mardi 21 septembre 2021

L'Assommoir

l-assommoir- Qu'est-ce qui nous fascine dans la vie "simple et tranquille" de Gervaise Macquart ? Pourquoi le destin de cette petite blanchisseuse montée de Provence à Paris nous touche-t-il tant aujourd'hui encore? Que nous disent les exclus du quartier de la Goutte-d'Or version Second Empire? L'existence douloureuse de Gervaise est avant tout une passion où s'expriment une intense volonté de vivre, une générosité sans faille, un sens aigu de l'intimité comme de la fête. Et tant pis si, la fatalité aidant, divers "assommoirs" - un accident de travail, l'alcool, les "autres", la faim - ont finalement raison d'elle et des siens. Gervaise aura parcouru une glorieuse trajectoire dans sa déchéance même. Relisons L'Assommoir, cette "passion de Gervaise", cet étonnant chef-d'oeuvre, avec des yeux neufs. -

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Mon avis :

Après un long moment d'absence, me voilà de retour par ici pour vous parler de L'Assommoir, un des romans-clé de la série des Rougon-Macquart, fresque familiale historique et, par bien des aspects, épique, comme seul Émile Zola sait produire de tels chefs d'oeuvre. Mon amour pour cette saga ne vous est pas inconnu et je ne saurais dire combien j'ai apprécié la lecture de cet épisode ô combien puissant de réalisme et fort d'un défaitisme aussi notoire, évident, que barbare.

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  • Le roman du Paris populaire

Tour à tour plaidoyer puis blâme, L'Assommoir se veut le porte-parole d'une décadence populaire globale, reflet indirect de la politique de l'époque et miroir sans précédent des illusions perdues, des ambitions arrachées, volées, noyées sous la misère et les envies dévorantes, qui rongent les coeurs et plient les âmes les plus malléables à leur volonté morbide. Gervaise Macquart représente cette déchéance lente et douloureuse, où l'inaccessibilité du bonheur pousse les esprits combattifs à se complaire dans leurs petits excès de folie qui, pourtant, retombent bien vite et se montrent sous un jour nouveau, plus sombre et cruel. Émile Zola décrit dans ce roman le système financier et politique qui utilise à son avantage la population pour mieux s'enrichir et conduire un peu plus chaque jour hommes et femmes à s'abrutir dans leur travail, à se perdre dans leurs rêves, à emprunter la voie que le gouvernement a choisie pour eux.

Le destin de ces pauvres gens est donc tout tracé. Profitant de la naïveté et des songes grandioses des petits provinciaux, Paris avale et anéantit tous les espoirs. Gervaise, par sa simplicité, ne voit pas le mal ; elle s'abandonne aux délices, aux opportunités mensongères que sème la vie sur sa route. Aveuglée par sa montée en société, passant de modeste lingère à patronne émérite, elle ne se doute pas un seul instant de la chute inévitable qui l'attend. Sa descente aux enfers, bien que triste, retrace le quotidien par trop réel des campagnards venus à la capitale avec le fol espoir de se sortir de leur misère, de leur chagrin. Paris les accueille alors avec la promesse de meilleurs lendemains, d'une vie plus accomodante, d'une réussite qui les rendra heureux. Mais l'argent, la boisson, la perversité et les travers humains en tout genre ont tôt fait de réduire à néant ces douces envies. La sueur, le sang, les larmes... Rien de tout cela ne suffit à calmer l'appétit vorace du plus haut lieu de France. Le manque d'éducation et la pauvreté accentuent sans tarder la chute de tout un chacun, laissant aux bourgeois et aux aristocrates une toute-puissance indubitable, tandis que le petit peuple se retrouve à la merci de la corruption, de l'injustice, jusqu'à les conduire aux portes de la folie.

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  • Gervaise ou la fatalité écrasante

Métaphore humaine d'une société pourrie de l'intérieur, Gervaise, sous la plume de Zola, arbore les traits d'une femme modeste, influençable, sensible et donc manipulable à bien des égards. Elle est le portrait typique de la population de l'époque, sans le sou et ignorante, fébrile d'une vie nouvelle, pleine d'attentes. C'est sa simplicité qui la rend tout aussi attachante que détestable, car son personnage subit sans réagir, se fait spectateur conscient et volontaire de sa propre chute. Ses rêves commerçants lui montent à la tête, la détournent de la réalité. La pauvreté, la crasse et la cruauté se font ses voisines quotidiennes sans que, pourtant, Gervaise n'y accorde une importance particulière. Comme si, au fond d'elle, elle se savait condamnée à un avenir des plus incertains et qu'elle avait décidé de ne rien tenter pour, peut-être, l'éviter. Son statut de dirigeante d'entreprise en impose quelque peu, mais sera-t-il pérenne ? La situation d'ouvrier de son mari est-elle vouée elle aussi à perdurer dans la bonhommie, la sincérité et le don de soi ? Rien de moins que ces questions, et bien d'autres, que l'auteur amène d'un ton qui se veut tout aussi tranchant et impartial, que compréhensif et humain. Tout autant qu'il semble accabler Gervaise de par son passé, sa famille, sa personne, il la défend et l'honore d'un autre côté.

Gervaise est une femme parmi tant d'autres, noyée dans la masse mais qui se démarque pourtant. Le destin pèse de tout son poids et, menaçant, s'amoncelle tels d'imposants nuages au-dessus de sa tête et de celle de ses proches. Aussi bien actrice que spectatrice, elle observe et n'agit pas. Est-ce par manque de discernement ? Ou bien la fatalité a-t-elle raison de sa volonté dès le début ? L'on pourrait alors comparer cela à un serpent dont la tête, superbement ignorée, n'a pas été coupée au bon moment. Ainsi, mordue au plus profond de son coeur, Gervaise ne s'aperçoit même pas que le venin se distille lentement, progressivement, dans ses veines amoindries, comme exsangues de tout désir de vivre. Émile Zola pose alors cette question qui, en quelque sorte, est le fil rouge conducteur des Rougon-Macquart : peut-on échapper à notre hérédité, à ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Victime de la société, Gervaise se laisse également aller sans l'ombre d'un doute aux plus vils traits de caractère de sa famille. Sa généalogie la rattrape, la malmène, la pourchasse silencieusement et étouffe pleinement celle qu'elle est.

Avec cette interrogation en tête, la lecture de L'Assommoir demeure comme une réelle étape, un passage nécessaire bien que sombre. Il est un pilier dans l'accomplissement de l'oeuvre de Zola, car il restranscrit avec justesse la pensée naturaliste, il invite l'homme, l'être humain, à se positionner au plus près de lui-même pour tenter de se comprendre, de se cerner dans sa complexe globalité. Zola développe avec finesse et mordant ce qu'il avait déjà initié précédemment, continuant sur sa lancée sociale, à mi-chemin entre un optimisme authentique, presque légitime, comme s'il voulait encore croire en l'humanité, et un pessimisme des plus affolants, criant de vérité, sur les moeurs de son temps, les pratiques politiques et sociétales mises en place par un gouvernement nécrosé, détruit en son sein. Des usages qui, malheureusement, résonnent encore de nos jours et produisent un écho troublant en nous.

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En résumé, L'Assommoir n'est rien de moins qu'un coup de coeur ! Tout comme les précédents volumes, il décrit à sa manière un point vital, névralgique, central, des existences passées et des systèmes révolus. Émile Zola m'impressionne et me fascine toujours autant, de par sa dextérité, sa franchise, ses analyses pertinentes. Quitte à me répéter, autant le faire pour conclure cette chronique et vous dire à quel point Les Rougon-Macquart est une série littéraire, un classique qui mérite d'être lu, relu et transmis dans son entièreté.

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Détails sur ce livre :

L'Assommoir, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Émile Zola

Nombre de pages : 576 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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lundi 26 avril 2021

Plus jamais seuls

plus-jamais-seuls- Au lycée, Marc est harcelé depuis deux ans. Soit ses pairs l’ignorent, soit ils l’humilient. Si le jeune homme réussit à tenir le coup face aux moqueries incessantes, c’est uniquement parce qu’en dehors des cours, il s’investit dans un nouveau projet qui lui tient à cœur et dans lequel il s’épanouit.

Lorsqu’une nouvelle élève, Serena, débarque dans sa classe, elle intègre aussitôt le groupe des filles les plus populaires de l’établissement, également les plus cruelles.

Mais à mesure que les jours passent, Marc remarque que la jeune fille est différente… Non seulement elle ne l’insulte pas, mais en plus, elle daigne lui parler.

Il ne sait pas encore qu’elle est aussi abîmée que lui…

L’amour sera-t-il capable de guérir ces deux cœurs, si jeunes et déjà blessés par la vie ? -

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- Alerte SPOILER ! Ce roman est un double spin-off. Si vous n'avez pas lu Dis-moi pourquoi et la duologie Nos amours impossibles, jetez-vous dessus sans tarder avant de découvrir les aventures de Marc et Serena. -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Je m'en viens aujourd'hui vous parler de Plus jamais seuls, le petit dernier de Ninon Amey, une auteure que vous connaissez bien sur le blog, puisque j'ai lu et chroniqué tous ses ouvrages (n'hésitez pas à consulter l'Index auteur juste ICI). Romancière autoéditée talentueuse, travailleuse et passionnée, elle publie au mois de mars une nouvelle histoire qui nous emmène cette fois-ci aux côtés de deux personnages entraperçus dans trois de ses précédents romans...

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  • À la croisées des chemins...

Un double spin-off ? Pari fou, me direz-vous ! Et vous aurez certainement raison. Mais pour commencer, qu'est-ce qu'un spin-off ? Il s'agit tout simplement d'une histoire contée dans un univers préexistant et mettant en scène un ou plusieurs personnages secondaires de cet univers, mais qui deviennent cette fois-ci les héros de l'intrigue imaginée par son créateur. Grâce à cela, Ninon Amey a donc pu prolonger Dis-moi pourquoi, un one-shot (roman en un seul volume), et son dyptique Nos amours impossibles, permettant ainsi à ses lecteurs de retrouver les différents protagonistes suivis tout au long de ces deux histoires, mais, surtout, de mettre l'accent sur le destin insoupçonné de Marc et Serena, imaginant par-là même une suite unique et logique à ses deux romans. Tour de force incroyable s'il en est, Plus jamais seuls est la parfaite continuité des bases édifiées par l'auteure. Les fils se croisent, se tissent, se tressent et finissent par ne former plus qu'un... Le rendu final est impeccable, lisse, uniforme, technique et encadré, les évènements vont et viennent, les personnages se frôlent, s'évitent, se rapprochent pour mieux s'éloigner, le tout dans un contexte à la fois réaliste, moderne, romantique et dramatique.

Ninon Amey s'implique dans son récit mais invite tout un chacun à plonger littéralement dans son histoire, à se glisser dans la peau de Serena, de Marc, à vivre leur quotidien, leurs angoisses, leurs doutes, leurs peines, leurs questionnements... Plus jamais seuls est un véritable panel d'émotions ! Il n'est pas seulement question de suivre la rencontre de deux adolescents, leur approche nouvelle et fraîche, belle, naïve et attendrissante des premiers émois amoureux. Non, il s'agit là de bien plus, car la romancière s'applique à traiter du harcèlement scolaire, qu'il soit sous sa forme classique, physique et morale, ou sous sa forme virtuelle du cyber-harcèlement, mais également des traces psychologiques, lourdes et difficiles à effacer, laissées par les violences familiales, l'influence parfois néfaste de nos proches, sans oublier le mariage forcé, thématique prédominante dans Nos amours impossibles. On retrouve donc l'approfondissement et la complémentarité des sujets abordés par l'auteure, le tout porté par une plume qui se veut toujours aussi chantante et porteuse d'émotions, tant dans le côté doux, rêveur, insouciant et romantique de l'histoire, que dans son côté plus sombre et concret.

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  • La voie de la résilience

La notion de pardon et de cheminement personnel n'a jamais été aussi bien évoquée que dans les romans de Ninon Amey. En effet, celle-ci s'attache à parler des souffrances aussi bien matérielles que spirituelles qui peuvent survenir au cours d'une vie, délivrant dans le déroulement continu de ses histoires les clés d'un apaisement moral, d'une sérénité retrouvée, d'une paix intérieure longtemps recherchée, maintes fois espérée, et dénichée au cours de la quête de soi, dans les interminables méandres de notre moi profond, au coeur même de notre être. C'est en quelque sorte un parcours initiatique, un voyage vers une destination inconnue, le bonheur terrestre tant convoité, idéalisé, pourtant si simple, si pur, mais si ardu à faire naître. Ninon Amey pose ainsi une question que je qualifierais d'essentielle : le bonheur peut-il jaillir des cendres du passé, des douleurs d'antan ? Peut-on le faire vivre grâce à nos rêves ? Peut-on le modeler, le façonner avec nos objectifs, notre détermination ? Une multitude d'interrogations, auxquelles Plus jamais seuls, comme le reste de l'oeuvre de l'auteure, répond par l'évidence : le bonheur est enfoui en chacun de nous, il suffit de le laisser se tailler une place dans notre coeur, aussi dures soient les épreuves de la vie.

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Source : Instagram

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En résumé, Plus jamais seuls est une lecture coup de ♥ ! Je ne saurais trop vous recommander de le lire pour (re)découvrir Ninon Amey, son oeuvre, les personnages qui émaillent son esprit créatif et débordant d'imagination, son écriture douce, chaleureuse et bienveillante, ses mots forts, poignants, ses sujets douloureux mais vivants, son romantisme, sa passion, sa sensibilité... Ce spin-off, à l'image de ses précédents ouvrages, offre un moment de détente, mais aussi, et surtout, un voyage littéraire inoubliable.

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Détails sur ce livre :

Plus jamais seuls, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 410 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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samedi 20 mars 2021

Les Yeux du Dragon

les-yeux-du-dragon- L'ombre de Flagg plane depuis quatre siècles sur le royaume de Delain... Le jour où la silhouette du sinistre magicien se glisse derrière le trône du roi Roland, c'est en vue d'accomplir son noir dessein : assurer le triomphe du mal. La machination se met en marche, vénéneuse comme le poison. Mais c'est compter sans une antique maison de poupées, quelques milliers de serviettes de table, les yeux d'un vieux dragon empaillé et, bien sûr, le courage de ceux qui refusent la tyrannie...

On sait que les contes de fées sont les premiers récits de terreur. En écrire un à l'intention de sa fille Naomi était donc pour Stephen King une sorte de retour aux sources. -

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Mon avis :

Voilà un moment maintenant que j'entends parler de ce roman ! Stephen King, le maître de l'horreur en personne, propose ici à son lectorat un ouvrage quelque peu inédit, s'attaquant à un genre littéraire auquel on ne s'attend pas forcément de la part de l'auteur : la fantasy. Si le romancier est principalement connu pour ses intrigues fantastiques, étranges, terrifiantes et angoissantes, il est en revanche un peu plus discret quant à la publication d'histoires épiques, légendaires, héroïques et magiques (n'oublions pas malgré tout La Tour Sombre, son oeuvre majeure dans le genre) ! Les Yeux du Dragon est donc le premier roman fantasy de Stephen King que je lis, et je dois dire que découvrir l'écrivain sur un autre terrain que celui qui a fait sa renommée était tout à la fois plaisant, enrichissant et original. Un petit tour dans l'Imaginaire, ça vous dit ?

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  • Les contes de fées : histoires pour enfants ou adultes ?

Quelles sont nos attentes face à l'idée que l'on se fait d'un monde imaginaire ? Typiquement, la magie y est présente, les créatures enchanteresses et diaboliques y abondent, les territoires et régions y sont nombreux, vastes, étendus et offrent, tant aux voyageurs venus de contrées lointaines, qu'aux insatiables papivores que nous sommes, une diversité de paysages, de climats, de faune et de flore riche et colorée, presque palpable. L'on y trouve également des hommes au coeur pur, et d'autres, rongés par la cupidité, l'avidité et la soif de pouvoir, de destruction... Schéma classique, me direz-vous. Mais après tout, qu'importe ! Les codes de la fantasy, s'ils sont ici assez revus, sont cependant exploités à bon escient par Stephen King. Certes, la menace de l'Ombre pèse sur le royaume imaginé par l'auteur et nous renvoie à l'idée du combat millénaire entre le Bien et le Mal. Pour autant, devons-nous détester cette approche, devons-nous forcément anticiper le déroulement de l'intrigue et ne pas tout simplement apprécier ce qu'elle a à nous offrir ? Tel un conte de fées, Les Yeux du Dragon développe le concept d'une épopée fantastique accessible à tous, mais une épopée qui se veut également plus complexe en deuxième lecture, plus complète et plus mécanique dans sa réflexion. Stephen King ne se contente pas en effet d'énumérer les évènements, de détailler les tragédies et d'affirmer la psychologie de ses personnages. Avec cette histoire, il cisèle et affine au contraire chaque partie de l'intrigue, aussi infime soit-elle, de manière à ce que chacune de ces parcelles, mises bout à bout, émaillées de l'indéniable sens de l'observation du romancier, s'imbriquent parfaitement les unes dans les autres et forment un tout finalement assez inattendu dans la construction et la forme que choisit de lui donner le maître de l'horreur.

Composé d'un peu plus d'une centaine de chapitres, Les Yeux du Dragon interagit vraiment avec son lecteur, car il ne se contente pas de présenter les faits et de les disséminer aux quatre vents des pages tournées et des mots qui s'enchaînent. Une véritable logique se met en place et fait se recouper chaque détail, même le plus insignifiant, créant une suite, une cascade de drames, un flot de péripéties, une foule de retournements de situation... Le tout écrit avec une précision chirurgicale, une méticulosité analytique qui contraste merveilleusement avec le style enfantin, la plume libérée et insouciante dont l'auteur use pour créer un paradoxe littéraire savoureux ! L'on se retrouve ainsi à naviguer dans la plaisante incertitude d'un récit aux accents passionnants, tragiques, épiques, effrayants parfois, tantôt purs, tantôt sournois, alternant entre différents points de vue, toujours externes certes, mais permettant à chacun(e) de s'immerger pleinement dans les destins croisés de tous les protagonistes. La rapidité des chapitres permet d'ailleurs au rythme de garder sa dynamique, sans quoi je pense le côté très réflexionnel de l'histoire ferait perdre de son intensité au bon déroulement de l'intrigue. Stephen King reste donc malgré tout pleinement maître de son roman, tout en restant fidèle à son charme premier en tant qu'écrivain du genre horrifique : embrumer l'esprit de son lectorat, le faire douter, le perdre pour mieux le retrouver et le surprendre par l'ingéniosité de ses va-et-vient, par la finesse des recoupements qu'il impose dans la contextualisation de son récit et, surtout, par la tranchante impartialité qui se détache de cet ensemble, qui ne s'encombre pas de fioritures dans la forme, mais s'enrichit de moults indices sur le fond et crée ainsi la patte coupante, directe et reconnaissable entre toutes de Stephen King.

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  • Entre fiction et réalité, il n'y a qu'un pas...

Et si notre monde n'était qu'une vaste étendue imaginaire ? Une vie inconnue, qui nous dépasse, nous prend de court et nous emporte dans le tourbillon tumultueux de son incessant cycle... J'en viens à me poser cette question après voir lu Les Yeux du Dragon. Peut-on vraiment se perdre, se confondre dans la véracité de notre réalité qui n'est peut-être pas celle que l'on croit ? Qu'est-ce qui nous pousse à avancer chaque jour et à croire que tout ce qui nous entoure est cette perméable réalité à laquelle nous nous raccrochons ? Ainsi, l'univers imaginé et mis en place dans Les Yeux du Dragon revêt les caractéristiques principales que l'on attend d'un monde fantaisiste, comme je l'évoquais plus haut. Pourtant, ce monde n'appartient à aucune ère précise, il ne se définit pas vraiment sur une échelle temporelle qui lui serait propre et qui étayerait plus encore l'arbre de vie du royaume de Delain. Si l'imagination de Stephen King lui confère malgré tout un passé, une histoire de plus de quatre cents ans, la couverture spatio-temporelle reste vague, floue, et nous donne l'idée d'un monde immatériel qui ne se situerait ni dans le fictionnel classique, ni dans la réalité palpable.

À la lecture de ce roman, j'ai été amenée à m'interroger, à remettre en question ma vision globale de tout ce qui m'entoure, la perception que j'en ai et les déductions que je peux faire. J'en suis arrivée à la conclusion qu'il n'y a pas qu'une réalité, comme il n'y a pas qu'un seul être humain sur Terre. Ma réalité ne sera pas celle de quelqu'un d'autre, elle reflète qui je suis, ce que je suis, les valeurs que je porte en moi, les doutes qui m'habitent, les joies qui me traversent, les peines qui m'affligent... Ma réalité me définit, et nous avons toutes et tous une réalité en chacun de nous, une réalité qui nous aide à avancer, nous motive et nous forge. Métaphoriquement, et pour en revenir au roman de Stephen King, l'auteur façonne sa propre réalité, il ne se calque pas fondamentalement sur les choix existentiels des autres, mais dessine les contours de ce qui l'anime et (ré)interprète à sa manière les codes de la réalité humaine, celle qui nous rapproche autant qu'elle nous éloigne, mais, plus que tout, celle qui nous définit et nous rend uniques.

"Nous sommes ce que nous pensons. Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées. Avec nos pensées, nous bâtissons notre monde."

Bouddha

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En résumé, Les Yeux du Dragon est une très bonne lecture ! Aussi divertissant qu'instructif, il ravira petits et grands lecteurs, amateurs de frissons, de sensations fortes, d'émotions, de réflexion, ou au contraire gros consommateurs de SFFF, chacun(e) y trouvera son compte... Sautez le pas de l'imaginaire, franchissez la frontière du réel et plongez au coeur d'une histoire à la trame passionnante, piquante, intelligente et menée de bout en bout avec une dextérité assassine !

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Détails sur ce livre :

Les Yeux du Dragon, publié aux éditions J'ai Lu

Auteur : Stephen King

Nombre de pages : 472 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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vendredi 8 janvier 2021

Dracula

dracula- Répondant à l'invitation du comte Dracula qui prépare son prochain voyage en Angleterre, Jonathan Harker découvre à son arrivée dans les Carpates un pays mystérieux. Un pays aux forêts ténébreuses et aux montagnes menaçantes. Un pays peuplé de loups dont les habitants se signent au nom de Dracula. Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu'éprouver une angoisse grandissante. Ce comte, qui contrôle son courrier et verrouille les portes de son château, ne se reflète pas dans les miroirs et se déplace sur les murs en défiant les lois de l'apesanteur... Jonathan Harker doit se rendre à la terrifiante évidence : il est prisonnier d'un homme qui n'est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres... -

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Mon avis :

Que ne saurait-on parler de vampires, de créatures de la nuit, sans évoquer l'oeuvre à l'origine de toute chose ? Tout mythe prend racine dans les tréfonds de l'imagination humaine, débordante, sans limite, libre de toute frontière entre le réel et l'absurde... C'est ainsi qu'en 1897, pour la première fois, paraît un livre étrange, sombre, à la résonance mystique, aux notes doucereuses, un roman écrit par Bram Stoker et empreint de cette sensuelle bestialité qui caractérise si bien le vampire originel Dracula, un ouvrage aussi grandiose que dantesque !

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  • Un voyage vers les ténèbres

Embarquons sans tarder pour les Carpates, cette région montagneuse et solitaire perdue au coeur de la Roumanie. Les forêts y sont denses, inquiétantes, silencieuses, les villages épars, la faune sauvage palpitante de vie... Imaginez, représentez-vous ce cadre hors du temps, ce lieu qui, bien que semblant paisible au premier abord, renferme les plus terribles secrets. Bram Stoker plante ainsi le décor gothique de son roman, laissant le lecteur curieux se plonger dans les notes du journal de Jonathan Harker, un jeune clerc naïf, innocent, pur, ignorant tout des affres de la vie, de la perversion humaine, de la corruption des coeurs et des âmes... Sa détermination n'a d'égal que son zèle, l'aveuglant parfois au point de le pousser dans des extrêmes de crédulité assez troublants ! Bien que téméraire, Jonathan se révèle être, comme quelques autres héros de ce roman, un personnage ambigu que l'on aimerait pouvoir apprécier, mais que l'on ne peut s'empêcher de détester inévitablement. Pourtant, il est cette métaphore, cette allégorie vivante de la jeunesse de ce monde lâchée en pleine nature, dans la fourmilière géante de la civilisation, sans autre solution que celle de zigzaguer entre les méandres de l'existence, au milieu du flot ininterrompu d'âmes qui s'élèvent là où d'autres s'abaissent...

On retrouve dans Dracula toute la psychologie humaine détaillée, approfondie, les vices cachés au plus profond de notre être, les démons qui sommeillent en nous et ne demandent qu'à se réveiller pour laisser paraître au grand jour les tourments qui nous rongent, la haine qui nous assaille, la peur qui obscurcit nos pensées et nous déraisonne. Dracula est l'entité qui personnifie et magnifie dans ce qu'elle a de décadent la moralité humaine, les bassesses et les fragilités qui nous détruisent lentement. Pourtant, là où le Comte Dracula mystifie ces traits de caractère, laissant ainsi transparaître de manière infime son côté antihéroïque, Jonathan Harker, sa femme Mina et tous leurs amis apparaissent comme des êtres poussés par la vengeance, la rancoeur, le désarroi, l'incompréhension totale et par un grand sentiment d'injustice à commettre des actes de mort, plus terribles encore peut-être que ceux infligés par le vampire. Car si celui-ci s'abreuve d'innombrables vies, ces existences serpentent entre le monde des vivants et celui des morts : ne pouvant espérer accéder au repos éternel, elles se voient condamnées à errer dans les limbes d'une mort sublime et bestiale. Or, les différents protagonistes eux, ôtent définitivement ces vies, coupant ainsi le cordon qui maintenait ces âmes entre les deux mondes. L'acte des hommes ne serait-il donc pas plus cruel et abject, d'une certaine manière, que celui du non-mort ? La question se pose et m'apporte une réelle réflexion. En effet, peut-on accorder davantage foi aux agissements qui se veulent nobles du docteur Van Helsing et de ses amis, qu'aux desseins immémoriels et sanglants de Dracula ?

Bien que fantastique, ce roman m'a donc permis de découvrir une facette sociale et sociétale non négligeable à l'époque de Bram Stoker. Nos choix de vie font-ils de nous des parias, des créatures infernales vouées à la déchéance ? Nos différences doivent-elles être le reflet d'une hostilité commune et irrémédiable ? Ainsi, le romantisme naturel de cette oeuvre, au lieu de trancher avec le gothique fondamental de l'intrigue, s'associe avec le lyrisme ensorcelant de ses lignes fantomatiques et angoissantes !

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  • Mythe ou réalité ?

Depuis la parution de Dracula en 1897, le vampire n'a cessé de fasciner son public, de l'hypnotiser littéralement. La culture populaire s'est emparé du mythe, l'a façonné et remodelé, mais toujours les origines demeurent ! Je trouvais donc intéressant de plonger au coeur des racines de la légende vampirique et de s'attarder quelques instants sur la véritable histoire derrière le roman culte, grâce à une chronique radio complète diffusée sur Europe 1 l'année dernière et soigneusement travaillée par Franck Ferrand, présentateur de l'émission historique L'ombre d'un doute sur France 3.

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En résumé, Dracula fut une excellente lecture pour moi ! Entre ombre et lumière, mystère et mysticisme, foi catholique profonde et paganisme outrageux, le roman de Bram Stoker est une oeuvre à la fois romantique et gothique, charmante et effrayante, curieuse et fascinante... Laissez-vous happer, transporter aux confins d'un monde de ténèbres ! Partez pour les inquiétantes montagnes de Transylvanie, voyagez au gré des vents, par-delà les mers, et embarquez pour un Londres victorien sanglant et obscur aux côtés du vampire éternel.

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Détails sur ce livre :

Dracula, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Bram Stoker

Nombre de pages : 595 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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jeudi 5 novembre 2020

Nos amours impossibles - Tome 2

nai-2- Deux ans et demi se sont écoulés depuis que Stanislas est rentré à Paris. Accaparé par ses études et étroitement surveillé par son père, il essaie tant bien que mal d’occulter le passé et les sentiments qu’il éprouvait pour Sofia. Mais le jour où il apprend que la maison secondaire va être vendue et que Mama prend sa retraite, c’est un électrochoc. Stanislas n’a désormais plus qu’une idée en tête : réparer ses erreurs et obtenir le pardon des deux femmes les plus importantes de sa vie. Seulement voilà, les choses ne sont plus telles qu’il les a laissées. Sofia a déménagé et Mama refuse de lui transmettre sa nouvelle adresse.

Stanislas parviendra-t-il à retrouver celle qui n’a jamais quitté ses pensées ? Le cas échéant, la jeune femme lui pardonnera-t-elle de n’avoir jamais tenu sa promesse ?

La vie offre parfois une seconde chance. Stan et Sofia sauront-ils la saisir ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Alors que le premier tome de cette duologie signait l'entrée de l'auteure sur la scène young adult, ce second volume poursuit avec brio les aventures à la fois dramatiques et romantiques du duo formé par Sofia et Stanislas. Tandis qu'à la tourmente de leurs coeurs s'ajoute l'éloignement de leurs âmes, les deux jeunes gens réussiront-ils à faire face aux épreuves de la vie ? Le destin saura-t-il les réunir à nouveau, ou bien brisera-t-il à tout jamais le lien qui les unit ?

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  • Une promesse d'amour

Divisée en deux tomes, la série Nos amours impossibles permet à Ninon Amey d'offrir à ses lecteurs une histoire des plus complètes, où les personnages prennent une profondeur nouvelle, car leur psychologie, leur évolution émotionnelle, leurs parcours personnels offrent, tant à l'auteure qu'à son public, une facette inédite et riche que le travail d'écriture réussit à affiner, à étoffer au fil du temps. Les romans de Ninon Amey ont toujours été de gros coups de coeur pour moi, mais ce dyptique enrichit sa bibliographie d'un aspect rédactionnel nouveau, une progression, une étape supplémentaire franchie dans sa vie de romancière. Nos amours impossibles signe ainsi non pas le paroxysme de son oeuvre, mais l'aboutissement logique et à la saveur incomparable de ses nombreuses et merveilleuses années d'investissement dans le monde de la romance contemporaine ! Au cours de ce tome 2, nous nous retrouvons donc confrontés au deuil du coeur de nos deux personnages, à leurs existences séparées mais néanmoins toujours liées, et le chapitrage alterné de leurs points de vue donne un sentiment de liberté confinée, prisonnière de leurs sentiments toujours vivants mais vivotants. Comment Stanislas et Sofia en sont-ils arrivés là ? Mystère ! Du moins, pour celles et ceux d'entre vous qui n'auraient pas lu le premier volume (je vous renvoie à la chronique qui lui est dédiée juste ICI). S'accrocher à ses rêves, espérer follement, attendre... Nos deux héros se perdent, se confondent, s'apprivoisent, se mélangent et tentent, dans la vie qu'ils se construisent chacun de leur côté, de se retrouver vraiment.

Au détour d'amitiés inattendues, de rencontres inespérées et de chemins croisés, Sofia et Stanislas découvriront qui ils sont véritablement. Ils apprendront autant d'eux-mêmes que des autres, chacun à sa manière, et ressortiront plus forts, plus aguerris, plus épanouis de leur histoire. Car même si leurs routes se séparent, elles reviennent inévitablement l'une vers l'autre et conduisent le destin à les réunir malgré eux. Cette promesse d'amour, ce lien fraternel indéfectible qui les rapproche autant qu'il les éloigne, amène, grâce à quelques quiproquos savamment dosés, les deux protagonistes à se remettre en question par rapport à tout ce qu'ils ont vécu, ensemble ou séparément. Ninon Amey propose ainsi au lecteur de revenir sur les points forts du premier tome : le deuil, les traditions familiales oppressantes, les violences faites aux femmes, le harcèlement moral, physique même, le choc des cultures... Ce nouvel opus est en quelque sorte un hommage, une célébration littéraire à tous ces thèmes sociaux et sociétaux assez peu exploités. Je trouve que mettre en avant ces sujets dans une histoire aussi belle que bien écrite permet à tout un chacun d'apprécier dans ce qu'elle a de simple et de tolérant l'intrigue imaginée par l'auteure. À travers ce roman, Ninon Amey met sa plume au service de l'ouverture d'esprit et du respect mutuel : regarder son passé sans le craindre, vivre son présent pleinement à chaque instant et imaginer son avenir sereinement. Être en paix avec soi-même, c'est être en paix avec les autres, c'est les comprendre et les accepter tels qu'ils sont sans forcément pouvoir changer leur façon d'être. Sofia comme Stanislas vivent aux dépens de leurs propres peurs, des craintes sourdes et invisibles qui les habitent, de cette conscience qui, quelque part, leur pèse et les mine au plus profond de leurs coeurs. Pourtant, malgré les difficultés, malgré la rancoeur, malgré les larmes, l'amour est, d'une certaine manière, plus fort que tout le reste, inondant les âmes noyées de chagrin d'une lumière bienveillante et réconfortante...

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  • La fin d'un commencement

Te retrouver conclut à merveille le cycle formé par les deux volumes de Nos amours impossibles. Ninon Amey signe une fois encore un roman riche en émotions et élargit ses horizons littéraires grâce au genre, assez nouveau pour elle, de la romance young adult. Ayant laissé mes yeux vagabonder sur ses réseaux sociaux, je me suis même laissé dire qu'un spin-off intégré à l'univers de sa duologie verrait bientôt le jour... Affaire à suivre ! Quoi qu'il en soit, à travers chacune des histoires qu'elle écrit, Ninon Amey se réinvente, travaille son style, affine son approche, parfait les thématiques qui lui tiennent à coeur et nous bouleversent toujours avec ses personnages attachants, réalistes, humains et auxquels l'on peut facilement s'identifier. Stanislas et Sofia ne font pas exception à cette règle, le drame de leur histoire ébranle autant qu'il attendrit, il redéfinit les codes de la romance et propose d'y inclure des éléments tangibles, perturbateurs, susceptibles de renverser la situation, de chambouler l'esprit attentif du lecteur, de l'impliquer pleinement comme s'il était lui-même un personnage à part entière de l'ouvrage... C'est là toute la force, toute la beauté, la magie et le naturel de l'oeuvre de Ninon Amey !

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En résumé, Nos amours impossibles est une excellente saga ! Deux tomes, deux coups de ♥. Laissez-vous tenter par l'histoire de Sofia et Stanislas, goûtez à leur bonheur, vivez leurs malheurs et laissez leur amour vous submerger... Une pépite à mettre entre toutes les mains, que vous soyez romantiques dans l'âme ou fleur bleue à vos heures perdues !

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Détails sur ce livre :

Nos amours impossibles - Tome 2, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 384 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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samedi 26 septembre 2020

Le fin sauveur du monde

le-fin-sauveur-du-monde- C'est lors d'un puissant tremblement de terre dans un pays émergent que Damyr voit le jour. Protégé au milieu des décombres par les dépouilles de ses parents morts sur le coup, le nouveau-né a miraculeusement survécu. Adopté par un couple d'Occidentaux, il grandit entre deux opposés : une mère astronaute idéaliste et un père fossoyeur désillusionné, l'optimisme et le désenchantement. Enfant précoce, Damyr a toujours soif d'apprendre et développe son sens critique. Ses dons phénoménaux et son désir de sauver la planète du péril climatique donnent foi en un avenir meilleur pour le monde. En sera-t-il le sauveur ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier les éditions Librinova, ainsi que Marco Bélanger, l'auteur, de m'avoir accordé leur confiance pour la lecture et la critique de ce livre.

Une lecture a-t-elle le pouvoir de réunir entre ses pages tout ce qui fait la beauté et la force du monde au coeur même des pires tourmentes ? Sommes-nous réellement en droit d'attendre que tout, autour de nous, se change, s'effondre et se détruise ? Rien, sinon une véritable prise de conscience collective mais aussi individuelle, ne saurait nous faire changer de trajectoire... Alors, que peut-on espérer d'un petit ouvrage comme Le fin sauveur du monde ? Au fil des mots, sa lecture atypique enchante autant qu'elle impacte et ne laisse personne dans l'ignorance des faits.

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  • L'amour pour épée, l'humour pour bouclier

C'est sur cette citation de Bernard Werber que j'introduis ce premier paragraphe, car il reflète à merveille la subtilité ironique, sarcastique, caustique même, que met en scène Marco Bélanger dans son roman. Comment aborder le sujet de la déchéance humaine, planétaire, sans brusquer le lecteur curieux ? Usons de l'humour, d'une désinvolture légère sans être trop complaisante avec elle-même, prenons la thématique à bras le corps et faisons des plus sombres prédictions d'avenir une leçon de vie. La Terre est déjà engagée sur le chemin du non-retour, sa fin, proche ou lointaine, semble inéluctable, et pourtant... L'auteur se propose d'imaginer Damyr, un garçon unique né lors d'un violent séisme dans un pays pauvre en proie à la famine, à la guerre, aux conflits intérieurs et extérieurs. De cette naissance inattendue, voire même miraculeuse, résulte une histoire aux fondements philosophiques, à la perspective initiatique particulière qui rend l'intrigue vraiment intéressante à suivre. Le fond renferme cette part d'incertitude teintée des questionnements sociaux, sociétaux, environnementaux et politiques émaillant la pensée de l'auteur. Non pas qu'il remette en doute les choix de l'humanité, son évolution, mais son cheminement spirituel et intellectuel, vécu à travers les yeux de Damyr, touche et interpelle, déstabilise et enseigne, apprend que la vie, dans sa nature sauvage, cruelle, impitoyable, passe par quatre étapes dans le renouveau de son écosystème : les prémices, le paroxysme, la déchéance finale et la naissance d'un monde nouveau.

L'Histoire nous a montré que rien n'est voué à durer, tout naît, vit et meurt, disparaît dans les méandres de l'infini, se perd dans le long fleuve sinueux du temps. Pourtant, si la fin est inévitable, son échéance ne saurait se rapprocher davantage si l'Homme comprend et apprend de ses erreurs passées et présentes. Il peut retarder ce délai, se recentrer sur lui-même, sur les véritables enjeux qui seuls doivent le préoccuper, être l'objet de son attention. L'équilibre et l'harmonie sont indispensables à la bonne marche d'un tout, que ce soit au sens large et commun, ou bien à plus petite échelle. Sous les traits de Damyr, Marco Bélanger incarne ainsi la neutralité bienveillante et tolérante, celle qui constate, entend, voit et sent, se donne les moyens d'agir à son niveau, mais aussi d'ôter les oeillères aveuglant le plus grand nombre. Il demeure malgré tout une distance, car l'auteur laisse le choix à son lectorat d'adhérer ou non à sa vision du monde, il ne souhaite pas créer un autre opposé, celui de s'obliger à accepter les choses : chacun est libre ou pas de mener son propre combat, à sa manière, sans que le jugement de qui que ce soit interfère dans son quotidien et détourne sa personnalité.

Au cours de ma lecture, j'ai pu me rendre compte que l'Homme n'aime pas être mis au pied du mur, se trouver devant un fait accompli, car il n'aime pas apprendre la vérité de manière frontale et objective, et la mésentente directe entre points de vue divergents l'amène à s'écarter de la discussion, à s'éloigner des doutes qui l'auraient progressivement étreint jusqu'à l'amener sur la voie d'une autre éducation. Le fin sauveur du monde m'a permis de voir que l'on est souvent impuissants face à une situation donnée, mais que nous avons malgré tout la capacité de changer le cours des choses, même de façon minime, dérisoire. Nos actions, bonnes ou mauvaises, sont donc pour nous la clé d'un futur que nous sommes seuls à pouvoir écrire, raturer et modifier : nous pouvons aimer ce monde sans le blesser, le défigurer, l'assécher, le briser, le tuer et l'éteindre telles les braises d'un foyer encore chaud.

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  • Une nouvelle Terre

La plume de l'auteur est piquante, dérangeante pour qui ne parvient pas à ressentir la saveur aigre-douce de son écriture ! Bien que court, ce roman se veut à la fois distrayant et constructif. Son contenu, loin d'être creux et dénué d'arguments, arbore un aspect quelque peu corrosif par moments, comme s'il osait braver certains interdits, s'affirmer et défier les lois de la bien-pensance. C'est un anti-conformisme littéraire original, innovant, dramatique et ingénieux, rêveur et solitaire, décadent et touchant... Car il suscite chez le lecteur une foule d'émotions qui, autant qu'elles le perturbent, lui donnent envie d'en savoir plus pour que son monde intérieur cohabite avec son univers extérieur. Marco Bélanger a créé Damyr comme étant un personnage à part entière, et sa différence pose également la question d'un retour aux valeurs morales qui définissent l'humanité. Rien n'est envisageable quand la discorde règne entre les peuples, quand le mépris rejoint l'indifférence et s'associe avec l'injustice... La force des liens et l'unicité de tous sauront rendre ses couleurs, sa beauté et sa magie d'antan à cette Terre que nous foulons chaque jour sans prendre le temps de la remercier.

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En résumé, Le fin sauveur du monde est une très bonne lecture ! Le parcours de Damyr enseigne autant qu'il ravit et inquiète, car ses actions, aussi imaginaires soient-elles, inculquent une façon peu commune d'être et d'appréhender le monde, de le voir dans ce qu'il a de simple et d'essentiel. L'auteur a su écrire avec toute la conviction d'un romancier passionné et investi, et avec toute la bienveillance et la générosité que renferme le coeur des hommes.

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Détails sur ce livre :

Le fin sauveur du monde, publié en ebook aux éditions Librinova (existe aussi au format papier)

Auteur : Marco Bélanger

Nombre de pages : 126 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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mardi 25 août 2020

L'écho des murmures

l-écho-des-murmures- Deux Royaumes opposés, deux destins contraires, une seule issue...

Emma le sait, rien ne s’oppose plus au Royaume de Lumière que le Royaume du Froid. Quand le premier évolue sous un soleil éclatant, le second se perd sous les neiges éternelles et les vents glacials. Alors que des accords ne cessent de rapprocher les deux partis, elle s’efforce de soutenir Arnald, son époux et roi du Royaume de Lumière, mais une menace gronde : des rebelles troublent la frontière et forcent bientôt les deux souverains à convenir d’une rencontre pour s’entendre sur une solution. Quand les deux Cours se retrouvent obligées de partager leur quotidien, les esprits s’échauffent et la tension augmente. Les Ducs s’opposent, les Dames de la Cour s’agacent et Emma prend sur elle de garantir la paix, mais elle porte en elle l’héritier royal et l’animosité lui pèse. Tandis que la menace se précise, l’opposition n’est bientôt plus une option...

Parviendront-ils à unir leurs forces malgré ce qui les sépare ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Liv Fox, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Après avoir lu avec régularité les courtes romances écrites par Liv Fox, me voici de nouveau plongée dans son univers de Fantasy médiévale créé de A à Z ! Avec ce premier roman, l'auteure ose et approfondit ce que ses premiers livres avaient introduit de manière douce, subtile et merveilleuse. Pourtant, bien que bercée par l'amour qui entoure chacun des personnages, flotte une ombre menaçante qui, comme vous pourrez le lire dans cette chronique, donne un nouveau souffle, une portée épique aux écrits de la jeune romancière...

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  • Retour aux sources

Ici comme ailleurs, Liv Fox fait montre d'un romantisme langoureux, dynamique, entreprenant et plein de vie. Un amour chatoyant, lumineux, sincère et véritable unit tous les protagonistes des deux royaumes voisins précédemment mis en lumières dans leurs récits respectifs (ils sont à découvrir juste , si vous ne les connaissez pas). Quel plaisir, d'ailleurs, de tous les retrouver dans cette nouvelle aventure qui, si je suis bien informée, se déclinera en trois tomes ! L'écho des murmures, premier volume de cette future trilogie, s'inscrit dans la suite logique des divers ouvrages constituant le vaste univers de Pour une Romance, créant ainsi une proximité affective entre l'auteure et le lecteur, rappelant à notre souvenir les histoires des différents couples qui peuplent l'imaginaire de la romancière. Ainsi, au fil des pages et au gré des mots, l'on se remémore avec une douce nostalgie la rencontre d'Emma et Arnald, celle d'Elana et James, de Mary et Willem, et de bien d'autres encore... Notre coeur est plus léger, plus vivant que jamais à la seule idée de les savoir heureux ensemble. Rien ne saurait effacer leurs sentiments réciproques, rien ne pourrait entraver la route de leur bonheur, rien ne saurait mettre à l'épreuve leur complicité mutuelle. Rien, sinon la menace silencieuse et dangereuse d'une rébellion inconnue à la frontière de terres peu accueillantes que seule l'union des deux royaumes ennemis pourrait peut-être endiguer. Discrètement, Liv Fox libère une magie narrative plus forte, plus évocatrice et romanesque ! Il se dégage de sa plume une férocité féminine, une détermination masculine, un besoin commun de sécurité et l'assurance de tous de sauver leur monde d'un péril plus grand. Chaque chapitre m'a permis de ressentir l'intensité, l'effroi, la panique parfois indescriptible qui hante les esprits des hommes et des femmes, et étreint sans relâche leurs coeurs meurtris, éprouvés, déstabilisés...

Qui d'autre, sinon leur créatrice, saurait mieux rendre compte des émotions qui habitent les nobles dames de la Cour ? Qui, encore, pourrait se permettre de décrire la rage virile qui anime leurs tendres époux ? Personne ne le peut, sauf l'auteure, amateure d'amours enflammées et de passions brûlantes une fois la nuit venue, à la lueur des chandelles d'une époque révolue et pourtant si mystérieuse... Comment ne pas percevoir le charme d'une telle ambiance et, en même temps, la détresse qui émane des différents personnages ? Comment ne pas s'émouvoir, ne pas se laisser pousser par la curiosité pour tenter de comprendre les machinations du destin ? Tantôt terriblement farceur, tantôt purement merveilleux, le hasard écrit l'histoire de deux royaumes que tout oppose et qui, cependant, s'unifient sous l'égide d'une entraide nécessaire et d'une paix durable. Malgré tout, se dessinent au loin les contours d'un futur sombre et inquiétant que ce premier tome, aidé d'une écriture habile et rêveuse, laisse à peine entrevoir, percevant à l'horizon de la suite prochaine les innombrables dangers de l'écho des murmures...

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  • Accueillir le renouveau

Fidèle à sa ligne directrice, Liv Fox guide son récit, en tisse la trame et lui donne une vigueur inédite. Au-delà de l'aspect primaire du roman, celui de la romance teintée d'une légère touche d'érotisme, l'on discerne les formes nettes d'un récit plus rocambolesque, plus vif, capable de capter pleinement l'attention du lecteur, de le sensibiliser, de l'accompagner dans cette démarche littéraire innovante pour mieux le toucher, l'attendrir, lui faire mal aussi, car l'auteure se fait plus audacieuse auprès de ses personnages, les submergeant de doutes, d'incertitudes, de complexes divers, de rancoeurs, de silences pesants, de tumulte infernal, de peurs incontrôlables... Elle leur donne ainsi une perméabilité, une souplesse psychologique que les histoires de Pour une Romance avaient introduites dans la tolérance, la patience et le respect de tous. Emma autant qu'Arela ou Evie, ou encore Arnald, Siegfried et Waylan sont mus par la seule volonté de leur coeur, celle de se battre. D'exister pour ne pas simplement vivre, de sentir l'air frais du matin pour ne pas seulement respirer, de crier son amour et son désir dans l'osmose parfaite des corps pour que subsiste toujours la flamme des sentiments éternels.

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En résumé, L'écho des murmures est une excellente lecture ! J'ai adoré ce moment hors du temps, cette coupure dans les instants du quotidien, cet entracte nécessaire, telle une bouffée d'oxygène. Autrement, si les récits de Pour une Romance vous sont inconnus, il n'est malgré tout pas impossible de se plonger dans ce roman, accessible et compréhensible de chacun(e). Et si vous étiez quelque peu hésitant(e)s, vous n'avez maintenant plus aucune raison de ne pas vous laisser tenter...

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Détails sur ce livre :

L'écho des murmures, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Liv Fox

Nombre de pages : 355 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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lundi 13 juillet 2020

Margot des pleines lunes

margot-des-pleines-lunes- Margot a dix-sept ans et des airs d’héroïne romantique. Elle rêve d’un destin d’artiste, loin du Coteau où elle mène une existence compliquée. Un secret la contraint en effet à la solitude, une différence que nul ne pourrait comprendre : les nuits de pleine lune, elle quitte son corps pour celui d’une biche blanche. Les chasseurs de la région sont en émoi et l’un d’eux se montre particulièrement insistant. Personne à qui se confier, pas même Renaud, son frère aîné et tant aimé ! D’ailleurs, que pourrait-il, lui qui est plongé dans les doutes existentiels depuis son retour au Coteau ? L’étau se resserre chaque jour un peu plus autour de Margot. Les ombres se multiplient dans son sillage. Et c’est l’histoire familiale entière qui se révèle à elle dans la tourmente de son présent… -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Bruant d'Almeval, l'auteur de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il y a bien longtemps que je ne m'étais pas tournée vers la littérature jeunesse ! Revenir aux sources s'avère parfois nécessaire, histoire de se déconnecter un peu des préoccupations actuelles, de la morosité ambiante, sans pour autant couper totalement le lien avec le carburant de l'esprit : les mots. Car les mots ont ce pouvoir, quel que soit le public auquel ils s'adressent et l'âge que peut avoir ce lectorat, ils ont cette force pour faire d'un moment calme, intime, partagé dans le secret des lignes entre l'auteur et son lecteur, une histoire à la dimension littéraire tout simplement incroyable.

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  • La découverte d'un âge oublié

Le temps. Insaisissable, immatériel, indomptable. Ses ravages, aussi destructeurs puissent-ils être, ne sauraient-ils accepter la complémentaire dualité les opposant à ses prouesses salutaires ? Dans la masse nébuleuse et hétéroclite du raisonnement humain, se cherche la réponse immémoriale tant convoitée, tant espérée. Dans son éternelle quête spirituelle, l'homme sera-t-il un jour capable de trouver la clé de cette énigme et, au crépuscule de son existence, de comprendre son passé pour mieux vivre son avenir ? C'est ainsi que je perçois Margot des pleines lunes, un roman qui, au premier abord, semble s'adresser à un public plutôt jeune, mais qui, en fin de compte, se fait l'analogue autoédité du Petit Prince de Saint-Exupéry. Une lecture que l'on emporte dans notre coeur, que l'on savoure et dont chaque page renferme un trésor inépuisable. Les mots dansent, se multiplient, se mélangent pour créer un récit à la frontière du rêve et de la réalité. Le côtoiement de deux univers semblablement différents, et pourtant si proches... À l'orée d'une vie nouvelle, la vie d'adulte, l'envol vers des terres lointaines, ne saurait-on faire ressurgir l'enfant intérieur qui sommeille en nous ? Margot a pour elle la réflexion, la maturité, la stabilité émotionnelle, la logique, mais garde dans son coeur une part de la petite fille qui fut et qui ne disparaîtra jamais vraiment. C'est cette insouciance, cette légèreté dissimulée en elle sous la forme pure, belle et mystérieuse d'une biche blanche qui la rend si attachante aux yeux du lecteur. Sa détermination teintée, quelque part, d'une forme de renoncement, lui permet progressivement de se situer, de savoir qui elle est vraiment et qui elle choisit d'être.

Il ne s'agit pas d'avancer pour mieux reculer, car plongée dans les souvenirs à la fois tendres et douloureux de son enfance, Margot se réinvente, se dessine et trace sa propre route. Elle hésite, mais inconsciemment, ses pas la mènent vers son moi intérieur, ses aspirations profondes, ses sentiments humains, sa peur animale... Sa transformation peut ainsi s'apparenter à une métaphore tout ce qu'il y a de plus poétique, artistique, et conférer au récit ce côté magique, irréel, touchant. Toutefois, je pense que l'auteur s'attache tant à l'aspect tangible de son intrigue, rendant les métamorphoses de la jeune fille concrètes sous sa plume, qu'à celui, plus onirique et spirituel, philosophique même, sublimant le charme littéraire de son oeuvre. Au cours de cette histoire, Margot apprend véritablement à se connaître, se cherchant sans réellement se comprendre, comme si sa vie venait à peine de commencer... Comme si rien d'autre n'avait pu exister auparavant et que le monde s'offrait désormais à elle, oscillant entre l'exaltation de ses sens et la crainte sourde qui la tenaille à chaque instant. Avec ce roman, Bruant d'Almeval exploite à merveille le thème non pas de la renaissance humaine, mais de la venue au monde de chacun(e) dans ce qu'elle a d'initiatique, de révélateur : notre vie ne commence vraiment que lorsque nous décidons de nous affranchir du passé et du poids qu'il fait peser sur nos épaules, de laisser s'exprimer pleinement la liberté confinée, enchaînée en nous et qui nous maintient irrévocablement prisonniers de nos tourments tandis que les fantômes de l'incertitude déposent sur notre coeur le baiser glacé, mortel, du doute.

Aux côtés de Margot, c'est tout un pan de notre propre existence qui se dévoile. On suit avec passion et intérêt cette jeune fille timide et pourtant pleine d'assurance dans son périple nocturne sous les traits d'une biche immaculée luttant pour protéger sa vie. La biche, reflet de l'âme humaine, miroir de nos émotions profondes, illusion mentale d'une double identité, d'une existence parallèle rêvée, se manifeste tel un songe les nuits de pleine lune, comme pour créer l'ambiguité, l'ambivalence même de dissocier et, en même temps, de laisser se confondre en un seul être les deux parts de nous-mêmes en dormance, somnolant dans un coin de notre tête, mais prêtes à répondre à l'appel de notre coeur.

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  • Lecture jeunesse, et plus si affinités !

Margot des pleines lunes est tout sauf un roman visant uniquement un public jeune. Petits et grands sauront, selon leur âge, apprécier à sa juste valeur le récit des aventures de Margot, piochant ici la ténacité de l'adolescente face à l'injustice environnante, dénichant là la douceur merveilleuse et envoûtante de la double lecture qui, au fil des pages, se dégage sous le regard attentif du lecteur aguerri. Les interprétations ne manquent pas et permettent à chacun de s'approprier le récit à sa manière, avec sa vision des choses, sa perception des détails, subtils mais sublimes, éparpillés au gré des chapitres par l'auteur pour mieux satisfaire l'appétit livresque et la curiosité de tous. La plume de Bruant d'Almeval est si poétique que, sitôt commencé, le roman se dévore en même temps qu'il se savoure ! Les arts de toutes sortes se trouvent habilement mêlés, réunis dans une seule et même oeuvre, captés avec modestie, humilité et générosité. Impossible de se défaire de cette histoire, de ne pas y repenser une fois le livre refermé et soigneusement rangé dans la bibliothèque. Margot nous suit, nous invite à réfléchir à son destin, au nôtre, et à voir que la vie, dans le plus grand des hasards, nous fait parfois don de cadeaux inattendus...

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En résumé, j'ai adoré lire Margot des pleines lunes ! Coup de ♥ absolu. Petit roman s'il en est, grand ouvrage à lire et relire sans modération, pour le plaisir de la lecture et l'enchantement de tout un chacun. Laissez-vous transporter dans un ailleurs qui n'en est pas vraiment un, dans un monde appartenant à la réalité d'un univers nocturne incroyable pour qui sait le voir...

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Détails sur ce livre :

Margot des pleines lunes, publié aux éditions Librinova (en ebook)

Auteur : Bruant d'Almeval

Nombre de pages : 122 pages (au format numérique)

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Sue-Ricette

coup de coeur

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samedi 11 juillet 2020

Nos amours impossibles - Tome 1

nos-amours-impossibles-1- À dix-huit ans, Sofia s’apprête à passer le bac. Consciente de ne pas pouvoir assouvir sa passion pour la danse, elle espère toutefois avoir l’occasion d’entreprendre des études secondaires. Mais le décès brutal de son frère va considérablement modifier ses plans. Contrainte de trouver un emploi sous peine d’être mariée de force par son père, elle se retrouve obligée de tenir compagnie tout l’été à Stanislas, un élève de son lycée condamné à purger une peine de prison en étant assigné à résidence. Or, Stanislas n’est pas seulement le garçon dont Sofia est tombée amoureuse quelques années plus tôt, c’est également celui qui lui a fait subir sa plus grosse humiliation. Entre rancœur et incompréhensions, la cohabitation entre les deux adolescents va s’avérer épineuse... -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il est des auteurs dont le travail me charme dès le début, sans avoir seulement lu une page de leurs écrits... Leurs manuscrits me touchent profondément, font naître en moi des émotions que la lecture seule sait transmettre, et véhiculent dans tout mon être une impatience indéfinissable oscillant entre l'excitation pure et la joie teintée de larmes à l'idée de plonger dans un nouvel univers, de découvrir de nouveaux personnages et de renouer avec le style de l'auteur, ces particularités narratives qui font toute la beauté, la puissance et la magie de chacune de ses histoires. Ils sont pour moi le réconfort, le refuge douillet de mes sentiments, la forteresse imprenable des sensations que leurs récits me procurent...

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  • Ninon Amey ou le secret des romances

Je ne sais pas comment aborder cette chronique, comment trouver les mots justes qui seraient capables de rendre justice à cet ouvrage. Ninon Amey, auteure autoéditée que j'affectionne tout particulièrement et dont j'ai parlé à de nombreuses reprises sur le blog, signe aujourd'hui Nos amours impossibles, son nouveau livre, un roman young adult qui se verra divisé en deux tomes (ou plus), et dont la suite est prévue d'ici quelque temps. Une lecture dont j'ai apprécié chaque moment passé en compagnie de Sofia et Stanislas, les deux héros, et qui, une fois n'est pas coutume, permet à l'auteure de mettre en lumière des sujets que l'on préfère généralement taire, car tabous ou plutôt délicats à aborder. La sensibilité qui se dégage de la plume de Ninon Amey tend ainsi à introduire de la manière la plus douce et la plus réaliste possible la thématique du mariage forcé. D'autres points sont également évoqués pour rendre cohérent l'ensemble du récit, comme la condition des femmes dans les sociétés patriarcales, le mensonge, la drogue, les violences familiales... C'est un roman qui a du cran, un roman qui ose et qui va loin, qui redéfinit le sens premier du mot liberté : être libre de s'exprimer, de raconter, de faire part à ceux qui le souhaitent des connaissances dont ils ignorent peut-être l'existence, pour que le silence et la peur ne soient pas les maîtres tout-puissants de la pensée humaine. Si le défi semble quelque peu risqué au premier abord, après lecture, il est totalement inenvisageable pour moi de taire mon ressenti ici, sur mes pages, et de ne pas vous livrer mon avis sur ce petit bijou de la romance contemporaine qu'est Nos amours impossibles !

Je ne saurais définir clairement la rage, la peine et l'incompréhension qui côtoient dans la plus belle forme de romantisme qui soit l'amour véritable, les sourires et les confidences silencieuses qui s'éparpillent au fil des pages et rythment les chapitres, telle une symphonie mélodique sur laquelle Sofia, l'héroïne, s'épanouirait sans le moindre accroc. Il y a du désespoir, de la peine, de la colère aussi, des cris sourds, de la détresse, des angoisses réelles qui compriment le coeur, prêtes à le briser, à le faire exploser en mille morceaux... Et pourtant, au milieu de cette haine douloureuse, dans l'oeil même du cyclone de tourments qui assaillent Sofia, un rayon de soleil perce à travers les nuages noirs qu'elle a pour seul horizon, une trouée lumineuse qui ne s'apparente en rien à une solution ou un salut quelconque : c'est sa raison d'être, sa raison de vivre, de respirer, d'exister pour ce qu'elle aime véritablement et celui que, dans le silence timide de son coeur, elle désire plus que tout au monde. Chaque ligne de ce livre renferme une poésie aussi triste que paisible, aussi chagrine que sereine, et confine en elle cette part de bonheur auquel chacun(e) de nous aspire. Sofia et Stanislas sont les Roméo et Juliette des temps modernes, liés par un amour impossible, inavouable, un amour que la vérité seule peut réunir et combler ou, au contraire, séparer dans la souffrance et l'égarement.

Je me suis attachée tant aux personnages qu'aux problématiques, actuelles et malheureusement trop peu soulevées dans nos sociétés qui s'idéalisent, car Ninon Amey possède dans son écriture cette simplicité bienveillante qui développe de manière respectueuse et pacifique sa perception du monde, des codes qui le régissent et qui redessinent l'humanité comme une notion d'indifférence et de mépris social. S'il ne néglige pas le côté romantique de l'histoire, ce premier tome est avant tout un livre qui joue cartes sur table : comme son héroïne, l'auteure s'affranchit, se réinvente, choisit d'écrire pour ses lecteurs, pour le ou la romantique qui sommeille en eux, mais surtout pour libérer sa parole, pour que sa voix porte et ne reste pas dans l'obscurité des tiroirs de l'oubli, par seule et unique crainte d'être submergée par une vague d'intolérance, d'incompréhension, et par la négativité collective.

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  • Un nouveau cap

Avec Nos amours impossibles, c'est une toute nouvelle route qui se trace pour la romancière. Une voie d'engagements manuscrits et posés sans jugement, sans valeur moralisatrice. Libre à nous, lecteurs, de prendre conscience ou pas de tout ce qui nous entoure, de notre mode de fonctionnement, des savoirs que nous inculquons à nos enfants et que eux-mêmes transmettront plus tard à leur tour. Au travers de cette histoire, il y a un réel apport littéraire et culturel que je trouve essentiel de partager pour que le décalage entre passé, présent et avenir ne soit pas une fatalité, mais plutôt un bienfait qui nous aiderait à avancer dans le respect de chacun(e). Sur fond de romance, Ninon Amey a écrit un magnifique plaidoyer qu'une citation de la chanteuse Aretha Franklin illustre, à mon sens, parfaitement :

"Nous exigeons et voulons tous le respect, homme ou femme, noir ou blanc. C'est notre droit humain fondamental."

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En résumé, Nos amours impossibles s'impose comme un coup de ♥ ! Comment pourrais-je qualifier autrement cet ouvrage ? Je ne peux pas, tout simplement, car c'est ce qu'il est : un coup de coeur qui s'ignore. Chacun des romans de Ninon Amey fut pour moi une lecture inoubliable, intense et merveilleuse, mais celui-ci est sans aucun doute le plus abouti et le plus riche de toute sa bibliographie. Le charme opère à chaque page, nous transportant tantôt dans les inquiétudes et la douleur de Sofia et Stanislas, tous deux extrêmement attachants, tantôt dans leur combat acharné, leur lutte quotidienne pour s'aimer malgré les interdits, envers et contre tout.

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Détails sur ce livre :

Nos amours impossibles - Tome 1, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 386 pages (au format numérique)

Sortie le 10 juillet 2020

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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lundi 6 juillet 2020

Le Monde déviant

le-monde-déviant- À vivre au-dessus des nuages dans un monde déliquescent, Sam Hartley a fini par se croire à l’abri de la colère divine. Le destin, sous la forme d’un message qui ne lui était pas destiné, bouleversera sa vie préservée de « lécheur de ciel ». Une femme et son enfant l’entraîneront vers des contrées insoupçonnées où l’amour se mérite. Le courage de Sam sera mis à rude épreuve : l’existence même de son monde est en jeu. -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Brice Milan, l'auteur de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Sortons des sentiers battus, allons au devant de l'inconnu, partons sur les chemins littéraires de l'autoédition... Brice Milan, dont je vous ai déjà parlé sur le blog au travers de plusieurs chroniques, rompt, le temps d'une histoire, avec le genre de la fantasy. Direction la science-fiction ! De la SF sombre, futuriste à souhait, dans un monde en proie à la désolation où seule une faible lueur d'espoir brille encore dans le ciel de l'humanité.

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  • La déchéance de l'homme

La science-fiction est une littérature vers laquelle je me tourne finalement assez peu. J'ai du mal à m'y retrouver et à apprécier pleinement les concepts qui y sont proposés. Pourtant, certains ouvrages font exception et me permettent de temps à autre de sortir de ma zone de confort. Le Monde déviant, premier roman SF écrit par Brice Milan, m'a ainsi plongée dans un monde à mi-chemin entre la pointe techno-scientifique du futur et l'apocalypse dans sa définition la plus primaire. Rien n'est plus délicieusement ambigu que cet univers qui se veut utopique, idéal, mais qui cache en réalité la misère des sociétés opprimées et soumises à l'autorité de minorités toutes-puissantes. La cité imaginaire de New-Rop, dernier joyau et rempart d'une peuplade en plein effondrement, abrite en son sein les secrets d'une époque lointaine et oubliée de tous, une ère ancienne qui vit renaître des cendres du passé les ailes d'un phoenix porteur d'espoir et de promesses... Naïves illusions qui conduisent ainsi l'auteur à s'impliquer, à se fondre dans le décor qu'il a créé pour mieux le modeler et l'aider à évoluer vers sa ruine finale.

J'ai adoré suivre ce cheminement de pensée, cette manière d'appréhender, par le biais d'un avenir que nous ne connaîtrons certainement jamais, les enjeux géopolitiques, sociétaux, sociaux, environnementaux et humains que le romancier définit dans un cadre anarchique pour mieux solliciter l'attention de son lecteur. Cette forme habile de caricature implicite de nos sociétés mondiales actuelles qui se désagrègent progressivement est vraiment judicieuse, car la fiction sert véritablement le récit qui, s'il fait la part belle à un univers des plus incertains sur la forme, s'inscrit dans un contexte tout ce qu'il y a de plus contemporain sur le fond. Le Monde déviant est un roman plus profond et réfléchi qu'il ne semble au premier abord, on le découvre véritablement à mesure que les chapitres se succèdent et nous entraînent au coeur d'une aventure tout à la fois palpitante, inquiétante et soigneusement étudiée du début à la fin par son créateur.

Il y a un réel raisonnement, une approche éthique, responsable, solidaire, respectueuse de l'homme et de son environnement. Brice Milan compare, analyse, cherche et explique une philosophie de vie qui nous a déjà échappé et que nous ne semblons plus reconnaître. La stabilité mondiale d'aujourd'hui sera-t-elle la déviance universelle de demain ? L'auteur pose ce constat, simple et efficace, et donne, sous forme de pure fiction littéraire, des pistes envisageables pour redonner sa beauté et sa pureté d'antan à notre chère planète Terre.

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  • Un récit qui s'apprivoise

De prime abord, l'histoire peut paraître quelque peu ardue à exploiter et à comprendre. Comment s'y retrouver dans une intrigue aussi dense et riche d'un point de vue scientifico-littéraire ? Les personnages contribuent fortement au bon déroulement du récit. Ils sont nombreux, certes, mais leur rôle bien défini leur permet de s'insérer avec une logique parfaite dans les différentes parties de l'histoire. Sam, le héros, est en quelque sorte le fil rouge qui les relie les uns aux autres, créant ainsi des relations de toutes sortes dont je tairai la nature pour éviter tout risque de spoil ! Je ne vous parlerai pas des autres protagonistes, car je pense que les découvrir au fil des pages s'avère bien plus enrichissant et intéressant que de les énumérer ici en s'attardant sur leur construction cohérente et approfondie. Tout ce que je peux dire, c'est que Brice Milan n'a pas ménagé ses efforts pour faire d'eux ce qu'ils sont et le rendu global est vraiment satisfaisant, plaisant à lire et très immersif.

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En résumé, Le Monde déviant est une excellente lecture ! Je devrais plus souvent me pencher sur la littérature SF, qui renferme tout autant que la fantasy des pépites insoupçonnées. Ce roman, le premier du genre pour son auteur, signe une belle entrée en matière pour une histoire qui a punch et un fort potentiel littéraire que tout amateur de science-fiction se doit de découvrir.

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Détails sur ce livre :

Le Monde déviant, autoédité en ebook

Auteur : Brice Milan

Nombre de pages : 286 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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