de son monde est en jeu. -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Brice Milan, l'auteur de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Sortons des sentiers battus, allons au devant de l'inconnu, partons sur les chemins littéraires de l'autoédition... Brice Milan, dont je vous ai déjà parlé sur le blog au travers de plusieurs chroniques, rompt, le temps d'une histoire, avec le genre de la fantasy. Direction la science-fiction ! De la SF sombre, futuriste à souhait, dans un monde en proie à la désolation où seule une faible lueur d'espoir brille encore dans le ciel de l'humanité.

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  • La déchéance de l'homme

La science-fiction est une littérature vers laquelle je me tourne finalement assez peu. J'ai du mal à m'y retrouver et à apprécier pleinement les concepts qui y sont proposés. Pourtant, certains ouvrages font exception et me permettent de temps à autre de sortir de ma zone de confort. Le Monde déviant, premier roman SF écrit par Brice Milan, m'a ainsi plongée dans un monde à mi-chemin entre la pointe techno-scientifique du futur et l'apocalypse dans sa définition la plus primaire. Rien n'est plus délicieusement ambigu que cet univers qui se veut utopique, idéal, mais qui cache en réalité la misère des sociétés opprimées et soumises à l'autorité de minorités toutes-puissantes. La cité imaginaire de New-Rop, dernier joyau et rempart d'une peuplade en plein effondrement, abrite en son sein les secrets d'une époque lointaine et oubliée de tous, une ère ancienne qui vit renaître des cendres du passé les ailes d'un phoenix porteur d'espoir et de promesses... Naïves illusions qui conduisent ainsi l'auteur à s'impliquer, à se fondre dans le décor qu'il a créé pour mieux le modeler et l'aider à évoluer vers sa ruine finale.

J'ai adoré suivre ce cheminement de pensée, cette manière d'appréhender, par le biais d'un avenir que nous ne connaîtrons certainement jamais, les enjeux géopolitiques, sociétaux, sociaux, environnementaux et humains que le romancier définit dans un cadre anarchique pour mieux solliciter l'attention de son lecteur. Cette forme habile de caricature implicite de nos sociétés mondiales actuelles qui se désagrègent progressivement est vraiment judicieux, car la fiction sert véritablement le récit qui, s'il fait la part belle à un univers des plus incertains sur la forme, s'inscrit dans un contexte tout ce qu'il y a de plus contemporain sur le fond. Le Monde déviant est un roman plus profond et réfléchi qu'il ne semble au premier abord, on le découvre véritablement à mesure que les chapitres se succèdent et nous entraînent au coeur d'une aventure tout à la fois palpitante, inquiétante et soigneusement étudiée du début à la fin par son créateur.

Il y a un réel raisonnement, une approche éthique, responsable, solidaire, respectueuse de l'homme et de son environnement. Brice Milan compare, analyse, cherche et explique une philosophie de vie qui nous a déjà échappé et que nous ne semblons plus reconnaître. La stabilité mondiale d'aujourd'hui sera-t-elle la déviance universelle de demain ? L'auteur pose ce constat, simple et efficace, et donne, sous forme de pure fiction littéraire, des pistes envisageables pour redonner sa beauté et sa pureté d'antan à notre chère planète Terre.

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  • Un récit qui s'apprivoise

De prime abord, l'histoire peut paraître quelque peu ardue à exploiter et à comprendre. Comment s'y retrouver dans une intrigue aussi dense et riche d'un point de vue scientifico-littéraire ? Les personnages contribuent fortement au bon déroulement du récit. Ils sont nombreux, certes, mais leur rôle bien défini leur permet de s'insérer avec une logique parfaite dans les différentes parties de l'histoire. Sam, le héros, est en quelque sorte le fil rouge qui les relie les uns aux autres, créant ainsi des relations de toutes sortes dont je tairai la nature pour éviter tout risque de spoil ! Je ne vous parlerai pas des autres protagonistes, car je pense que les découvrir au fil des pages s'avère bien plus enrichissant et intéressant que de les énumérer ici en s'attardant sur leur construction cohérente et approfondie. Tout ce que je peux dire, c'est que Brice Milan n'a pas ménagé ses efforts pour faire d'eux ce qu'ils sont et le rendu global est vraiment satisfaisant, plaisant à lire et très immersif.

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En résumé, Le Monde déviant est une excellente lecture ! Je devrais plus souvent me pencher sur la littérature SF, qui renferme tout autant que la fantasy des pépites insoupçonnées. Ce roman, le premier du genre pour son auteur, signe une belle entrée en matière pour une histoire qui a punch et un fort potentiel littéraire que tout amateur de science-fiction se doit de découvrir.

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Détails sur ce livre :

Le Monde déviant, autoédité en ebook

Auteur : Brice Milan

Nombre de pages : 286 pages (au format numérique)

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Sue-Ricette

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dimanche 5 juillet 2020

L'Apiculteur

l-apiculteur- "Je recherche l'or du temps", écrivit le poète André Breton. Cette maxime aurait pu être celle d'Aurélien, héros de ce roman d'aventures initiatique. Depuis qu'une abeille a déposé sur sa ligne de vie une fine trace de pollen doré, ce jeune Provençal de la fin du XIXe siècle ne rêve plus que de l'or - un or symbolique, poétique, qui représente bien plus que le métal précieux. Son rêve le décidera à se détourner des champs de lavande familiaux pour installer des ruches et fabriquer le miel le plus suave. Puis, après l'anéantissement de son travail par un violent orage, à partir pour l'Abyssinie, où l'attend une femme à la peau d'or, qu'il a vue en rêve... On croise Van Gogh et Rimbaud dans ces pages lumineuses, où le songe doré d'Aurélien lui vaudra de connaître bien des aléas, avant qu'il ne découvre l'or véritable de la vie. -

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Mon avis :

L'été n'est pas la saison que je préfère pour lire... Malgré tout, il est des ouvrages qui sont parfaits en cette période ! Avec son titre, sa couverture et son résumé, L'Apiculteur ne pouvait être qu'une lecture fabuleuse à découvrir aux prémices estivaux. Dire que je l'ai dévoré serait un peu en deçà de la vérité, car je l'ai littéralement englouti, tant l'histoire m'a transportée ! Suspense...

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  • Une vie simple et merveilleuse

Ce roman suit le parcours d'Aurélien, un jeune homme qui, en cette fin de XIXe siècle, ne rêve que d'une chose : contempler l'or ruisselant des abeilles, le nectar doré à la saveur délicate qui se cache au coeur des ruches et que l'on appelle le miel. Idée farfelue ou projet des plus sérieux ? Aurélien est convaincu de la réussite de son entreprise, au grand dam de son entourage qui le prend pour un de ces aventuriers inconscients, aveuglés par la soif de l'intrépide, étourdis par l'appel de l'inconnu... Aux frontières de l'impensable, le jeune homme peut-il se risquer à tenter l'impossible et, qui sait, peut-être s'ouvrir les portes d'un monde incroyable ? Rien n'est moins sûr, mais c'est là, je pense, toute la magie de ce petit livre : avancer dans l'insouciance de nos rêves et croire en la vie, en nos espoirs les plus fous. Qu'importe, après tout, que les autres ne nous comprennent pas et perçoivent notre démarche comme l'expérience ratée d'un illuminé ! Il faut avoir foi en nous, en nos capacités et ne jamais renoncer à partir à la poursuite de cette forme insaisissable de bonheur.

Il est peut-être invisible, irréel, immatériel, mais il est là, tout près, à portée de main. Ainsi, Aurélien n'hésite pas, il est d'une volonté sans nom et ne se laisse pas abattre facilement : suivant le chant de son coeur, la route éclatante qu'il sait tracée pour lui, il s'engage sur cette voie qui l'amènera à se découvrir, se connaître, à se comprendre pour mieux voir la beauté et la simplicité du monde et des hommes qui le peuplent. J'ai vraiment été touchée, émue par la pureté et la sensibilité qui se dégagent de la plume de Maxence Fermine, l'auteur de ce roman. Tant sur le fond que sur la forme, son écriture, mais aussi la construction des chapitres, se veut épurée, dénuée d'artifices littéraires qui s'enfoncent dans l'inextricable forêt de tours et de détours à seule fin de raccorder un point A à un point B. Si mon raisonnement semble quelque peu mathématique, c'est parce qu'il s'inscrit dans une élémentarité profonde : l'auteur raconte la vie, son soleil, sa chaleur, dans tout ce qu'elle a de plus simple et de plus beau. Il ne s'encombre pas des futilités extérieures, et même s'il écoute et tient compte du jugement des autres, il ne le laisse pas influencer sa propre manière d'agir et de penser. C'est une vision qui peut apparaître légèrement utopique, un peu réductrice quelque part, mais je ne suis pas de cet avis !

Ce qui est réducteur, c'est d'avoir pour seul but d'accéder au bonheur. Et finalement, c'est cette idée de quête initiatique qui rend les choses invraisemblables, qui détruit le bonheur qui se trouve en nous et non pas devant nous. Nous naissons heureux, nous ne le devenons pas. Car le bonheur est un tout, une harmonie réelle qui se construit jour après jour dans la joie et la peine, dans les bons et les mauvais moments, dans les réussites et les échecs... Le bonheur est invisible, il n'a rien de l'arc-en-ciel coloré au pied duquel nous n'arriverons jamais, car il est déjà en nous. Il brille, il irradie, il étincelle de mille feux, mais reste hors d'atteinte pour celui qui le cherche sans le voir, sans questionner son moi intérieur, son envie d'être, son désir d'exister. Le héros de L'Apiculteur est ainsi un voyageur exalté, enthousiaste, curieux, amoureux, et son périple, s'il semble l'aider à acquérir une certaine forme de sagesse et de félicité, l'amène, ainsi que le lecteur, à s'interroger sur le sens et la définition même du bonheur, un sentiment, une émotion forte qui ne nous quitte jamais vraiment, nous façonne et écrit l'histoire de notre miel, de la sève merveilleuse qui coule en nous et nous rend vivants.

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  • À la découverte d'un auteur...

Avant de me plonger dans L'Apiculteur, le nom de Maxence Fermine m'était totalement inconnu, ou presque. J'avais vu circuler son nom ici et là, et c'est en errant sur la Toile que je suis tombée sur ce petit ouvrage. Sans même l'avoir lu, j'étais déjà séduite, emportée dans un ailleurs inaccessible, et sans bien savoir pourquoi, j'ai attendu quelques années avant de le sortir de ma bibliothèque, cherchant le moment opportun pour le découvrir dans tout ce qu'il avait de meilleur. Je ne regrette pas d'avoir laissé le temps faire son oeuvre, car aujourd'hui, je comprends qu'il est inutile de courir après des chimères ridicules, que le bonheur se dessine sous nos yeux et insuffle en nous un fol espoir, la certitude que tout ce dont nous avons besoin pour être heureux se trouve ici et nulle part ailleurs.

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En résumé, L'Apiculteur est une lecture coup de coeur ! Laissez-vous charmer par cette histoire envoûtante et unique en son genre, laissez les mots résonner dans votre coeur et courir sur votre peau tel un frisson d'excitation... Tout simplement, plongez dans ce roman magique qui vous apprendra que, bien souvent, l'on est heureux sans même le soupçonner.

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Détails sur ce livre :

L'Apiculteur, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Maxence Fermine

Nombre de pages : 222 pages

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Sue-Ricette

coup de coeur

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vendredi 19 juin 2020

Vos mots sur ma peau

vos-mots-sur-ma-peau- Alex n’est plus l’écrivain flamboyant qu’il était. Des problèmes de prostate l’ont rendu impuissant. Son monde s’est écroulé. Il n’écrit plus, boit trop et sa femme s’éloigne de lui. Dans un sursaut, parce qu’il refuse de renoncer au corps de celle qu’il aime de longue date, il décide de se ressaisir. Il échafaude un plan pour la reconquérir : se faire passer sur les réseaux pour un jeune auteur en quête de conseils d’écriture et débuter une correspondance érotique avec elle.

Ce lien virtuel, où désir et fantasmes s’invitent bientôt, suffira-t-il à sauver leur couple ? Les mots ont-ils ce pouvoir-là ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Alex Ambre, l'auteur de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il est des lectures auxquelles on ne s'attend pas, des lectures dont on ignore même l'existence et qui, trop souvent, prennent la poussière dans les tiroirs de l'Internet, sans personne pour les découvrir... Bien triste destin, me direz-vous, et vous aurez raison ! Quelquefois cependant, les aléas de la Toile permettent au lecteur insatiable de tomber sur un petit livre sans prétention, un ouvrage au titre tout aussi suggestif que sa couverture. Et bim ! me voilà embarquée malgré moi dans une romance érotique loin d'être banale. Telle une ancre échouée au beau milieu de l'océan, les mots tentent, dans le plus grand désespoir de l'âme, de s'accrocher à l'être aimé, marquant ainsi à tout jamais sa peau d'un tatouage d'amour sincère...

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  • Une dernière chance

Prouver à la personne que l'on aime que nos sentiments, malgré les affres du temps et les ravages de la maladie, sont restés intacts comme au premier jour revient à parier qu'un parfait sédentaire puisse courir et gagner un marathon sans le moindre effort. Impossible de se projeter, d'imaginer une telle démarche ! Pourtant, tout aussi saugrenue qu'elle puisse paraître, l'idée seule de perdre la confiance, la complicité et la sensualité d'un(e) partenaire de vie se révèle tout bonnement impensable... Mais alors, que faire ? Comment ramener la flamme entre ces deux êtres ? Comment provoquer à nouveau ce déclic d'incertitudes et de peurs qui les feront se rapprocher et s'aimer dans l'union désirée, aussi timide que fusionnelle, de leurs corps ?

Alex Ambre couche ainsi sur le papier non pas les mots d'un romancier érotique, mais ceux d'un écrivain se laissant porter au gré des pages et guider par le flot d'émotions qui l'inspirent, entêtantes, grisantes et touchantes, des sensations qui nuancent son propos et donnent cette douce sensibilité au récit, bien au-delà de l'aspect sexuel de l'ouvrage. L'humanité de l'auteur et de ses personnages transparaît au fil des lignes, à mesure que les phrases s'enchaînent et se coordonnent. Limpide, elle forme avec la partie sombre, tendancieuse de l'intrigue, un duo romantique qui ne relève plus seulement du parfait roman érotique. C'est un livre d'hésitations, de doutes, de silences et d'incompréhensions, de désillusions, de peines et de joies, de sourires aussi... Un livre qui ne néglige pas ses protagonistes et leur confère une réelle personnalité, un caractère qui les amène à dépasser les stéréotypes du genre.

Avec cette histoire, l'auteur rend hommage aux mots, aux effets dévastateurs comme merveilleux qu'ils peuvent avoir, leur puissance, leur beauté, l'écho, la résonance qu'ils font naître en nous. Que l'on soit sensible ou pas au parler imagé, aux termes frissonnants de plaisir, on ne peut rester de marbre en lisant Vos mots sur ma peau. L'intrigue avance, se complexifie, s'étiole et se régénère, se meurt et revit à mesure que les quelques quatre-vingts pages s'égrènent tel le sucre d'un bonbon acidulé coulant dans la gorge offerte au goût délicat.

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  • Quand la plume se cambre de plaisir

Titre salace s'il en est, ce paragraphe n'a pas pour but de vous décourager ! Le roman d'Alex Ambre, premier ouvrage d'une bibliographie qui, peut-être, s'étoffera au cours du temps, est un concentré de richesses syllabiques, orthographiques, grammaticales, de jeux de mots décalés et fantasques, d'idées impudiques et de rapprochement littéraire. Une proximité auteur-lecteur loin d'être dérangeante, car on s'attache véritablement aux personnages, à leur quotidien contrarié, à leur tristesse palpable, leurs attentes déçues... 

Sans bien comprendre pourquoi, ou encore comment, la magie opère et le roman nous emmène dans un autre monde, celui de l'extase, du mystère contenu, des plaisirs étouffés, des désirs refoulés, des fantasmes interdits ! Alex Ambre traite son ouvrage avec une précision que je ne pourrais pas qualifier de chirurgicale, mais plutôt d'exquise, de savoureuse, de passionnée... L'auteur a le sens du détail et se plaît à jouer avec les sens de son lecteur. C'est un combat diablement lascif, une caresse tendre entre un chat à la plume luxurieuse et une souris envoûtée, charmée, comme hypnotisée par le ballet incessant des mots qui vont et viennent, dansent avec les corps autant qu'avec les esprits. Pour conclure, rien de mieux, à mon sens, qu'une chanson qui, je trouve, illustre à merveille la situation amoureuse de notre couple en déroute :

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En résumé, Vos mots sur ma peau est un roman érotique que j'ai beaucoup aimé lire ! Particulier, original, unique, il balaie d'un revers de main la scène classique du genre pour laisser place à une relation épistolaire aussi belle qu'ensorcelante. Un premier livre qui, j'en suis certaine, n'est que le début d'une grande aventure littéraire...

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Détails sur ce livre :

Vos mots sur ma peau, autoédité en ebook

Auteur : Alex Ambre

Nombre de pages : 79 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

Posté par Sue-Ricette à 11:21 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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