dimanche 5 juillet 2020

L'Apiculteur

l-apiculteur- "Je recherche l'or du temps", écrivit le poète André Breton. Cette maxime aurait pu être celle d'Aurélien, héros de ce roman d'aventures initiatique. Depuis qu'une abeille a déposé sur sa ligne de vie une fine trace de pollen doré, ce jeune Provençal de la fin du XIXe siècle ne rêve plus que de l'or - un or symbolique, poétique, qui représente bien plus que le métal précieux. Son rêve le décidera à se détourner des champs de lavande familiaux pour installer des ruches et fabriquer le miel le plus suave. Puis, après l'anéantissement de son travail par un violent orage, à partir pour l'Abyssinie, où l'attend une femme à la peau d'or, qu'il a vue en rêve... On croise Van Gogh et Rimbaud dans ces pages lumineuses, où le songe doré d'Aurélien lui vaudra de connaître bien des aléas, avant qu'il ne découvre l'or véritable de la vie. -

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Mon avis :

L'été n'est pas la saison que je préfère pour lire... Malgré tout, il est des ouvrages qui sont parfaits en cette période ! Avec son titre, sa couverture et son résumé, L'Apiculteur ne pouvait être qu'une lecture fabuleuse à découvrir aux prémices estivaux. Dire que je l'ai dévoré serait un peu en deçà de la vérité, car je l'ai littéralement englouti, tant l'histoire m'a transportée ! Suspense...

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  • Une vie simple et merveilleuse

Ce roman suit le parcours d'Aurélien, un jeune homme qui, en cette fin de XIXe siècle, ne rêve que d'une chose : contempler l'or ruisselant des abeilles, le nectar doré à la saveur délicate qui se cache au coeur des ruches et que l'on appelle le miel. Idée farfelue ou projet des plus sérieux ? Aurélien est convaincu de la réussite de son entreprise, au grand dam de son entourage qui le prend pour un de ces aventuriers inconscients, aveuglés par la soif de l'intrépide, étourdis par l'appel de l'inconnu... Aux frontières de l'impensable, le jeune homme peut-il se risquer à tenter l'impossible et, qui sait, peut-être s'ouvrir les portes d'un monde incroyable ? Rien n'est moins sûr, mais c'est là, je pense, toute la magie de ce petit livre : avancer dans l'insouciance de nos rêves et croire en la vie, en nos espoirs les plus fous. Qu'importe, après tout, que les autres ne nous comprennent pas et perçoivent notre démarche comme l'expérience ratée d'un illuminé ! Il faut avoir foi en nous, en nos capacités et ne jamais renoncer à partir à la poursuite de cette forme insaisissable de bonheur.

Il est peut-être invisible, irréel, immatériel, mais il est là, tout près, à portée de main. Ainsi, Aurélien n'hésite pas, il est d'une volonté sans nom et ne se laisse pas abattre facilement : suivant le chant de son coeur, la route éclatante qu'il sait tracée pour lui, il s'engage sur cette voie qui l'amènera à se découvrir, se connaître, à se comprendre pour mieux voir la beauté et la simplicité du monde et des hommes qui le peuplent. J'ai vraiment été touchée, émue par la pureté et la sensibilité qui se dégagent de la plume de Maxence Fermine, l'auteur de ce roman. Tant sur le fond que sur la forme, son écriture, mais aussi la construction des chapitres, se veut épurée, dénuée d'artifices littéraires qui s'enfoncent dans l'inextricable forêt de tours et de détours à seule fin de raccorder un point A à un point B. Si mon raisonnement semble quelque peu mathématique, c'est parce qu'il s'inscrit dans une élémentarité profonde : l'auteur raconte la vie, son soleil, sa chaleur, dans tout ce qu'elle a de plus simple et de plus beau. Il ne s'encombre pas des futilités extérieures, et même s'il écoute et tient compte du jugement des autres, il ne le laisse pas influencer sa propre manière d'agir et de penser. C'est une vision qui peut apparaître légèrement utopique, un peu réductrice quelque part, mais je ne suis pas de cet avis !

Ce qui est réducteur, c'est d'avoir pour seul but d'accéder au bonheur. Et finalement, c'est cette idée de quête initiatique qui rend les choses invraisemblables, qui détruit le bonheur qui se trouve en nous et non pas devant nous. Nous naissons heureux, nous ne le devenons pas. Car le bonheur est un tout, une harmonie réelle qui se construit jour après jour dans la joie et la peine, dans les bons et les mauvais moments, dans les réussites et les échecs... Le bonheur est invisible, il n'a rien de l'arc-en-ciel coloré au pied duquel nous n'arriverons jamais, car il est déjà en nous. Il brille, il irradie, il étincelle de mille feux, mais reste hors d'atteinte pour celui qui le cherche sans le voir, sans questionner son moi intérieur, son envie d'être, son désir d'exister. Le héros de L'Apiculteur est ainsi un voyageur exalté, enthousiaste, curieux, amoureux, et son périple, s'il semble l'aider à acquérir une certaine forme de sagesse et de félicité, l'amène, ainsi que le lecteur, à s'interroger sur le sens et la définition même du bonheur, un sentiment, une émotion forte qui ne nous quitte jamais vraiment, nous façonne et écrit l'histoire de notre miel, de la sève merveilleuse qui coule en nous et nous rend vivants.

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  • À la découverte d'un auteur...

Avant de me plonger dans L'Apiculteur, le nom de Maxence Fermine m'était totalement inconnu, ou presque. J'avais vu circuler son nom ici et là, et c'est en errant sur la Toile que je suis tombée sur ce petit ouvrage. Sans même l'avoir lu, j'étais déjà séduite, emportée dans un ailleurs inaccessible, et sans bien savoir pourquoi, j'ai attendu quelques années avant de le sortir de ma bibliothèque, cherchant le moment opportun pour le découvrir dans tout ce qu'il avait de meilleur. Je ne regrette pas d'avoir laissé le temps faire son oeuvre, car aujourd'hui, je comprends qu'il est inutile de courir après des chimères ridicules, que le bonheur se dessine sous nos yeux et insuffle en nous un fol espoir, la certitude que tout ce dont nous avons besoin pour être heureux se trouve ici et nulle part ailleurs.

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En résumé, L'Apiculteur est une lecture coup de coeur ! Laissez-vous charmer par cette histoire envoûtante et unique en son genre, laissez les mots résonner dans votre coeur et courir sur votre peau tel un frisson d'excitation... Tout simplement, plongez dans ce roman magique qui vous apprendra que, bien souvent, l'on est heureux sans même le soupçonner.

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Détails sur ce livre :

L'Apiculteur, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Maxence Fermine

Nombre de pages : 222 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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vendredi 19 juin 2020

Vos mots sur ma peau

vos-mots-sur-ma-peau- Alex n’est plus l’écrivain flamboyant qu’il était. Des problèmes de prostate l’ont rendu impuissant. Son monde s’est écroulé. Il n’écrit plus, boit trop et sa femme s’éloigne de lui. Dans un sursaut, parce qu’il refuse de renoncer au corps de celle qu’il aime de longue date, il décide de se ressaisir. Il échafaude un plan pour la reconquérir : se faire passer sur les réseaux pour un jeune auteur en quête de conseils d’écriture et débuter une correspondance érotique avec elle.

Ce lien virtuel, où désir et fantasmes s’invitent bientôt, suffira-t-il à sauver leur couple ? Les mots ont-ils ce pouvoir-là ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Alex Ambre, l'auteur de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il est des lectures auxquelles on ne s'attend pas, des lectures dont on ignore même l'existence et qui, trop souvent, prennent la poussière dans les tiroirs de l'Internet, sans personne pour les découvrir... Bien triste destin, me direz-vous, et vous aurez raison ! Quelquefois cependant, les aléas de la Toile permettent au lecteur insatiable de tomber sur un petit livre sans prétention, un ouvrage au titre tout aussi suggestif que sa couverture. Et bim ! me voilà embarquée malgré moi dans une romance érotique loin d'être banale. Telle une ancre échouée au beau milieu de l'océan, les mots tentent, dans le plus grand désespoir de l'âme, de s'accrocher à l'être aimé, marquant ainsi à tout jamais sa peau d'un tatouage d'amour sincère...

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  • Une dernière chance

Prouver à la personne que l'on aime que nos sentiments, malgré les affres du temps et les ravages de la maladie, sont restés intacts comme au premier jour revient à parier qu'un parfait sédentaire puisse courir et gagner un marathon sans le moindre effort. Impossible de se projeter, d'imaginer une telle démarche ! Pourtant, tout aussi saugrenue qu'elle puisse paraître, l'idée seule de perdre la confiance, la complicité et la sensualité d'un(e) partenaire de vie se révèle tout bonnement impensable... Mais alors, que faire ? Comment ramener la flamme entre ces deux êtres ? Comment provoquer à nouveau ce déclic d'incertitudes et de peurs qui les feront se rapprocher et s'aimer dans l'union désirée, aussi timide que fusionnelle, de leurs corps ?

Alex Ambre couche ainsi sur le papier non pas les mots d'un romancier érotique, mais ceux d'un écrivain se laissant porter au gré des pages et guider par le flot d'émotions qui l'inspirent, entêtantes, grisantes et touchantes, des sensations qui nuancent son propos et donnent cette douce sensibilité au récit, bien au-delà de l'aspect sexuel de l'ouvrage. L'humanité de l'auteur et de ses personnages transparaît au fil des lignes, à mesure que les phrases s'enchaînent et se coordonnent. Limpide, elle forme avec la partie sombre, tendancieuse de l'intrigue, un duo romantique qui ne relève plus seulement du parfait roman érotique. C'est un livre d'hésitations, de doutes, de silences et d'incompréhensions, de désillusions, de peines et de joies, de sourires aussi... Un livre qui ne néglige pas ses protagonistes et leur confère une réelle personnalité, un caractère qui les amène à dépasser les stéréotypes du genre.

Avec cette histoire, l'auteur rend hommage aux mots, aux effets dévastateurs comme merveilleux qu'ils peuvent avoir, leur puissance, leur beauté, l'écho, la résonance qu'ils font naître en nous. Que l'on soit sensible ou pas au parler imagé, aux termes frissonnants de plaisir, on ne peut rester de marbre en lisant Vos mots sur ma peau. L'intrigue avance, se complexifie, s'étiole et se régénère, se meurt et revit à mesure que les quelques quatre-vingts pages s'égrènent tel le sucre d'un bonbon acidulé coulant dans la gorge offerte au goût délicat.

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  • Quand la plume se cambre de plaisir

Titre salace s'il en est, ce paragraphe n'a pas pour but de vous décourager ! Le roman d'Alex Ambre, premier ouvrage d'une bibliographie qui, peut-être, s'étoffera au cours du temps, est un concentré de richesses syllabiques, orthographiques, grammaticales, de jeux de mots décalés et fantasques, d'idées impudiques et de rapprochement littéraire. Une proximité auteur-lecteur loin d'être dérangeante, car on s'attache véritablement aux personnages, à leur quotidien contrarié, à leur tristesse palpable, leurs attentes déçues... 

Sans bien comprendre pourquoi, ou encore comment, la magie opère et le roman nous emmène dans un autre monde, celui de l'extase, du mystère contenu, des plaisirs étouffés, des désirs refoulés, des fantasmes interdits ! Alex Ambre traite son ouvrage avec une précision que je ne pourrais pas qualifier de chirurgicale, mais plutôt d'exquise, de savoureuse, de passionnée... L'auteur a le sens du détail et se plaît à jouer avec les sens de son lecteur. C'est un combat diablement lascif, une caresse tendre entre un chat à la plume luxurieuse et une souris envoûtée, charmée, comme hypnotisée par le ballet incessant des mots qui vont et viennent, dansent avec les corps autant qu'avec les esprits. Pour conclure, rien de mieux, à mon sens, qu'une chanson qui, je trouve, illustre à merveille la situation amoureuse de notre couple en déroute :

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En résumé, Vos mots sur ma peau est un roman érotique que j'ai beaucoup aimé lire ! Particulier, original, unique, il balaie d'un revers de main la scène classique du genre pour laisser place à une relation épistolaire aussi belle qu'ensorcelante. Un premier livre qui, j'en suis certaine, n'est que le début d'une grande aventure littéraire...

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Détails sur ce livre :

Vos mots sur ma peau, autoédité en ebook

Auteur : Alex Ambre

Nombre de pages : 79 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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dimanche 14 juin 2020

Vous oublier

vous-oublier- Ils se sont rencontrés et aimés le temps d'une nuit. Une seule. Un moment de folie et d'évidence. Pourtant, au petit matin, chacun a repris le cours ordinaire de sa vie. Mais peut-on refermer une parenthèse comme elle s'est ouverte, d'un coup ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Valérie Bel, l'auteure de cette nouvelle, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Chacun de mes lectures se veut être unique, diversifiée autant que faire se peut, et alterner entre édition classique et autoédition fait partie de mes petits plaisirs littéraires. Ce milieu encore trop méconnu du système éditorial regorge de véritables pépites et m'a permis de découvrir plus d'un auteur talentueux. Valérie Bel compte parmi mes coups de ♥ autoédités, tant pour le genre littéraire qui la définit si bien, la romance, que pour les histoires qu'elle écrit, toujours aussi belles et inspirantes.

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  • L'art de la nouvelle

Comment, en quelques pages, composer une histoire d'amour ? Pourquoi se résoudre à un tel format, tandis que le flot des mots nous emporterait dans le tourbillon des tendres murmures du coeur ? Parfois, les déclarations enflammées où sonnent la redondance et le désir profond d'impressionner, d'éblouir celui ou celle qui hante nos pensées, rompt le charme le plus pur qui émane de cette émotion véritable qui nous anime tous : l'amour.

Il ne faut ainsi pas plus d'une vingtaine de pages à Valérie Bel pour que ses deux personnages prennent vie sous sa plume sensuelle, douce, créative... Attirés tels des aimants, ils laissent libre cours aux sentiments qui font battre leur coeur à l'unisson le temps d'une nuit. Le lendemain, la magie s'est envolée, la réalité se rappelle à eux, bien trop fade et monotone. La question que pose l'auteure est simple, limpide : lorsque le destin met sur notre route la bonne personne, celle qui nous fera aimer le monde comme jamais auparavant, peut-on détourner les yeux et ignorer l'évidence même ? Peut-on oublier l'autre, et s'oublier soi-même dans l'ennui d'une vie qui ne nous correspond pas ?

Pourtant, malgré la clarté de la problématique posée par Valérie Bel, il demeure un "mais", une terrible contradiction qui peut ou non inverser le cours des choses. Si le destin parvient à faire se croiser deux âmes ignorantes l'une de l'autre, a-t-il pour autant le pouvoir de les réunir ? Est-il capable d'influencer l'avenir ? Rien ne le prouve, mais ce "coup de pouce" invisible qui s'invite dans notre quotidien sans prévenir ne serait-il pas un infime fragment de bonheur posé là sans bruit ? C'est en tout cas l'interprétation que j'en fais et, surtout, l'image romantique que je souhaite avoir de cette histoire.

Je ne veux pas chercher à expliquer de manière rationnelle comment deux êtres, que rien n'aurait pu décider à se rencontrer, s'aiment envers et contre tout, malgré la distance, l'absence, les aléas de la vie... Toute la magie d'une petite nouvelle comme Vous oublier réside dans l'inconnu, le fait de ne pas savoir s'il existe une véritable alchimie scientifique, des codes mathématiques qui régissent l'amour, ou bien si celui-ci n'est que le fruit du hasard, le résultat de choses qui nous dépassent et qu'on ne peut tout simplement pas expliquer. L'amour, c'est ce déclic insoupçonné, ce flash soudain qui survient au moment où l'on s'y attend le moins, ce besoin irrépressible de penser à la personne aimée et dont souvent nous ne connaissons pas même le nom... L'amour est tout et rien à la fois, il n'a pas besoin de grands mots et de calculs savants pour se comprendre, car le coeur seul sait déchiffrer les mille et une émotions qui s'emparent de nous pour mieux les apprivoiser et les partager sans condition.

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  • Un mot sur...

Tout comme Ninon Amey, Valérie Bel est une romantique, elle croit en l'amour, au coup de foudre, au petit "truc" qui écrit les belles histoires. Rêver, imaginer, se perdre et se retrouver, partir en quête des émotions qui feront vibrer le lecteur... Le pari d'un si court récit est plus que réussi, car Vous oublier a su m'attendrir, me toucher en plein coeur, me surprendre, me frustrer avec cette fin incroyable, à mi-chemin entre la rage et le désespoir, et dont, cependant, je ne vous parlerai pas davantage, au risque de vous spoiler !

Comme il est impensable que je vous dévoile le meilleur de cette nouvelle, je préfère vous convaincre de découvrir Valérie Bel et son oeuvre et, plus largement, l'autoédition et ses nombreux auteurs. J'ai souvent chroniqué ici des livres autoédités et reçus en services presse, des ouvrages écrits par des hommes et des femmes doués et à l'imagination débordante ! Qu'ils soient auteurs de polars, romances, SFFF, feel good, jeunesse ou autre, tous vivent pour et par une passion commune : l'écriture. Ainsi, les auteurs autoédités sont des rêveurs invétérés qui ont foi en la réalité et en ses infinies possibilités. À nous, lecteurs, de les aider à avancer...

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En résumé, Vous oublier est une lecture coup de coeur ! J'ai tout aimé dans cette histoire et je vous invite à la découvrir et à en faire profiter les personnes qui vous sont chères. Comme le disait si bien Gabriel García Márquez :

"Se souvenir est facile pour ceux qui ont de la mémoire, mais oublier est difficile pour ceux qui ont du coeur."

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Détails sur ce livre :

Vous oublier, autoédité en ebook

Auteur : Valérie Bel

Nombre de pages : 20 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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samedi 13 juin 2020

Son Excellence Eugène Rougon

son-excellence-eugène-rougon- Voici un roman centré autour d'un personnage, et ce personnage lui-même ne vit que par et pour la politique. Voici un roman où la politique ne fait pas une apparition occasionnelle, comme dans L'Éducation sentimentale ou même Lucien Leuwen, mais qui, d'emblée, se propose de montrer les coulisses gouvernementales, les aspects officiels de la vie politique, et aussi bien ses dessous, nous fait assister à une séance de l'Assemblée et à un conseil des ministres. Un roman qui présente l'ambition politique comme une idée fixe, comme une passion mobilisant toutes les forces d'un homme. Ce n'est pas si mince originalité, du moins à la fin du XIXe siècle. Rassurons-nous, en effet, tout cela se passe sous le Second Empire : aucune allusion à notre siècle finissant n'est à craindre. Et pourtant... -

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Mon avis :

Pour cette chronique, le temps aura sans doute été mon meilleur allié... et mon pire ennemi aussi ! Il m'a fallu environ un mois pour venir à bout du sixième tome des Rougon-Macquart, un volume qui, pour la première fois depuis le début de mon aventure littéraire dans le monde de Zola, ne m'aura pas laissé un souvenir impérissable et m'aura même quelquefois ennuyée.

Allons donc ! Ai-je vraiment détesté à ce point Son Excellence Eugène Rougon ? Pas si sûr, mais la balance ne penche cette fois pas en faveur du coup de coeur pour autant... Un avis détaillé s'impose donc, un avis qui revient sur les dessous de ce grand roman, car oui, s'il fut malgré tout une lecture laborieuse pour moi, il n'en reste pas moins une oeuvre grandiose et passionnante.

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  • Faire son entrée dans le grand monde

C'est, je pense, l'aspect qui m'a le plus passionnée tout au long de ma lecture. Émile Zola dresse ici le portrait d'un empire opportuniste et à la politique tout aussi fluctuante que ses représentants. Si l'auteur nous avait déjà confrontés à la haute société dans La Curée (chronique ICI), je trouve pour ma part que le sujet est davantage travaillé et exposé dans toute sa dérangeante nudité, si je puis l'exprimer ainsi, dans ce nouvel opus. Les personnages de La Curée restaient des bourgeois plutôt aisés qui, par leur fourberie et leur ambition démesurée, avaient réussi à tirer leur épingle du jeu pour se tailler une place dans le beau monde. Eugène Rougon est en quelque sorte l'opposé d'Aristide Saccard, car là où ce dernier se fait spéculateur malhonnête, l'autre témoigne à l'Empire une fidélité et une loyauté à toute épreuve.

Il est un peu comme le limier de l'empereur, étant tout autant un esclave, un pion dont il est facile de se débarrasser, qu'un valeureux conseiller et exécutant acharné, dévoué à faire appliquer les décisions d'une politique qu'il mène tambour battant. Mais la chute, inéluctable, de ce personnage à l'influence notoire et à la naïveté enfantine ne risque-t-elle pas de soulever des polémiques sourdes, des colères silencieuses, des contentieux de longue date écrasés dans l'indifférence et le mépris ? Ainsi, Zola dépeint avec beaucoup de droiture les vices inamicaux qui empoisonnent l'existence et se saisissent de la crédulité humaine, laissant choir aux pieds des intéressés une carcasse de belles promesses mensongères sur laquelle se ruent les bonnes volontés aveuglées par les caresses et les paroles à la saveur douceâtre :  Eugène Rougon n'est rien d'autre qu'un chien obéissant aux ordres qu'on lui donne, et le pouvoir totalement illusoire qu'il croit détenir n'est en réalité que le fruit d'une manipulation savamment orchestrée par son entourage proche ou lointain.

Que l'on considère ou pas Émile Zola comme un romancier visionnaire, on ne peut pas nier le côté précurseur, avant-gardiste et toujours d'actualité de ses propos. La fiction littéraire, ce support incroyable qui peut donner vie à toutes les idées, sert la pensée de l'auteur. Paradoxalement, la fiction n'est pas plus au service de l'écrivain que celui-ci ne sert les intérêts de son oeuvre : c'est une collaboration intellectuelle dans laquelle se déversent les incompréhensions, les doutes, les incertitudes, les désaccords, les mésententes, sans oublier les inimitiés profondes qui subsistent dans la réalité de l'auteur... Zola écrit, Zola caricature, Zola critique, mais Zola construit son jugement et le nourrit d'exemples, de vérités historiques qu'il a rassemblés pour non pas décider le lecteur à choisir un idéal ou un autre, mais plutôt pour l'amener à se façonner sa propre opinion, sans subir l'influence extérieure qui échauffe les esprits et divise les hommes.

Subtilement bien sûr, l'ouvrage conserve malgré tout une part de rejet, une opposition farouche au conformisme, à la bien-pensance. C'est une thématique qui, aujourd'hui encore, fait débat et nous noie dans l'adversité autant que dans la déliquescence progressive de nos sociétés. C'est l'oubli, la mise en quarantaine de la liberté, l'obsolescence programmée de l'humanité, la régression du libre-arbitre... Même si je n'ai pas su apprécier ce livre autant que j'aurais aimé, j'ai été touchée par le combat moral, subliminal mais tellement puissant, cette lutte incessante pour que chacun(e) de nous puisse être la personne qu'il/elle est vraiment, et pas ce que d'autres ont décidé que nous devions être.

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  • Reculer pour mieux sauter, la chute sera douloureuse...

Ce qui, finalement, ôte tout le charme de ce roman, ce sont les personnages. Ils sont tellement mesquins, cruels et calculateurs qu'ils en deviennent ennuyeux. Leur hypocrisie en vient à frôler le ridicule et leur médiocrité de caractère ne nous laisse en bouche qu'une certaine amertume. Ils sont déplaisants, manipulateurs et assombrissent le récit, ils obscurcissent la petite lueur d'espoir qui, tout au long de l'histoire, semble briller au loin comme pour nous inviter à croire que tout peut s'arranger. Mais en réalité, tout n'est qu'illusion du début à la fin ! La sincérité, les amitiés, la confiance... Comme Eugène Rougon se laisse embobiner par son sens aigu de la justice, le lecteur se fait littéralement avaler par les détournements littéraires dont Émile Zola use pour taquiner notre esprit.

C'est un jeu, une farce intelligente qui ne laisse rien au hasard, mais qui, par une malheureuse palette de protagonistes détestables, plonge le lecteur dans l'ennui et la lassitude que vient cependant contrer l'invariable force d'écriture de cet auteur. Tout se confond habilement et se perd dans un mélange de culpabilité assassine, machiavélique, désespérée... Et ainsi Son Excellence Eugène Rougon nous captive à sa manière et nous entraîne dans la redoutable contemplation du monde tel qu'il fut hier, qu'il est aujourd'hui et qu'il sera peut-être demain !

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En résumé, Son Excellence Eugène Rougon est un classique, un livre qui, pour moi, malgré les points négatifs que j'ai pu observer, reste un incontournable qu'il faut découvrir ! Émile Zola nous confronte à notre part d'ombre et de lumière, éveille en nous des sentiments qui, sur le moment, peuvent nous apparaître contradictoires et complètement décousus, mais qui s'avèrent être les fils conducteurs de notre pensée. Un grand roman qui mérite d'être lu !

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Détails sur ce livre :

Son Excellence Eugène Rougon, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Émile Zola

Nombre de pages : 424 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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samedi 6 juin 2020

BILAN - Mai 2020

Bonjour à toutes et à tous,

Bouh ! devrais-je plutôt dire, car le mot revenant ne pourrait pas mieux me convenir. En mai, j'ai déserté la blogosphère... Manque de temps, d'envie, mais pas d'articles. Ce mois-ci, je devrais réussir à être plus présente par ici, mon planning professionnel s'allégeant de manière considérable. Des billets, il risque donc d'y en avoir pas mal en juin sur ces pages ! Rien que pour les chroniques littéraires, j'en ai quatre à rédiger. Et encore, c'est sans compter sur ma lecture en cours, si addictive qu'elle en est presque terminée et qu'il va me falloir prochainement la chroniquer, et les trois autres ouvrages à découvrir qui se répartissent fort bien en une lecture commune, un classique et un service presse. Bref, l'ennui ne sera pas de la partie ! J'essaierai de ne pas trop vous assommer de notifications non plus, même si je sais que vous prenez toujours plaisir à lire mes posts.

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Côté blog, mai fut un mois assez maigre : trois articles en tout et pour tout. Les liens ICI, ICI et vous amèneront respectivement sur le bilan du mois d'avril et les chroniques d'Istanbul, souvenirs d'une ville et de Pour un moment. Si vous ne les avez pas déjà lues, c'est le moment d'aller jeter un oeil à ces différentes rétrospectives ! Bien sûr, j'aurais aimé vous proposer une ou deux publications supplémentaires au cours du mois, mais je vois plutôt cela comme le signe d'une petite coupure nécessaire par rapport à mon travail, assez intense ces derniers temps. Alors c'est vrai, j'ai laissé vos commentaires sans réponse, je ne suis pas passée depuis un bon moment sur vos blogs et je consulte les réseaux sociaux un peu en diagonale... Mais ce break improvisé me permet aujourd'hui de revenir avec le sourire, en sachant que je serai davantage disponible pour mon blog et mes autres activités (coucou l'écriture ! Tu me reconnais ?).

Après ce moment "bisounours" (gros câlin virtuel, les ami(e)s !), il est temps de se pencher sur les lectures qui ont occupé mon mois. Cinq livres, dont trois services presse, un classique et un ouvrage plein de promesses littéraires et de songes estivaux. Mai a débuté sous le signe de la romance avec Pour un moment, dont vous pouvez retrouver la chronique un peu plus haut. Puis, retrouvailles avec Émile Zola et le particulier mais véritablement intéressant sixième tome des Rougon-Macquart, à savoir Son Excellence Eugène Rougon (avis complet à venir). Ensuite, petite escapade érotico-littéraire avec tout d'abord Valérie Bel et sa courte nouvelle romantique Vous oublier (chronique à venir également), suivie d'Alex Ambre et son roman à l'indéniable sensualité Vos mots sur ma peau (ça arrive, patience  !). Enfin, envolée lyrique et merveilleuse vers un soleil doré, inaccessible, immatériel et pourtant si réel qu'il en paraît totalement imaginaire, avec L'Apiculteur, un récit initiatique signé Maxence Fermine, le premier livre de l'auteur que je découvre et dont j'ai hâte de vous parler.

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Quelques films vus en mai, mais rien de bien folichon ou mémorable. Un peu de SF horrifique dans une station spatiale attaquée par un organisme extra-terrestre, une version revisitée et assez moderne dans la vision des choses des légendes arthuriennes et un court voyage en Amazonie avec un anaconda plutôt kitsch et peu réaliste dans sa conception animale. Bref, passons le septième art ! Côté musique, Tarkan est mon compagnon de route, ses chansons me suivent inlassablement et j'aime toujours autant avoir ses sons dans les oreilles. Je glisse une vidéo ici, juste pour le plaisir des yeux...

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Voilà ! Pas grand-chose d'autre à rajouter pour ce bilan. C'est court, clair et concis, et j'apprécie ce format qui me permet d'échanger avec vous de tout et de rien sans être trop formelle dans la présentation. Et vous, comment s'est passé votre mois de mai ? Quoi de prévu en juin ? Racontez-moi tout, je suis curieuse !

Je vous dis à bientôt pour un prochain article.

Sue-Ricette

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mardi 5 mai 2020

Pour un moment

pour-un-moment- Tout va bien dans le meilleur des mondes pour Lady Stirvek. Alors que son meilleur ami, le roi Siegfried, vit désormais une belle idylle avec la reine Arela, c’est à son tour d’avoir droit au bonheur ! Fiancée au très beau Lord Perfax, elle pense enfin avoir trouvé l’homme parfait, celui qu’elle épousera par amour et qui deviendra le père de ses enfants. Toutefois, quand ce dernier trouve la mort dans des conditions peu glorieuses, la jeune femme s'effondre. Son cœur se brise et ses espoirs de bonheur sont anéantis.

Quand le roi Siegfried lui demande de bien vouloir épouser un Lord qu’elle n’a jamais rencontré afin d’assurer au royaume un avantage tactique face au Royaume de Lumière, elle accepte sans sourciller, trop abattue et désabusée pour attendre quoi que ce soit de la vie. Sa seule demande : avoir le droit de se retirer de la Cour pour retourner vivre sur ses propres terres.

Cependant, lorsque Lady Stirvek rencontre l’homme qu’elle doit bientôt épouser, elle se rend vite compte que, comme elle, il a déjà beaucoup perdu. Peut-être sont-ils faits pour s’entendre finalement… -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Liv Fox, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Dernière histoire complétant le merveilleux cycle Pour une Romance composé par Liv Fox, et dont l'intégrale sortira prochainement, Pour un moment nous offre un ultime et somptueux voyage au coeur de l'amour, dans un pays glacé où le bonheur se croise parfois au détour d'une neige inattendue...

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  • Une quête de sens

Un roman brumeux, une atmosphère étrange, comme glaciale, qui nous plonge dans la tourmente amoureuse d'Evie Stirvek. Femme de caractère, lady sûre d'elle, ce personnage impose le respect et l'admiration par sa détermination, son impétuosité et son manque brut de considération pour les convenances. Elle est énergique, franche et sincère, mais reste avant tout sensible et émotive, cachant ce qui, à ses yeux, ressemble à un aveu de faiblesse vis-à-vis de sa personnalité atypique. C'est en quelque sorte une protection, un moyen de défense pour contrer la mesquinerie et les faux-semblants qui pullulent à la Cour du roi Siegfried. Partisane d'un humour ironique et taquin, d'une répartie désinvolte et libérée, lady Stirvek ne trouve du réconfort qu'auprès du souverain du Royaume du Froid, son meilleur ami. Marié à la belle Arela, dont nous avons découvert l'histoire juste ICI, Siegfried irradie de bonheur auprès de son aimée, tout comme celle-ci lui témoigne son affection et son amour démesuré.

Pourtant, tandis qu'il se dégage du couple royal une chaleur bienveillante, Evie se noie dans le chagrin du passé, les remords, la tristesse et la mélancolie de ce bonheur qui, pour elle, reste insaisissable. Le résumé parle de lui-même et l'histoire nous plonge dans le désarroi profond qui assaille le coeur de lady Stirvek. Plus par amour que par peur des rumeurs et autres commérages incessants au sein de la Cour, elle se réfugie dans la détresse de son âme, inondant son esprit de chimères heureuses et de souvenirs ingrats, douloureux... Malgré sa force de caractère, Evie est troublée, bien plus, en tout cas, que son attitude distante et ses manières neutres ne le laissent entrevoir. Personnellement, j'ai beaucoup aimé son personnage, car il se trouve aux antipodes de l'héroïne fragile qui se laisse simplement couler dans la dépression. Lady Stirvek, bien qu'anéantie par ce bonheur envolé, reste droite et garde la tête sur les épaules : si elle ne peut être véritablement comblée dans la vie, au moins pourra-t-elle mener son existence comme elle l'entend, quand bien même devrait-elle se marier sans amour !

Il est peu fréquent de voir passer dans la littérature des protagonistes qui balaient d'un revers de main la naïveté énamourée et la sempiternelle crédulité des sentiments. Ici, lady Stirvek fait fi des paillettes et des codes qui l'entourent, sa vie n'appartient qu'à elle et personne ne peut décider à sa place du rôle qu'elle souhaite ou non s'attribuer. J'ai apprécié cette indépendance caractérielle qui, cependant, masque une faille, celle du coeur. Evie comble donc ce manque par l'indifférence, la froideur et l'autorité qui la définissent si bien, et en même temps, la condamnent à la solitude et aux pleurs. Impossible de la détester pour ses jeux de mots un peu salaces ou ses remarques parfois déplacées ou inconvenantes pour une femme de son rang ! On ne peut que se délecter de la voir évoluer dans un monde qui ne lui sied guère et se joue d'elle, tendant au loin, telle une perche, une félicité inaccessible, aussi lointaine que les étoiles dans le ciel.

À l'opposé de lady Stirvek, il y a lord Huckle. Comment ne pas l'évoquer ? Tout à la fois charmant, séduisant, mystérieux, patient, indomptable et ténébreux, il est, tout comme son homologue féminin, brisé, détruit. Là encore, on ne peut que s'attacher à lui ! Pour autant, il ne s'agit pas de pitié ou de compassion de notre part, car l'écriture de Liv Fox parvient à rendre le récit vivant et crée en nous une personnalité unique, comme si s'ouvrait devant nous une porte, un passage vers cet univers enchanteur et romantique. On suit littéralement les personnages dans leur peine et leur incompréhension, non pas comme un lecteur extérieur, mais plutôt comme quelqu'un qui, bien qu'invisible aux yeux des héros, chemine à leurs côtés pour apaiser leurs craintes et libérer leur coeur des lourdes chaînes de doutes et de peurs qui les empêchaient de battre.

La lecture se trouve être ici une participation silencieuse, chatoyante, et relève d'une sorte d'interactivité entre les héros, le lecteur et cette entité tantôt malicieuse, tantôt cruelle, que l'on appelle le destin. Et, insidieusement, une question, une seule, se pose : l'infortune et les malheurs de notre vie ne sont-ils pas en réalité le chemin qui nous conduira, tôt ou tard, vers la joie, la chaleur, la lumière et les sourires de jours meilleurs ? C'est, je pense, une réflexion nécessaire pour mieux comprendre et aborder cette histoire, qui ne se résume pas à une romance érotique tout ce qu'il y a de plus banal. Au contraire, c'est une psychologie bien détaillée oscillant entre haine et amour, entre espoir et désillusions, laissant une multitude de sentiments contradictoires affluer dans notre esprit, se chamailler pour mieux s'apprivoiser et, finalement, peut-être chanter la véritable mélodie du coeur.

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  • L'évolution d'une plume

Romancière d'amour, Liv Fox compte déjà six histoires à son actif. Depuis que j'ai découvert sa série Pour une Romance, je me suis à chaque fois laissée embarquer par sa plume et son univers coloré, magique, intrigant, romantique à souhait, original et bien construit de bout en bout. À chaque fois, je me surprenais à attendre avec impatience sa prochaine parution, car la littérature sentimentalo-érotique est un genre que, de base, je lis peu. Pourtant, au fur et à mesure que je lisais chacune de ces romances, je me plaisais à suivre ces personnages, à les découvrir, les comprendre et les apprécier tels qu'ils sont, sans chercher à vanter leurs qualités ou, au contraire, à leur trouver mille et un défauts stéréotypés.

Ces ouvrages ont pour moi été des petits plaisirs littéraires, ils font partie de ces lectures qui nous coupent du monde extérieur et nous offrent une bulle hors du temps, rien qu'une heure ou deux, tout au plus, pour profiter d'une évadée romantique, sensuelle et merveilleusement belle. À quelques exceptions près, les romances (New Adult ou autres) qui mettent en scène de façon plus ou moins explicite les relations sexuelles des deux héros ne sont pas légion dans mes bibliothèques, car ce n'est pas une littérature vers laquelle je vais me tourner de prime abord... Mises à part certaines fois, où j'ai besoin d'une lecture légère, sans prise de tête et qui me fasse rêver, autrement ce n'est pas un genre littéraire que j'affectionne particulièrement. Pourtant, Liv Fox et ses romances ont su me convaincre de donner une chance à la littérature érotique, car en vérité, ce sont des romans que l'on sous-estime et qui renferment souvent bien davantage que ce que l'on croit...

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En résumé, Pour un moment est un adorable coup de coeur ! J'apprécie toujours autant le style d'écriture de l'auteure et la manière qu'elle a d'imaginer et de décrire tant les liens qui unissent ses personnages, que les sentiments qui les rapprochent ou bien les éloignent. C'est une magie subtile et intense, un rayon de soleil dans la grisaille environnante, une bouffée d'oxygène dans ce monde saturé, épuisé, un moment qui n'appartient qu'à nous et nous emmène loin au-dessus des nuages...

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Détails sur ce livre :

Pour un moment, autoédité en ebook

Auteur : Liv Fox

Nombre de pages : 175 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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samedi 2 mai 2020

Istanbul, souvenirs d'une ville

istanbul-souvenirs-d-une-ville- Évocation d'une ville, roman de formation et réflexion sur la mélancolie, Istanbul est tout cela à la fois. Au gré des pages, Orhan Pamuk se remémore ses promenades d'enfant, à pied, en voiture ou en bateau, et nous entraîne à travers ruelles en pente et jardins, sur les rives du Bosphore, devant des villas décrépites, dessinant ainsi le portrait fascinant d'une métropole en déclin. Ancienne capitale d'un vaste empire, Istanbul se cherche une identité, entre tradition et modernité, religion et laïcité, et les changements qui altèrent son visage n'échappent pas au regard de l'écrivain, fin connaisseur de son histoire, d'autant que ces transformations accompagnent une autre déchirure, bien plus intime et douloureuse, celle provoquée par la lente désagrégation de la famille Pamuk – une famille dont les membres, grands-parents, oncles et tantes, ont tous vécu dans le même immeuble – et par la dérive à la fois financière et affective de ses parents. Dans cette œuvre foisonnante, magistralement composée et richement illustrée, Orhan Pamuk nous propose de remonter avec lui le temps de son éducation sentimentale et, in fine, de lire le roman de la naissance d'un écrivain. -

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Mon avis :

Comment aborder une telle oeuvre ? Comment, avec mes petits mots de blogueuse, rendre hommage à ce livre si dense et magistral, si beau et poétique ? Pour la première fois de ma vie, je me trouve au pied du mur, car j'ai l'impression que cet article, aussi complet puisse-t-il être, ne saura pas décrire tout ce que cet ouvrage magnifique et totalement unique en son genre m'a apporté. Un comble, me direz-vous, pour une chroniqueuse... Mais qu'importe ! Le défi est de taille, mais il ne me fait pas peur, car je sais qu'au plus profond de mon coeur demeurent les mots justes, ceux-là mêmes qui trouveront un écho en chaque lecteur qui découvrira ce billet, pour vous parler d'Istanbul, de sa vie et de ses innombrables trésors.

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  • Un dédale de rues

Tel un labyrinthe géant, Istanbul se dessine sous la plume d'Orhan Pamuk, ce contemporain nostalgique d'une vie qui fut, de celle qui est, et d'une autre qui, peut-être, ne sera jamais... Sur les ruines d'un ancien empire prospère et puissant, une autorité à nul autre pareil en son temps, l'Istanbul républicaine délaisse son histoire, comme si elle cherchait à renier son passé, à oublier les conquêtes, le pouvoir, la beauté, mais aussi la cruauté qui façonnèrent autant la gloire que la crainte, l'admiration autant que la terreur des centaines d'années de règne de la dynastie ottomane. L'auteur, perdu dans une contemplation méditative teintée de mélancolie, observe la déchéance de sa nation, de son pays, la décrépitude des rues et des quartiers, l'insalubrité des murs et des trottoirs sans jamais, pourtant, poser sur ce cocon de souvenirs un regard de haine. Orhan Pamuk tisse des liens invisibles entre le hüzün, cette tristesse spleenienne partagée par tous les stambouliotes, et les hauts et les bas de la ville, ses aléas politiques, économiques, historiques, sociaux, allant même jusqu'à créer un parallèle saisissant avec sa propre existence. Ainsi, il décrit avec beaucoup de sensibilité l'attachement qui nous lie à un lieu, qui nous rend indissociable de la vie de ce lieu et qui, jour après jour, au fil du temps, amène nos pas sur les souvenirs, les mémoires gravées pour l'éternité dans la pierre vétuste des maisons, dans le bois pourri et humide d'un abri de pêcheur qui, malgré le poids des ans et le désintérêt des hommes, tient encore debout, sait-on par quel miracle...

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"Quiconque souhaite donner un sens à sa vie s'interroge également, au moins une fois dans son existence, sur le lieu et l'époque de sa naissance. Que signifie être né à tel endroit et à tel moment de l'Histoire ? Cette famille, ce pays, cette ville qui nous sont attribués à la manière d'un ticket de loterie, que l'on nous demande d'aimer et que l'on finit le plus souvent par aimer pour de bon, sont-ils le fruit d'un partage équitable ?" 

 

"Comment donc la beauté d'une ville, la richesse de son histoire ou bien ses mystères pourraient-ils être des remèdes à nos souffrances intérieures ? Peut-être aussi que la ville où nous vivons, tout comme notre famille, nous l'aimons parce que nous n'avons pas d'autre solution ! Mais il nous faut inventer les lieux et les raisons à venir de notre amour pour elle."

(extraits d'Istanbul, souvenirs d'une ville)

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C'est un livre de questionnements, une invitation à la réflexion sur la condition humaine, les choix qui, trop souvent, ne sont pas les nôtres, mais résultent d'un conformisme sociétal insaisissable, incompréhensible, et qui nous poussent à accepter un destin dont nous ne voulons pas. Istanbul, c'est tout à la fois une ville opprimée et souveraine, contrainte de suivre les règles, la loi, et en même temps libre de modifier les codes et d'évoluer au rythme d'un monde en perpétuel changement. Orhan Pamuk se plonge dans les secrets insoupçonnés, les anecdotes refoulées et occultées du passé aussi lumineux qu'obscur de cette ville qui le fascine et l'appelle au plus profond de son âme. Istanbul ne vit pas aux dépens de chacun, son coeur bat par la seule et unique force commune des stambouliotes réunis par les mêmes sentiments, les mêmes émotions inconscientes qui les poussent à se créer une vie collective. Le hüzün, ce chagrin mélancolique ou réside une part de nostalgie désabusée, caractérise ainsi la culture, la manière de penser et d'agir de ce pays aux confins de l'Orient et de l'Occident.

D'ailleurs, pour Orhan Pamuk, il n'est pas si exact d'avancer une telle situation, aussi géographiquement vraie soit-elle. Pour l'auteur, c'est cette constante comparaison, ce rapprochement inéluctable opéré par nombre d'étrangers curieux aux désirs exotiques qui, en somme, nuit à l'authenticité, au charme premier, originel, de cette Istanbul disparue, évaporée dans les méandres des esprits, si peu consignée dans les archives historiques et ignorée de son temps par les pachas et autres prestigieux sultans. Le romancier se délecte autant qu'il se trouve dégoûté par l'occidentalisation totalement illusoire qui fit renaître (ou chuter, plus vraisemblablement) la Turquie dans son ensemble, et amena la capitale à se chercher une identité qui, malheureusement, n'était et ne sera jamais la sienne. Provoquer la refonte complète du pays entraîna autant de bouleversements bénéfiques que de destructions inénarrables d'un passé qui, du haut de sa lointaine existence, observe la médiocrité moderne que Orhan Pamuk décrit avec un mélange de curiosité, de lassitude et d'engouement certain à plonger au coeur même de cette ville qui l'a vu naître et grandir.

Pourtant, malgré la décadence d'Istanbul, l'auteur parle d'espoir, d'amour, de joie, de bienveillance et de tolérance. Entrecoupant les chapitres dédiés à cette ville qu'il aime par d'autres plus personnels, il nous confronte aux vicissitudes du temps qui altèrent notre esprit et abîment notre coeur. Les aléas de la vie ne doivent pas nous faire oublier qu'une ville, aussi décevante soit-elle à nos yeux, aussi sales, répugnantes et tristes puissent-être ses rues délavées et jaunies, telle une photo de famille que les années n'auraient pas épargnée, cette ville reste la nôtre et occupe dans notre coeur une place qu'aucun autre lieu sur Terre ne pourra jamais remplacer. Ainsi, le Bosphore, lieu emblématique d'une enfance heureuse et, pour Orhan Pamuk, témoin ancestral de nombreuses vies envolées, ne distingue pas le bien du mal et engloutit à tout jamais dans ses eaux mystérieuses les peines et les joies, les larmes et les sourires, les drames et les amours...

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"Le plaisir de se promener sur le Bosphore, de se mouvoir au sein d'une ville si vaste, si riche historiquement et si mal entretenue, vous fait éprouver la liberté et la force d'une mer profonde, puissante et animée. Le voyageur qui file, porté par les rapides courants, au milieu de la saleté, de la fumée et du brouhaha d'une ville tellement populeuse, sent que la force de la mer passe en lui et qu'au sein de toute cette multitude, de toute cette densité historique et de tous ces bâtiments, il est tout de même possible de demeurer libre, la tête haute."

(extrait d'Istanbul, souvenirs d'une ville)

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  • Une vie entre deux eaux

Istanbul, symbole d'un seul et même battement coeur pour des millions d'âmes, reflète également le passé, le présent et l'avenir de chaque individu. Orhan Pamuk se replonge donc dans son enfance et son adolescence, des périodes qui furent pour lui non pas synonymes d'insouciance et de légèreté, mais plutôt de doutes, d'incertitudes, de remises en question et de nombreuses interrogations quelque peu existentielles. Vivant au sein d'une grande famille, le petit Orhan habite dans l'immeuble familial construit par son grand-père. Les souvenirs de son enfance, partagée entre les bagarres incessantes et parfois douloureuses avec son frère, les entrevues régulières avec les autres membres de la famille, les disparitions inexpliquées de son père et la tristesse de sa mère, ne font pas remonter en lui une peine immense ou un mal-être qui ne cicatrisera jamais. Au contraire, ces pensées enfouies dans son inconscient rejaillissent avec une certaine détermination, un besoin de comprendre le petit garçon qu'il était alors et qui s'amusait à la seule idée d'imaginer un autre Orhan, semblable à lui, vivant autre part et dont il ne saura jamais rien. Les caprices scolaires, eux, lui permettent de se souvenir de sa grand-mère, à la fois douce et autoritaire, de ses instituteurs et du matraquage réglementaire dont quelque-uns faisaient preuve vis-à-vis des élèves, des amis, des petites amourettes d'école qui ne débouchèrent sur rien, mais également du premier véritable amour, plus tard au lycée, une histoire déchirante et pleine de rêves, désillusionnée dans la tourmente spirituelle des coeurs et de la bienséance...

Istanbul n'est pas seulement une ville, ni même ce livre à l'écriture dense et prenante, c'est un état d'esprit, un écho qui trouve sa résonance en nous et fait vibrer notre âme, fait frissonner notre corps d'un tremblement léger, nouveau et qui inscrit dans un coin de notre tête non pas son exotisme sensuel, mais sa force, son courage, sa beauté simple et grisâtre, ses bâtiments en ruines, ses charpentes calcinées, vestiges passionnants d'un voyage intemporel qui nous amène à découvrir la ville dans sa forme la plus pure, dépourvue des curiosités habituelles qui ne mettent sur le chemin de ce récit merveilleux que les superficialités d'un monde inconnu et lascif. Le véritable lien qui nous unit à Istanbul, c'est la force de vie qui se dégage de ses murs, la diversité et la richesse culturelle de la bulle dans laquelle elle évolue et qui, malgré le désir d'avancer sur la voie de l'occidentalisation, la maintient à l'abri des regards et la protège d'une chute irréversible, l'empêchant ainsi de sombrer définitivement dans le fleuve infini de l'oubli commun.

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En résumé, Istanbul, souvenirs d'une ville est un coup de ♥ intersidéral ! Pour moi, c'est plus qu'un roman, un essai ou encore une autobiographie écrite avec le coeur et la main d'un auteur passionné. C'est là l'oeuvre d'un écrivain qui aime profondément, viscéralement sa ville et qui s'attache non pas à conserver dans sa mémoire un souvenir impérissable de ce lieu qui lui est si cher, mais bien à écrire la vie, l'immortalité qui ne peut se voir ou s'entendre, mais seulement se ressentir dans les tréfonds de l'âme, là où demeure l'amour éternel qui jamais, ô jamais, ne s'éteindra.

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Détails sur ce livre :

Istanbul, souvenirs d'une ville, publié aux éditions Folio

Auteur : Orhan Pamuk

Nombre de pages : 560 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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vendredi 1 mai 2020

BILAN - Avril 2020

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Bonjour à toutes et à tous,

Et voilà le 1er mai ! Alors oui, une fête du (télé)travail en demi-teinte, il faut bien le reconnaître, entre le soleil qui nous boude, la grisaille qui s'en donne à coeur joie et l'actualité toujours aussi préoccupante... Mais finalement, le bonheur et la sérénité auxquels bon nombre d'entre nous aspirent en ce moment ne se trouvent-ils pas dans les plus petites choses ? Même s'il pleut, même si on aimerait mieux pouvoir sortir et profiter pleinement du dehors, des boutiques, des restaurants et autres, on est là, tous ensemble, réunis par des liens virtuels qui font que l'on n'oublie pas ceux qui sont loin de nous et qui nous manquent. Loin des yeux, mais pas du coeur... Et si vous avez la chance d'être confiné(e)s en famille, avec vos enfants, votre compagne/compagnon, sans oublier les petits poilus, alors souriez à tout ce qui vous entoure et ne désespérez pas : tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

Sur cette note que j'espère optimiste, il est temps de débuter le bilan de mon mois d'avril ! Au cours des trente derniers jours, je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer. Mon planning de travail était bien rempli, et comme j'exerce en EHPAD, la période actuelle n'est pas forcément facile à gérer... Malgré tout, entre deux jours de boulot, j'ai réussi à occuper mon mois avec de la lecture (of course !), quelques visionnages sur Netflix, du tricot et d'autres activités qui m'ont permis de m'évader.

J'ai notamment publié cinq articles sur le blog. Il y a eu le bilan du mois de mars ICI, et quatre chroniques sur différents livres que vous pouvez (re)découvrir en cliquant ICI, ICI, ou encore . Quelle sera votre prochaine évadée livresque ? Mystère ! Quoi qu'il en soit, ce fut un mois régulier au niveau des publications, car j'ai également posté quelques photos sur mon compte Instagram (si vous souhaitez me rendre visite là-bas, mon pseudo est @suericette). Tout cela me prend pas mal de temps et d'énergie, mais le plaisir est toujours de la partie, l'envie de partager est là aussi, alors j'ai bien l'intention de continuer à écrire sur la blogosphère, et ce, aussi longtemps que j'aurai des livres à vous chroniquer !

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Avril fut gris, avril fut venteux, avril fut pluvieux... et même si ce n'est pas une météo très printanière, j'ai adoré cette ambiance un peu automnale pour lire ! Trois livres lus ce mois-ci. Deux coups de ♥, une bonne lecture. J'ai tout d'abord découvert La petite voix qui chante au fond de votre coeur, une magnifique romance écrite par Isabel Komorebi et que je ne saurais trop vous conseiller de lire à votre tour. Le lien vers la chronique se trouve dans le paragraphe précédent, mais si j'ai bien un conseil à vous donner concernant cette lecture : foncez, vous ne serez pas déçu(e)s !

J'ai ensuite lu De la Terre à la Lune, un roman futuriste signé Jules Verne que j'ai bien aimé, mais qui, pourtant, n'est pas parvenu à me convaincre de bout en bout. Dommage, car je trouvais un certain potentiel à cette histoire quelque peu gâchée, à mon sens, par une surabondance d'informations... Il reste cependant un bon ouvrage de fiction, avec une intrigue visionnaire et passionnante, qu'il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie.

Enfin, dernière lecture du mois : Istanbul, souvenirs d'une ville. Que j'ai aimé ce livre ! Il m'a transportée, envoûtée, charmée, m'a permis de me questionner sur mon propre ressenti intérieur, sur ma manière de réfléchir, d'interpréter et de percevoir tout ce qui m'entoure. C'est un ouvrage contemplatif, poétique, dramatique, beau et qui interroge son lecteur en même temps que l'auteur se remet lui-même en question, arpentant les rues de son enfance, ces quartiers qui font naître en lui, en nous également, comme si Istanbul nous était familière et qu'elle nous appelait au plus profond de notre coeur, une mélancolie tout à la fois joyeuse et triste, sereine et incertaine. C'est un récit initiatique qui forge l'âme et développe le "moi" qui sommeille en chacun de nous, éveillant une spiritualité nouvelle, une pensée neuve sous le regard attendri, rêveur, nostalgique d'Orhan Pamuk, romancier d'une Istanbul qui n'est plus et qui, au fond, peine encore à se créer une identité qui ne sera jamais... Je pose ici ce mini-avis, reflet d'une autre chronique express postée sur Instagram, et je vous retrouverai d'ici peu dans l'article complet dédié à ce roman magique.

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Ce mois-ci, j'ai profité de quelques après-midi au calme pour regarder Netflix. En temps de confinement, c'est la plateforme cinématographique à avoir sous le coude ! Le catalogue s'est bien enrichi ces dernières semaines, notamment avec la mise en ligne des vingt-et-un films des studios Ghibli ^_^ Je suis une grande fan du travail de Hayao Miyazaki, le principal réalisateur de ces films d'animation, mais également de l'oeuvre musicale tout simplement merveilleuse de Joe Hisaishi, compositeur, interprète et chef d'orchestre sur plusieurs de ces longs métrages. Du coup, je me suis replongée avec plaisir dans Princesse Mononoké, mon Ghibli préféré et indétrônable jusqu'à maintenant ! Mais aussi dans Le Château Ambulant, qui se place juste après le premier dans mon classement (classement qui se résume d'ailleurs uniquement à ces deux films, car ce sont mes deux plus gros coups de ♥).

Princesse_Mononoke

le-chateau-ambulant

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Et voilà, bilan terminé ! Un nouveau mois se dessine, avec plein de nouvelles choses à vivre, partager et découvrir. En espérant que la météo soit plus sympathique avec nous en mai... C'est difficile de garder le moral en ce moment, mais si même l'espoir de voir un jour le bout du tunnel s'envole, alors que nous reste-t-il ? Car finalement, c'est l'espoir qui nous fait vivre et nous donne la force et la volonté d'avancer.

Je vous souhaite un bon 1er mai, entouré(e)s des personnes que vous aimez, et je vous dis à bientôt pour un prochain article.

Sue-Ricette

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Han Solo vous envoie de la force également. Ciao tout le monde !

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vendredi 17 avril 2020

De la Terre à la Lune

de-la-terre-a-la-lune- Après la fin de la Guerre de Sécession, le Gun Club de Baltimore et son président, Barbicane, lancent le projet à première vue insensé de projeter un boulet de canon sur la Lune. Après plusieurs réunions, le Gun Club s'organise et lance une collecte de fonds en direction de toute la planète. L’argent récolté, le projet prend forme et un immense canon, le Columbiad, voit le jour. -

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Mon avis :

En avril, ne te découvre pas d'un fil... même si tu dois aller sur la Lune ! Un voyage spatial peu commun, une quête cosmique incroyable, inédite, et que Jules Verne parvient pourtant à visualiser avec une imagination détonante, un panache révolutionnaire... Au coeur du firmament étoilé, quels secrets l'astre du soir renferme-t-il ? Aux frontières du réel, au-delà de tout ce qui peut exister et dépasser les barrières de l'inconscience même, l'homme peut-il espérer fouler son sol encore inexploré ?

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  • Le génie de l'écriture

Lorsque l'on parle d'inventivité, de créativité, d'évasion libératrice et visionnaire, comment ne pas songer à Jules Verne et son oeuvre ? Il est, je trouve, impossible de dissocier l'écrivain de ses romans, tant ceux-ci sont inoubliables et façonnent dans un recoin de notre cerveau des histoires tout à la fois improbables et grandioses, merveilleuses et farfelues... Les mers autant que les airs, les mystères de l'inconnu terrestre autant que spatial fascinent l'imaginaire collectif en même temps qu'ils le troublent, et Jules Verne a su saisir l'essence même de cet engouement pour l'inacessible, l'insoluble, l'incompréhensible.

Peu d'ouvrages de l'auteur à mon actif jusqu'à maintenant, deux pour être exacte, mais l'attraction qu'exercent ses différentes intrigues relève, je trouve, autant d'un goût prononcé pour l'aventure que d'une curiosité scientifique à moitié satisfaite. Son écriture ciselée, analytique, schématique, possède également en elle une part indéniable de rocambolesque, de magie, et peut-être même, disons-le, de féerie moderne, contemplative... Jules Verne découpe et calcule chacun de ses romans de telle sorte qu'ils apparaissent comme une oeuvre à part entière qui se dévoile petit à petit, laissant tout son potentiel grandir au fil des pages pour créer chez le lecteur une sorte d'implosion émerveillée, telle la course majestueuse d'une étoile filante galopant à travers les cieux. Ainsi, le mental humain s'adapte, se contorsionne et tente de se fondre dans les innombrables détails qui affluent au cours de l'histoire. Ici, Jules Verne saupoudre d'astronomie, de physique, de chimie et d'autres paramètres plutôt retors les quelques deux cents cinquante pages de son roman lunaire.

Des chiffres écrits noir sur blanc en anciennes unités de mesure compliquent la tâche et font s'embourber le lecteur dans un marécage numérique auquel il lui est presque impossible d'échapper. Les réflexions mathématiques et autres pensées savantes émises par les personnages induisent une confusion quasi indescriptible : pour ma part, je me suis sentie refoulée, rejetée par cette intrigue dont le sens ne m'apparaissait pas toujours de façon claire. J'ai eu le sentiment d'être plus d'une fois étrangère à ce récit d'un autre temps, dont le style rédactionnel trouve toute sa beauté dans une redondance aussi passionnante qu'ennuyeuse. Perdue entre deux points de vue, je ne parvenais pas à me faire un avis qui semblait rendre hommage à cette épopée visionnaire, autant qu'il me permettait d'être pleinement objective. Jules Verne est ce romancier hors du commun, cet auteur mythique aux idées géniales, cet écrivain à la plume riche, vivante et qui crée des protagonistes aux personnalités fougueuses et indépendantes, aux noms mémorables traversant les âges... Jules Verne était un rêveur invétéré qui a écrit pour les rêveurs des siècles à venir, pour l'emmener au bout du monde, le faire voyager vers des contrées lointaines au coeur même de la Terre, lui permettre, à sa manière, de s'évader de son quotidien vers un ailleurs enchanteur plein de promesses.

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  • Entre Terre et Lune, quelle est la place de l'homme ?

Pas d'inquiétude, je ne vais pas me lancer ici dans un panégyrique philosophique (même si, entre nous, le thème de ce paragraphe m'inspire beaucoup) ! Malgré tout, comment, après avoir lu un tel roman et découvert un sujet aussi innovant qu'imposant, ne pas réfléchir à la question de la place de l'homme en ce monde ? Après tout, l'humanité, même si elle a les capacités et possède les outils nécessaires à la conquête de l'univers, peut-elle se permettre de franchir les limites de son habitat ? C'est, à mon sens, une interrogation essentielle pour comprendre au mieux les mécanismes de ce roman. Au XIXe siècle, Jules Verne imaginait déjà les voyages lunaires. Ici, pourtant, le raisonnement à adopter se scinde en deux parties distinctes : l'auteur a-t-il eu l'idée de mettre sur pied un tel concept pour laisser son imagination florissante vagabonder librement ? Ou bien s'est-il servi de cette thématique improbable pour mettre en lumière la décadence sociale et sociétale, le déchéance humaine, le progrès qui, au lieu d'être salutaire pour le bien commun, incite l'homme à devenir plus conquérant et expansionniste qu'il ne l'a jamais été au cours de l'Histoire ?

Jules Verne pensait-il réellement que ce projet, tel qu'il le décrit dans son roman, unirait toutes les nations du monde dans un effort historique et économique ? Ou alors, était-ce pour mieux décrire, de manière implicite, la déliquescence progressive des états et leurs rivalités mutuelles qui, au fil du temps, ne font que s'accroître ? La vision futuriste et originale de l'auteur n'était-elle pas en réalité une alerte silencieuse, manuscrite, sur la régression lente et destructrice qui, inévitablement, conduirait les hommes à leur perte ? Peut-on qualifier Jules Verne de génie fataliste ? Avait-il compris, comme tant d'autres penseurs, que tout, finalement, n'était qu'une question de temps...

C'est, en tout cas, ainsi que je perçois cette réflexion. Une société se construit et se définit progressivement, elle écrit son histoire et trace son propre chemin ; mais sa route ne peut-elle pas être brutalement amenée à dévier de sa trajectoire ? Tout autant qu'il a su capter les désirs inassouvis de l'homme, Jules Verne a, je pense, magistralement retranscrit les questionnements divers, les défauts indélébiles et intemporels, car malheureusement toujours actuels, qui avaient déjà cours à son époque.

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En résumé, De la Terre à la Lune est un roman que j'ai apprécié, même s'il ne m'a pas totalement convaincue ! C'est une histoire incroyable, savante mais passionnante, qu'une écriture tantôt palpitante, tantôt rigoureuse, conduit de manière assez aléatoire. Les chapitres se succèdent et nous offrent des passages aussi intrigants qu'indéchiffrables, mais le tout est d'une singulière originalité qui donne tout son charme au roman. Un voyage stellaire merveilleux et indémodable !

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Détails sur ce livre :

De la Terre à la Lune, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Jules Verne

Nombre de pages : 255 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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dimanche 12 avril 2020

La petite voix qui chante au fond de votre coeur

la-petite-voix-qui-chante-au-fond-de-votre-coeur- L'amour peut-il guérir le cœur ?

Nolan et Mary se percutent dans un box des urgences, à New York. Leur attirance est immédiate, irrésistible. Leur amour, évident. Pourtant, ces deux êtres sont noyés de peurs, de doutes. Arriveront-ils à dépasser leurs angoisses ? Et, une fois face à face, se laisseront-ils guider par le chant de leurs cœurs ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Isabel Komorebi, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Deux âmes brisées, délaissées, oubliées. Deux coeurs battant à l'unisson d'un même rythme, d'un chant mélodieux et plein de vie. L'amour, seul, pour les réunir, les laisser s'aimer et oublier leurs souffrances passées... Dans un monde où tout va toujours trop vite, où le temps semble n'être qu'un jeu sans importance, les coeurs peuvent-ils encore se chercher, se trouver et ne faire qu'un dans le tumulte de l'existence ?

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  • L'on se rencontrera...

L'amour ne s'attend pas, l'amour ne se guette pas au coin de la rue, il se dissocie de notre âme pour se cacher, jouer avec les imprévus, le destin, sans jamais tricher pourtant. Il est farceur, mais pas cruel, et si quelquefois il nous fait souffrir, c'est le résultat seul de notre esprit tourmenté, hanté par les fantômes d'un passé que l'on préférerait oublier. Mais occulter ses blessures nous permet-il d'être heureux, de tirer un trait sur ces souffrances et de se laisser porter par la vie ? Là où le courant du hasard nous emmène, là où les flots parfois agités de notre coeur nous portent, peut-on rejeter l'idée même de connaître le bonheur sans se confronter à nos peurs profondes ? Comment peut-on espérer se libérer de ce poids auquel nous nous trouvons enchaîné sans avoir la force, le courage d'accepter ce qui fut pour créer ce qui sera ?

La petite voix qui chante au fond de votre coeur est un roman qui, sur fond romantique, tragique et merveilleux, pose des questions riches et intéressantes sur ce qui nous lie, en tant qu'êtres humains, aux valeurs spirituelles et émotionnelles qui, sans véritablement en comprendre les mécanismes, prennent forme dans notre inconscient. L'amour nous berce, il est léger, insouciant, passionné, dévorant, intense, jamais menteur, fourbe ou lâche. Il sait se montrer redoutable, inaccessible parfois, interdit même, mais ne connaît aucune frontière réelle. Si l'on détourne une phrase célèbre tirée d'un film tout aussi culte, et qui n'a pourtant aucun rapport avec la chronique du jour, je dirais que "l'amour ne peut être contenu, l'amour prend le large" (si vous avez reconnu Jurassic Park, bravo à vous !). L'amour n'est pas une chose, c'est un élément, un tout, l'amour est un univers à lui seul, un espace infini qui sommeille en chacun de nous, s'éveille et brille comme une étoile au firmament lorsque notre coeur bat d'un chant nouveau et plein de vie, tels les rayons du soleil baignant la Terre d'une chaude lumière. Le coeur est le moteur ronronnant de l'amour, il fait naître en nous des sentiments insoupçonnés, nous invite à écrire notre histoire, à tracer notre propre route pour, enfin, arriver au carrefour des choix décisifs, des colères sourdes pleines de rage, des chagrins dévastateurs, des incompréhensions teintées de larmes, des jours mornes qui, pareils à des graines balayées par le vent, se déposent ici et là dans notre existence et parsèment ce chemin de ronces noueuses aux épines acérées.

Ces bêtes noires rient de nous, de nos faiblesses, de ces plaies béantes qui, malgré le temps, restent ouvertes et déchirent un peu plus notre coeur déjà meurtri. Elles repassent, encore et encore, comme pour nous inviter à souffrir davantage, le film de nos déceptions, de nos désillusions passées, de nos joies manquées... Pourtant, caché derrière ces peurs innombrables, notre coeur vit, il se débat au milieu de ces angoisses tenaces et chante, chante, chante jusqu'à en perdre la voix ! Il enfle, se gonfle, éclate et clame au monde entier dans un battement que chacun peut entendre à sa manière son envie de vivre. Ainsi, Mary et Nolan, face à l'océan déchaîné qui semble fondre sur eux tel un raz-de-marée, restent soudés, unis dans un même effort, un seul et même désir, celui de se fondre l'un dans l'autre pour que leur amour inonde de sa lumière leur âme et qu'ensemble ils ne fassent plus qu'un.

Ici, il n'est pas question d'archétypes romantiques ou encore de stéréotypes malvenus. Isabel Komorebi n'imagine pas ses personnages, pas plus qu'elle ne les invente ou ne les crée. Mary et Nolan nous ressemblent, ils sont en chacun de nous, car nos coeurs renferment cette réalité à laquelle nous sommes totalement aveugles, cette envie que l'amour a de se frayer un chemin dans nos existences pour réunir deux âmes soeurs. L'auteure écrit la vie, l'amour vrai, sincère, l'amour qui ne connaît pas les impacts du temps, les frontières du monde, la différence... L'amour est universel, beau, chatoyant, à nous de l'accepter dans nos coeurs.

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  • ... et l'on s'aimera ♥

La petite voix qui chante au fond de votre coeur amène une philosophie de vie que je trouve peu commune dans la littérature, une pensée résiliente, observatrice, délicate, un message que j'ai pu lire dans les livres de Ninon Amey et que j'ai redécouvert avec plaisir dans ce roman d'Isabel Komorebi. La souffrance est dure, impitoyable, cassante, cruelle ; mais elle nous définit, elle fait de nous les hommes et les femmes que nous sommes, elle écrit notre histoire, raconte nos hauts et nos bas. De tout temps, la sagesse s'est demandée s'il était possible d'effacer la souffrance, de la faire disparaître à jamais... Lorsque le coeur nous dicte que les blessures ravivent la douleur, l'esprit nous raisonne et nous enseigne qu'une chose ne peut exister sans l'autre.

Yin et Yang ne forment qu'un, blanc et noir sont indissociables, Bien et Mal s'opposent depuis la nuit des temps, jour et nuit se relaient inlassablement dans le ciel sous les traits de la lune et du soleil... Mais là où notre réflexion nous dit de croire en un conflit perpétuel, immortel, des éléments, notre coeur, lui, sait que chacun est là pour compléter l'autre et créer l'harmonie, l'équilibre qui unit les hommes autant qu'il les divise. L'imperfection est en réalité parfaite, car elle seule peut amener Mary et Nolan à s'aimer pleinement, à faire naître la vie au milieu du chaos.

J'ai adoré cet aspect subtil mais terriblement émouvant de l'histoire, car l'auteure, grâce à sa plume mélodieuse, parvient à rendre ses personnages d'autant plus attachants qu'ils sont humains. Ce ne sont pas des héros à toute épreuve, des romantiques éperdus transis d'amour. Ils veulent s'aimer, s'apprivoiser, ils se cherchent et se comprennent, se parlent et se touchent, électrisant leurs corps d'une chaleur commune que le désir, autant que l'amour, consume de l'intérieur.

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En résumé, La petite voix qui chante au fond de votre coeur est un énorme coup de coeur ! J'ai tout aimé, je suis rentrée sans peine dans l'histoire, en suis ressortie avec un pincement au coeur une fois la dernière page tournée. Je me suis facilement identifiée aux protagonistes, je me suis attachée à eux, à leur rencontre, au destin qui les attend... Ce roman m'a transportée dans un ailleurs hors du temps, il m'a charmée et m'a permis d'écouter le chant de mon coeur qui bat au rythme de la vie, cette vie qui coule dans nos veines et irrigue les racines de notre Terre, berceau d'un amour sans limite.

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Détails sur ce livre :

La petite voix qui chante au fond de votre coeur, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Isabel Komorebi

Nombre de pages : 420 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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