les-delices-d-alexandrine- Fière et indépendante, Alexandrine dirige d'une main de maître son entreprise florissante spécialisée en fruits confits, les Délices de Velay, en Auvergne. Mais cette femme de caractère a plus de difficultés dans ses relations avec ses trois filles, ne sachant ni exprimer son affection, ni esquisser les gestes de tendresse d'une mère. Marie, l'aînée, a d'ailleurs été élevée à l'écart, à la campagne. C'est pourtant à elle qu'Alexandrine confiera les rênes de la société, se libérant enfin, sur son lit de mort, de son lourd secret... -

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Mon avis :

Les délices d'Alexandrine faisait partie de ma PAL pour le Pumpkin Autumn Challenge l'année dernière. Je voulais un livre doudou, cosy et chaleureux, et à la lecture du résumé, je me suis dit que cette histoire était parfaite. Le roman de Jean Anglade n'a répondu à mes attentes qu'en partie, mais dans l'ensemble, j'ai bien aimé ma lecture.

En quatre points, je vous propose de découvrir Les délices d'Alexandrine, un roman de terroir fort, beau et verdoyant ! :)

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  • Les délices d'Alexandrine : un voyage en pays auvergnat !

Dans ce roman, on va suivre la vie d'une famille, et plus exactement la vie d'une mère et de ses trois filles. L'histoire se passe en Auvergne, après la Première Guerre Mondiale. Marie, la fille aînée d'Alexandrine, vit à la ferme des Jarousse, de braves paysans qui ont accepté de garder cette enfant et de l'élever comme leur propre fille.

Jean Anglade nous emmène dans les campagnes auvergnates, où paissent tranquillement les vaches, où l'on peut voir les lentilles pousser. Il y a également un petit ruisseau, que les enfants doivent traverser sur un pont pour se rendre à l'école, il y a ces petits villages, silencieux ou animés selon la saison.

Mais il y a aussi le temps qui passe, et qui change le cours des choses : l'auteur nous montre que rien n'est immuable, tout change. Et le temps qui s'écoule joue un grand rôle dans cette histoire, car les villes s'agrandissent, des barrages sont construits, les habitants des villages sont contraints de partir, c'est l'exode.

Avec Les délices d'Alexandrine, on apprend à connaître cet environnement, on apprend à apprécier la nature sauvage. On aime regarder les couchers et les levers de soleil avec Marie, on aime braver le froid et la neige avec elle pour se rendre à l'école, on aime se promener à travers les champs pour cueillir des fleurs ou écouter les oiseaux chanter...

Ce roman m'a permis de m'évader, de découvrir des paysages magnifiques, des gens parfois un peu brut de coffre au premier abord, mais qui se révèlent être des personnes très attachantes lorsqu'on les connaît.

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  • Un roman sur la modernisation, le féminisme...

Les délices d'Alexandrine n'est pas seulement un roman pour s'évader et suivre les personnages tout au long d'une histoire. C'est aussi un roman dans lequel l'auteur défend des causes, qui sont très bien amenées : les sous-entendus ne sont jamais imposés au lecteur, mais viennent progressivement à lui. Dans son livre, Jean Anglade ne prend pas position par rapport aux points qu'il met en lumière, mais il laisse entendre une certaine tristesse, une incompréhension face à ce monde où tout ne va pas toujours pour le mieux.

Le féminisme est la première cause sur laquelle l'auteur se penche. Et c'est Marie qui en est le personnage principal : Alexandrine, sa mère, porte en elle un lourd secret qui, à l'époque, est un sujet tabou. Il ne faut pas en parler, cela entache la réputation des bonnes familles. C'est pourquoi Alexandrine décide de se séparer de sa fille aînée. Plus tard dans l'histoire, Madeleine, la fille cadette d'Alexandrine, reçoit des avances mais aussi des menaces d'un homme. Le chantage est de mise, mais Madeleine refuse de se donner à cet homme. Cela lui coûtera une mauvaise appréciation pour son travail d'institutrice, mais elle ne regrettera jamais de ne pas avoir cédé.

Le féminisme est un sujet qui touche beaucoup de femmes à travers le monde, et Jean Anglade le traite avec tact et sensibilité.

La seconde cause abordée par l'auteur est la modernisation. J'en ai parlé plus haut, en expliquant l'agrandissement des villes, les technologies prenant peu à peu le pas sur les outils manuels et la nature, le départ des paysans de leurs campagnes vers les villes, pour tenter de refaire leur vie dans un monde trop moderne pour eux. Dans Les délices d'Alexandrine, la modernisation est amenée sous deux angles différents : les bons et les mauvais côtés.

Tout n'est pas tout noir, mais ce n'est pas tout blanc non plus. La modernisation a ses avantages comme ses inconvénients, les gens de la ville trouveront un certain plaisir à inventer de nouveaux objets pour faciliter le quotidien de nombreuses personnes, tandis que les villageois, les paysans, ne trouvent leur bonheur qu'en travaillant la terre eux-mêmes, avec leurs mains, à la sueur de leur front.

Jean Anglade le dit clairement dans son livre, ces gens se retrouvent désoeuvrés et passent leurs journées sans rien faire, puisque le travail se fait tout seul grâce aux machines. Les vies changent, les gens changent, et sur beaucoup de points : l'alimentation moderne remplace progressivement les lentilles que l'on faisait pousser, et c'est plus rapide d'aller au supermarché de quartier, ou d'aller manger au restaurant.

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  • Une narration assez impersonnelle

Sur cette lecture, je n'ai que deux points négatifs à mettre avant. Tout d'abord, la narration. Jean Anglade nous raconte l'histoire d'Alexandrine, Marie, Madeleine et Marguerite d'un point de vue externe. Il est observateur et cela rend la narration assez impersonnelle. Je n'ai pas vraiment accroché au style d'écriture de l'auteur, même s'il est très beau et poétique à de nombreuses reprises.

J'ai trouvé que cela créait une certaine distance entre l'auteur et le lecteur, et j'ai souvent eu l'impression de n'être que simple spectatrice des faits, et non pas une personne vivant le quotidien de cette famille. C'était plutôt déroutant, d'autant plus que le caractère froid d'Alexandrine n'arrange pas forcément les choses. Mais au final, je peux comprendre son attitude, ce masque qu'elle a décidé de porter pour tenter de tirer un trait sur son passé, et je lui pardonne son comportement vis-à-vis de Marie au début du roman.

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  • Le patois auvergnat : un petit lexique en fin de livre...

Le deuxième point négatif de ma lecture est la présence de mots du dialecte auvergnat. J'ai trouvé cela intéressant, de partager des comptines, des expressions, des mots de tous les jours... avec le lecteur. Seulement, les traductions ne sont pas toujours présentes, sauf si l'auteur intervient en intégrant à l'histoire la signification de tel ou tel terme.

Un lexique ou des notes en bas de pages se seraient avérés utiles, pour une meilleure compréhension des scènes imaginées par Jean Anglade.

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En résumé, Les délices d'Alexandrine est un livre qu'il faut lire ! C'est le deuxième roman de terroir que je lis, et j'ai beaucoup aimé me promener dans les campagnes auvergnates, découvrir les petits villages nichés dans des vallées, ou situés près d'un ruisseau... Jean Anglade a écrit une histoire qui parle de l'émancipation progressive des femmes, de leur indépendance nouvelle et de leurs droits, mais aussi des bons comme des mauvais côtés de moderniser le monde qui nous entoure. Le tout est abordé avec tact, précision, sans aucune ambiguïté et sans position adoptée par l'auteur : le choix est laissé au lecteur de s'investir ou pas dans cette histoire.

Deux petits points négatifs pour moi cependant, notamment au niveau de la narration assez distante et impersonnelle, dans laquelle je me suis senti mise un peu à l'écart de la vie de cette famille, et l'absence d'un lexique ou de notes en bas de pages, afin de mieux comprendre le patois auvergnat.

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Détails sur ce livre :

Les délices d'Alexandrine, publié aux éditions Pocket

Auteur : Jean Anglade

Nombre de pages : 347 pages

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Je vous dis à très bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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Lu pour le Pumpkin Autumn Challenge, dans la catégorie "Fall" in Love