lundi 1 novembre 2021

Dolce Vita & nouveaux départs - Tome 1

dolce-vita-1- Roxane, Caroline, Johanna et Lucie s’étaient promis de partir en vacances ensemble une dernière fois avant de débuter leur carrière professionnelle. C’est ainsi qu’en ce mois de juillet 2019, elles débarquent à Venise, sans se douter un instant que les rencontres qu’elles vont y faire changeront à jamais leur vision des choses. Et peut-être même leur vie entière…

De Venise à Étretat, en passant par Rome, Évry et Aix-en-Provence, plongez dans cette saga estivale et laissez-vous surprendre par la magie des rencontres inattendues et le caractère déroutant des premiers émois. -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

L'hiver est à nos portes, c'est un fait ! Et pour oublier la grisaille ambiante, rien de mieux qu'une jolie romance estivale pour s'évader, rêver, voyager, tomber amoureuse... Ninon Amey nous entraîne cette fois-ci dans une aventure haute en couleurs, faite de joies, de drames, de quiproquos, de fous rires, de doutes, de larmes aussi... Mais toujours dans un esprit convivial et chaleureux, comme elle seule en a le secret !

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  • Voyage, voyage...

Embarquement immédiat pour un road trip littéraire ! S'envoler pour l'Italie, voguer sur les eaux vénitiennes, se perdre en plein coeur des rues romaines, puis rouler sur les autoroutes françaises, s'arrêter à Aix-en-Provence, remonter vers Évry, Étretat... Ninon Amey nous prend par la main et nous emmène aux côtés de quatre amies aussi attachantes qu'originales. On y découvre ainsi Roxane, Lucie, Johanna et Caroline, quatre jeunes femmes opposées par leurs caractères respectifs, mais liées par des liens indéfectibles, unies dans l'adversité, complices, solidaires, compréhensives les unes des autres.

L'auteure fait le choix de ne pas se placer d'un seul point de vue pour traiter son histoire. Ainsi, les différents chapitres se suivent mais s'approprient la vision de chacune des quatre héroïnes. Autre surprise également, la construction de l'histoire se scinde en plusieurs parties dédiées aux personnages masculins du roman. Ce premier tome se veut donc polyphonique et accorde à chaque protagoniste une place importante au sein de l'intrigue. Car au fil des pages, tout s'imbrique, et le récit, qui de prime abord, à la lecture du résumé, peut sembler linéaire et sans saveur particulière, se développe et se complexifie. Les lecteurs et lectrices que nous sommes apprivoisent le roman autant que celui-ci s'adapte à eux, et Ninon Amey crée une ambiance où le merveilleux côtoie sans peine le tragique. Les destins de tous les personnages se frôlent, se croisent, s'entrechoquent parfois, vont et viennent, s'arrêtent au détour d'une rencontre, se bouleversent et s'unissent finalement.

Dolce Vita & nouveaux départs, c'est un peu le roman d'une vie, car chacun(e) d'entre nous est susceptible de se reconnaître, de se (re)trouver à travers les lignes qui s'enchaînent, les chapitres qui se succèdent, les personnages qui évoluent, murissent et nous apportent un avis neuf, plus posé, sur des expériences que nous avons peut-être connues au cours de notre existence, qui nous ont marqués, nous ont impactés d'une certaine manière. Ninon Amey amène une réflexion, un cheminement spirituel et intellectuel, elle pose les bases d'une route qui, au-delà d'une simple escapade littéraire, suscite chez son public des émotions vives, intenses, qui happe son lectorat et ne le laisse, une fois la dernière page tournée, que pour mieux le retrouver ensuite dans le tome 2 paru en octobre (mais que je n'ai pas encore lu, pour le moment).

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  • Ninon Amey : auteure phare de l'autoédition

Que vous aimiez vous plonger de temps à autre dans un roman indépendant, autoédité, ou que vous soyiez un consommateur régulier d'auteur(e)s ne se rattachant à aucune maison d'édition, vous trouverez, j'en suis certaine, chez Ninon Amey, votre dose de bonheur livresque ! Sous couvert de romances tendres et magiques, elle s'attache cependant à traiter de sujets profonds, variés, sérieux et qui parfois peuvent nous toucher au quotidien. Dans Dolce Vita & nouveaux départs, il est par exemple question d'hypersensibilité, de violences conjugales, de situations sociales précaires, de deuils, de relations amoureuses arrangées, de sexisme et de féminisme... Les thématiques ne manquent pas et font honneur à la prose de l'auteure, autant que celle-ci met en lumière de manière concise et ludique ces points importants qui, malheureusement, sont trop peu, à mon sens, soulevés dans la littérature.

Ce premier opus est une lecture doudou, sans hésitation aucune, mais je dirais qu'il apporte, comme tant d'autres ouvrages de Ninon Amey, une dimension nouvelle à la romance. Oui, les codes romantiques sont, pour les plus terre-à-terre, vus et revus, les clichés et autres stéréotypes du genre pullulent si l'on est pointilleux, voire même carrément tatillons, sur la chose ! Mais finalement, qu'importe. Car la sensation de liberté, les frissons qui remontent le long de l'échine, les sourires timides qui naissent aux coins des lèvres, les yeux emplis d'étoiles et de rêves... C'est cela, la magie d'une belle romance qui, bien que suivant les codes, s'affranchit des règles de la vie réelle et brise la monotonie des routines sans fin.

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En résumé, Dolce Vita & nouveaux départs est un énorme coup de ♥ pour moi ! Comme toujours, je ne saurais trop vous recommander de découvrir Ninon Amey et ses écrits, dont vous pouvez d'ailleurs retrouver les différentes chroniques juste ICI. Il est des livres qui vous transportent, qui vous magnifient, qui laissent en vous une empreinte indélébile... Ce roman en fait assurément partie, alors n'hésitez plus !

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Détails sur ce livre :

Dolce Vita & nouveaux départs - Tome 1, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 500 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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mardi 21 septembre 2021

L'Assommoir

l-assommoir- Qu'est-ce qui nous fascine dans la vie "simple et tranquille" de Gervaise Macquart ? Pourquoi le destin de cette petite blanchisseuse montée de Provence à Paris nous touche-t-il tant aujourd'hui encore? Que nous disent les exclus du quartier de la Goutte-d'Or version Second Empire? L'existence douloureuse de Gervaise est avant tout une passion où s'expriment une intense volonté de vivre, une générosité sans faille, un sens aigu de l'intimité comme de la fête. Et tant pis si, la fatalité aidant, divers "assommoirs" - un accident de travail, l'alcool, les "autres", la faim - ont finalement raison d'elle et des siens. Gervaise aura parcouru une glorieuse trajectoire dans sa déchéance même. Relisons L'Assommoir, cette "passion de Gervaise", cet étonnant chef-d'oeuvre, avec des yeux neufs. -

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Mon avis :

Après un long moment d'absence, me voilà de retour par ici pour vous parler de L'Assommoir, un des romans-clé de la série des Rougon-Macquart, fresque familiale historique et, par bien des aspects, épique, comme seul Émile Zola sait produire de tels chefs d'oeuvre. Mon amour pour cette saga ne vous est pas inconnu et je ne saurais dire combien j'ai apprécié la lecture de cet épisode ô combien puissant de réalisme et fort d'un défaitisme aussi notoire, évident, que barbare.

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  • Le roman du Paris populaire

Tour à tour plaidoyer puis blâme, L'Assommoir se veut le porte-parole d'une décadence populaire globale, reflet indirect de la politique de l'époque et miroir sans précédent des illusions perdues, des ambitions arrachées, volées, noyées sous la misère et les envies dévorantes, qui rongent les coeurs et plient les âmes les plus malléables à leur volonté morbide. Gervaise Macquart représente cette déchéance lente et douloureuse, où l'inaccessibilité du bonheur pousse les esprits combattifs à se complaire dans leurs petits excès de folie qui, pourtant, retombent bien vite et se montrent sous un jour nouveau, plus sombre et cruel. Émile Zola décrit dans ce roman le système financier et politique qui utilise à son avantage la population pour mieux s'enrichir et conduire un peu plus chaque jour hommes et femmes à s'abrutir dans leur travail, à se perdre dans leurs rêves, à emprunter la voie que le gouvernement a choisie pour eux.

Le destin de ces pauvres gens est donc tout tracé. Profitant de la naïveté et des songes grandioses des petits provinciaux, Paris avale et anéantit tous les espoirs. Gervaise, par sa simplicité, ne voit pas le mal ; elle s'abandonne aux délices, aux opportunités mensongères que sème la vie sur sa route. Aveuglée par sa montée en société, passant de modeste lingère à patronne émérite, elle ne se doute pas un seul instant de la chute inévitable qui l'attend. Sa descente aux enfers, bien que triste, retrace le quotidien par trop réel des campagnards venus à la capitale avec le fol espoir de se sortir de leur misère, de leur chagrin. Paris les accueille alors avec la promesse de meilleurs lendemains, d'une vie plus accomodante, d'une réussite qui les rendra heureux. Mais l'argent, la boisson, la perversité et les travers humains en tout genre ont tôt fait de réduire à néant ces douces envies. La sueur, le sang, les larmes... Rien de tout cela ne suffit à calmer l'appétit vorace du plus haut lieu de France. Le manque d'éducation et la pauvreté accentuent sans tarder la chute de tout un chacun, laissant aux bourgeois et aux aristocrates une toute-puissance indubitable, tandis que le petit peuple se retrouve à la merci de la corruption, de l'injustice, jusqu'à les conduire aux portes de la folie.

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  • Gervaise ou la fatalité écrasante

Métaphore humaine d'une société pourrie de l'intérieur, Gervaise, sous la plume de Zola, arbore les traits d'une femme modeste, influençable, sensible et donc manipulable à bien des égards. Elle est le portrait typique de la population de l'époque, sans le sou et ignorante, fébrile d'une vie nouvelle, pleine d'attentes. C'est sa simplicité qui la rend tout aussi attachante que détestable, car son personnage subit sans réagir, se fait spectateur conscient et volontaire de sa propre chute. Ses rêves commerçants lui montent à la tête, la détournent de la réalité. La pauvreté, la crasse et la cruauté se font ses voisines quotidiennes sans que, pourtant, Gervaise n'y accorde une importance particulière. Comme si, au fond d'elle, elle se savait condamnée à un avenir des plus incertains et qu'elle avait décidé de ne rien tenter pour, peut-être, l'éviter. Son statut de dirigeante d'entreprise en impose quelque peu, mais sera-t-il pérenne ? La situation d'ouvrier de son mari est-elle vouée elle aussi à perdurer dans la bonhommie, la sincérité et le don de soi ? Rien de moins que ces questions, et bien d'autres, que l'auteur amène d'un ton qui se veut tout aussi tranchant et impartial, que compréhensif et humain. Tout autant qu'il semble accabler Gervaise de par son passé, sa famille, sa personne, il la défend et l'honore d'un autre côté.

Gervaise est une femme parmi tant d'autres, noyée dans la masse mais qui se démarque pourtant. Le destin pèse de tout son poids et, menaçant, s'amoncelle tels d'imposants nuages au-dessus de sa tête et de celle de ses proches. Aussi bien actrice que spectatrice, elle observe et n'agit pas. Est-ce par manque de discernement ? Ou bien la fatalité a-t-elle raison de sa volonté dès le début ? L'on pourrait alors comparer cela à un serpent dont la tête, superbement ignorée, n'a pas été coupée au bon moment. Ainsi, mordue au plus profond de son coeur, Gervaise ne s'aperçoit même pas que le venin se distille lentement, progressivement, dans ses veines amoindries, comme exsangues de tout désir de vivre. Émile Zola pose alors cette question qui, en quelque sorte, est le fil rouge conducteur des Rougon-Macquart : peut-on échapper à notre hérédité, à ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Victime de la société, Gervaise se laisse également aller sans l'ombre d'un doute aux plus vils traits de caractère de sa famille. Sa généalogie la rattrape, la malmène, la pourchasse silencieusement et étouffe pleinement celle qu'elle est.

Avec cette interrogation en tête, la lecture de L'Assommoir demeure comme une réelle étape, un passage nécessaire bien que sombre. Il est un pilier dans l'accomplissement de l'oeuvre de Zola, car il restranscrit avec justesse la pensée naturaliste, il invite l'homme, l'être humain, à se positionner au plus près de lui-même pour tenter de se comprendre, de se cerner dans sa complexe globalité. Zola développe avec finesse et mordant ce qu'il avait déjà initié précédemment, continuant sur sa lancée sociale, à mi-chemin entre un optimisme authentique, presque légitime, comme s'il voulait encore croire en l'humanité, et un pessimisme des plus affolants, criant de vérité, sur les moeurs de son temps, les pratiques politiques et sociétales mises en place par un gouvernement nécrosé, détruit en son sein. Des usages qui, malheureusement, résonnent encore de nos jours et produisent un écho troublant en nous.

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En résumé, L'Assommoir n'est rien de moins qu'un coup de coeur ! Tout comme les précédents volumes, il décrit à sa manière un point vital, névralgique, central, des existences passées et des systèmes révolus. Émile Zola m'impressionne et me fascine toujours autant, de par sa dextérité, sa franchise, ses analyses pertinentes. Quitte à me répéter, autant le faire pour conclure cette chronique et vous dire à quel point Les Rougon-Macquart est une série littéraire, un classique qui mérite d'être lu, relu et transmis dans son entièreté.

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Détails sur ce livre :

L'Assommoir, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Émile Zola

Nombre de pages : 576 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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lundi 26 avril 2021

Plus jamais seuls

plus-jamais-seuls- Au lycée, Marc est harcelé depuis deux ans. Soit ses pairs l’ignorent, soit ils l’humilient. Si le jeune homme réussit à tenir le coup face aux moqueries incessantes, c’est uniquement parce qu’en dehors des cours, il s’investit dans un nouveau projet qui lui tient à cœur et dans lequel il s’épanouit.

Lorsqu’une nouvelle élève, Serena, débarque dans sa classe, elle intègre aussitôt le groupe des filles les plus populaires de l’établissement, également les plus cruelles.

Mais à mesure que les jours passent, Marc remarque que la jeune fille est différente… Non seulement elle ne l’insulte pas, mais en plus, elle daigne lui parler.

Il ne sait pas encore qu’elle est aussi abîmée que lui…

L’amour sera-t-il capable de guérir ces deux cœurs, si jeunes et déjà blessés par la vie ? -

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- Alerte SPOILER ! Ce roman est un double spin-off. Si vous n'avez pas lu Dis-moi pourquoi et la duologie Nos amours impossibles, jetez-vous dessus sans tarder avant de découvrir les aventures de Marc et Serena. -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Je m'en viens aujourd'hui vous parler de Plus jamais seuls, le petit dernier de Ninon Amey, une auteure que vous connaissez bien sur le blog, puisque j'ai lu et chroniqué tous ses ouvrages (n'hésitez pas à consulter l'Index auteur juste ICI). Romancière autoéditée talentueuse, travailleuse et passionnée, elle publie au mois de mars une nouvelle histoire qui nous emmène cette fois-ci aux côtés de deux personnages entraperçus dans trois de ses précédents romans...

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  • À la croisées des chemins...

Un double spin-off ? Pari fou, me direz-vous ! Et vous aurez certainement raison. Mais pour commencer, qu'est-ce qu'un spin-off ? Il s'agit tout simplement d'une histoire contée dans un univers préexistant et mettant en scène un ou plusieurs personnages secondaires de cet univers, mais qui deviennent cette fois-ci les héros de l'intrigue imaginée par son créateur. Grâce à cela, Ninon Amey a donc pu prolonger Dis-moi pourquoi, un one-shot (roman en un seul volume), et son dyptique Nos amours impossibles, permettant ainsi à ses lecteurs de retrouver les différents protagonistes suivis tout au long de ces deux histoires, mais, surtout, de mettre l'accent sur le destin insoupçonné de Marc et Serena, imaginant par-là même une suite unique et logique à ses deux romans. Tour de force incroyable s'il en est, Plus jamais seuls est la parfaite continuité des bases édifiées par l'auteure. Les fils se croisent, se tissent, se tressent et finissent par ne former plus qu'un... Le rendu final est impeccable, lisse, uniforme, technique et encadré, les évènements vont et viennent, les personnages se frôlent, s'évitent, se rapprochent pour mieux s'éloigner, le tout dans un contexte à la fois réaliste, moderne, romantique et dramatique.

Ninon Amey s'implique dans son récit mais invite tout un chacun à plonger littéralement dans son histoire, à se glisser dans la peau de Serena, de Marc, à vivre leur quotidien, leurs angoisses, leurs doutes, leurs peines, leurs questionnements... Plus jamais seuls est un véritable panel d'émotions ! Il n'est pas seulement question de suivre la rencontre de deux adolescents, leur approche nouvelle et fraîche, belle, naïve et attendrissante des premiers émois amoureux. Non, il s'agit là de bien plus, car la romancière s'applique à traiter du harcèlement scolaire, qu'il soit sous sa forme classique, physique et morale, ou sous sa forme virtuelle du cyber-harcèlement, mais également des traces psychologiques, lourdes et difficiles à effacer, laissées par les violences familiales, l'influence parfois néfaste de nos proches, sans oublier le mariage forcé, thématique prédominante dans Nos amours impossibles. On retrouve donc l'approfondissement et la complémentarité des sujets abordés par l'auteure, le tout porté par une plume qui se veut toujours aussi chantante et porteuse d'émotions, tant dans le côté doux, rêveur, insouciant et romantique de l'histoire, que dans son côté plus sombre et concret.

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  • La voie de la résilience

La notion de pardon et de cheminement personnel n'a jamais été aussi bien évoquée que dans les romans de Ninon Amey. En effet, celle-ci s'attache à parler des souffrances aussi bien matérielles que spirituelles qui peuvent survenir au cours d'une vie, délivrant dans le déroulement continu de ses histoires les clés d'un apaisement moral, d'une sérénité retrouvée, d'une paix intérieure longtemps recherchée, maintes fois espérée, et dénichée au cours de la quête de soi, dans les interminables méandres de notre moi profond, au coeur même de notre être. C'est en quelque sorte un parcours initiatique, un voyage vers une destination inconnue, le bonheur terrestre tant convoité, idéalisé, pourtant si simple, si pur, mais si ardu à faire naître. Ninon Amey pose ainsi une question que je qualifierais d'essentielle : le bonheur peut-il jaillir des cendres du passé, des douleurs d'antan ? Peut-on le faire vivre grâce à nos rêves ? Peut-on le modeler, le façonner avec nos objectifs, notre détermination ? Une multitude d'interrogations, auxquelles Plus jamais seuls, comme le reste de l'oeuvre de l'auteure, répond par l'évidence : le bonheur est enfoui en chacun de nous, il suffit de le laisser se tailler une place dans notre coeur, aussi dures soient les épreuves de la vie.

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Source : Instagram

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En résumé, Plus jamais seuls est une lecture coup de ♥ ! Je ne saurais trop vous recommander de le lire pour (re)découvrir Ninon Amey, son oeuvre, les personnages qui émaillent son esprit créatif et débordant d'imagination, son écriture douce, chaleureuse et bienveillante, ses mots forts, poignants, ses sujets douloureux mais vivants, son romantisme, sa passion, sa sensibilité... Ce spin-off, à l'image de ses précédents ouvrages, offre un moment de détente, mais aussi, et surtout, un voyage littéraire inoubliable.

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Détails sur ce livre :

Plus jamais seuls, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 410 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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jeudi 5 novembre 2020

Nos amours impossibles - Tome 2

nai-2- Deux ans et demi se sont écoulés depuis que Stanislas est rentré à Paris. Accaparé par ses études et étroitement surveillé par son père, il essaie tant bien que mal d’occulter le passé et les sentiments qu’il éprouvait pour Sofia. Mais le jour où il apprend que la maison secondaire va être vendue et que Mama prend sa retraite, c’est un électrochoc. Stanislas n’a désormais plus qu’une idée en tête : réparer ses erreurs et obtenir le pardon des deux femmes les plus importantes de sa vie. Seulement voilà, les choses ne sont plus telles qu’il les a laissées. Sofia a déménagé et Mama refuse de lui transmettre sa nouvelle adresse.

Stanislas parviendra-t-il à retrouver celle qui n’a jamais quitté ses pensées ? Le cas échéant, la jeune femme lui pardonnera-t-elle de n’avoir jamais tenu sa promesse ?

La vie offre parfois une seconde chance. Stan et Sofia sauront-ils la saisir ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Alors que le premier tome de cette duologie signait l'entrée de l'auteure sur la scène young adult, ce second volume poursuit avec brio les aventures à la fois dramatiques et romantiques du duo formé par Sofia et Stanislas. Tandis qu'à la tourmente de leurs coeurs s'ajoute l'éloignement de leurs âmes, les deux jeunes gens réussiront-ils à faire face aux épreuves de la vie ? Le destin saura-t-il les réunir à nouveau, ou bien brisera-t-il à tout jamais le lien qui les unit ?

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  • Une promesse d'amour

Divisée en deux tomes, la série Nos amours impossibles permet à Ninon Amey d'offrir à ses lecteurs une histoire des plus complètes, où les personnages prennent une profondeur nouvelle, car leur psychologie, leur évolution émotionnelle, leurs parcours personnels offrent, tant à l'auteure qu'à son public, une facette inédite et riche que le travail d'écriture réussit à affiner, à étoffer au fil du temps. Les romans de Ninon Amey ont toujours été de gros coups de coeur pour moi, mais ce dyptique enrichit sa bibliographie d'un aspect rédactionnel nouveau, une progression, une étape supplémentaire franchie dans sa vie de romancière. Nos amours impossibles signe ainsi non pas le paroxysme de son oeuvre, mais l'aboutissement logique et à la saveur incomparable de ses nombreuses et merveilleuses années d'investissement dans le monde de la romance contemporaine ! Au cours de ce tome 2, nous nous retrouvons donc confrontés au deuil du coeur de nos deux personnages, à leurs existences séparées mais néanmoins toujours liées, et le chapitrage alterné de leurs points de vue donne un sentiment de liberté confinée, prisonnière de leurs sentiments toujours vivants mais vivotants. Comment Stanislas et Sofia en sont-ils arrivés là ? Mystère ! Du moins, pour celles et ceux d'entre vous qui n'auraient pas lu le premier volume (je vous renvoie à la chronique qui lui est dédiée juste ICI). S'accrocher à ses rêves, espérer follement, attendre... Nos deux héros se perdent, se confondent, s'apprivoisent, se mélangent et tentent, dans la vie qu'ils se construisent chacun de leur côté, de se retrouver vraiment.

Au détour d'amitiés inattendues, de rencontres inespérées et de chemins croisés, Sofia et Stanislas découvriront qui ils sont véritablement. Ils apprendront autant d'eux-mêmes que des autres, chacun à sa manière, et ressortiront plus forts, plus aguerris, plus épanouis de leur histoire. Car même si leurs routes se séparent, elles reviennent inévitablement l'une vers l'autre et conduisent le destin à les réunir malgré eux. Cette promesse d'amour, ce lien fraternel indéfectible qui les rapproche autant qu'il les éloigne, amène, grâce à quelques quiproquos savamment dosés, les deux protagonistes à se remettre en question par rapport à tout ce qu'ils ont vécu, ensemble ou séparément. Ninon Amey propose ainsi au lecteur de revenir sur les points forts du premier tome : le deuil, les traditions familiales oppressantes, les violences faites aux femmes, le harcèlement moral, physique même, le choc des cultures... Ce nouvel opus est en quelque sorte un hommage, une célébration littéraire à tous ces thèmes sociaux et sociétaux assez peu exploités. Je trouve que mettre en avant ces sujets dans une histoire aussi belle que bien écrite permet à tout un chacun d'apprécier dans ce qu'elle a de simple et de tolérant l'intrigue imaginée par l'auteure. À travers ce roman, Ninon Amey met sa plume au service de l'ouverture d'esprit et du respect mutuel : regarder son passé sans le craindre, vivre son présent pleinement à chaque instant et imaginer son avenir sereinement. Être en paix avec soi-même, c'est être en paix avec les autres, c'est les comprendre et les accepter tels qu'ils sont sans forcément pouvoir changer leur façon d'être. Sofia comme Stanislas vivent aux dépens de leurs propres peurs, des craintes sourdes et invisibles qui les habitent, de cette conscience qui, quelque part, leur pèse et les mine au plus profond de leurs coeurs. Pourtant, malgré les difficultés, malgré la rancoeur, malgré les larmes, l'amour est, d'une certaine manière, plus fort que tout le reste, inondant les âmes noyées de chagrin d'une lumière bienveillante et réconfortante...

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  • La fin d'un commencement

Te retrouver conclut à merveille le cycle formé par les deux volumes de Nos amours impossibles. Ninon Amey signe une fois encore un roman riche en émotions et élargit ses horizons littéraires grâce au genre, assez nouveau pour elle, de la romance young adult. Ayant laissé mes yeux vagabonder sur ses réseaux sociaux, je me suis même laissé dire qu'un spin-off intégré à l'univers de sa duologie verrait bientôt le jour... Affaire à suivre ! Quoi qu'il en soit, à travers chacune des histoires qu'elle écrit, Ninon Amey se réinvente, travaille son style, affine son approche, parfait les thématiques qui lui tiennent à coeur et nous bouleversent toujours avec ses personnages attachants, réalistes, humains et auxquels l'on peut facilement s'identifier. Stanislas et Sofia ne font pas exception à cette règle, le drame de leur histoire ébranle autant qu'il attendrit, il redéfinit les codes de la romance et propose d'y inclure des éléments tangibles, perturbateurs, susceptibles de renverser la situation, de chambouler l'esprit attentif du lecteur, de l'impliquer pleinement comme s'il était lui-même un personnage à part entière de l'ouvrage... C'est là toute la force, toute la beauté, la magie et le naturel de l'oeuvre de Ninon Amey !

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En résumé, Nos amours impossibles est une excellente saga ! Deux tomes, deux coups de ♥. Laissez-vous tenter par l'histoire de Sofia et Stanislas, goûtez à leur bonheur, vivez leurs malheurs et laissez leur amour vous submerger... Une pépite à mettre entre toutes les mains, que vous soyez romantiques dans l'âme ou fleur bleue à vos heures perdues !

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Détails sur ce livre :

Nos amours impossibles - Tome 2, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 384 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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lundi 13 juillet 2020

Margot des pleines lunes

margot-des-pleines-lunes- Margot a dix-sept ans et des airs d’héroïne romantique. Elle rêve d’un destin d’artiste, loin du Coteau où elle mène une existence compliquée. Un secret la contraint en effet à la solitude, une différence que nul ne pourrait comprendre : les nuits de pleine lune, elle quitte son corps pour celui d’une biche blanche. Les chasseurs de la région sont en émoi et l’un d’eux se montre particulièrement insistant. Personne à qui se confier, pas même Renaud, son frère aîné et tant aimé ! D’ailleurs, que pourrait-il, lui qui est plongé dans les doutes existentiels depuis son retour au Coteau ? L’étau se resserre chaque jour un peu plus autour de Margot. Les ombres se multiplient dans son sillage. Et c’est l’histoire familiale entière qui se révèle à elle dans la tourmente de son présent… -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Bruant d'Almeval, l'auteur de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il y a bien longtemps que je ne m'étais pas tournée vers la littérature jeunesse ! Revenir aux sources s'avère parfois nécessaire, histoire de se déconnecter un peu des préoccupations actuelles, de la morosité ambiante, sans pour autant couper totalement le lien avec le carburant de l'esprit : les mots. Car les mots ont ce pouvoir, quel que soit le public auquel ils s'adressent et l'âge que peut avoir ce lectorat, ils ont cette force pour faire d'un moment calme, intime, partagé dans le secret des lignes entre l'auteur et son lecteur, une histoire à la dimension littéraire tout simplement incroyable.

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  • La découverte d'un âge oublié

Le temps. Insaisissable, immatériel, indomptable. Ses ravages, aussi destructeurs puissent-ils être, ne sauraient-ils accepter la complémentaire dualité les opposant à ses prouesses salutaires ? Dans la masse nébuleuse et hétéroclite du raisonnement humain, se cherche la réponse immémoriale tant convoitée, tant espérée. Dans son éternelle quête spirituelle, l'homme sera-t-il un jour capable de trouver la clé de cette énigme et, au crépuscule de son existence, de comprendre son passé pour mieux vivre son avenir ? C'est ainsi que je perçois Margot des pleines lunes, un roman qui, au premier abord, semble s'adresser à un public plutôt jeune, mais qui, en fin de compte, se fait l'analogue autoédité du Petit Prince de Saint-Exupéry. Une lecture que l'on emporte dans notre coeur, que l'on savoure et dont chaque page renferme un trésor inépuisable. Les mots dansent, se multiplient, se mélangent pour créer un récit à la frontière du rêve et de la réalité. Le côtoiement de deux univers semblablement différents, et pourtant si proches... À l'orée d'une vie nouvelle, la vie d'adulte, l'envol vers des terres lointaines, ne saurait-on faire ressurgir l'enfant intérieur qui sommeille en nous ? Margot a pour elle la réflexion, la maturité, la stabilité émotionnelle, la logique, mais garde dans son coeur une part de la petite fille qui fut et qui ne disparaîtra jamais vraiment. C'est cette insouciance, cette légèreté dissimulée en elle sous la forme pure, belle et mystérieuse d'une biche blanche qui la rend si attachante aux yeux du lecteur. Sa détermination teintée, quelque part, d'une forme de renoncement, lui permet progressivement de se situer, de savoir qui elle est vraiment et qui elle choisit d'être.

Il ne s'agit pas d'avancer pour mieux reculer, car plongée dans les souvenirs à la fois tendres et douloureux de son enfance, Margot se réinvente, se dessine et trace sa propre route. Elle hésite, mais inconsciemment, ses pas la mènent vers son moi intérieur, ses aspirations profondes, ses sentiments humains, sa peur animale... Sa transformation peut ainsi s'apparenter à une métaphore tout ce qu'il y a de plus poétique, artistique, et conférer au récit ce côté magique, irréel, touchant. Toutefois, je pense que l'auteur s'attache tant à l'aspect tangible de son intrigue, rendant les métamorphoses de la jeune fille concrètes sous sa plume, qu'à celui, plus onirique et spirituel, philosophique même, sublimant le charme littéraire de son oeuvre. Au cours de cette histoire, Margot apprend véritablement à se connaître, se cherchant sans réellement se comprendre, comme si sa vie venait à peine de commencer... Comme si rien d'autre n'avait pu exister auparavant et que le monde s'offrait désormais à elle, oscillant entre l'exaltation de ses sens et la crainte sourde qui la tenaille à chaque instant. Avec ce roman, Bruant d'Almeval exploite à merveille le thème non pas de la renaissance humaine, mais de la venue au monde de chacun(e) dans ce qu'elle a d'initiatique, de révélateur : notre vie ne commence vraiment que lorsque nous décidons de nous affranchir du passé et du poids qu'il fait peser sur nos épaules, de laisser s'exprimer pleinement la liberté confinée, enchaînée en nous et qui nous maintient irrévocablement prisonniers de nos tourments tandis que les fantômes de l'incertitude déposent sur notre coeur le baiser glacé, mortel, du doute.

Aux côtés de Margot, c'est tout un pan de notre propre existence qui se dévoile. On suit avec passion et intérêt cette jeune fille timide et pourtant pleine d'assurance dans son périple nocturne sous les traits d'une biche immaculée luttant pour protéger sa vie. La biche, reflet de l'âme humaine, miroir de nos émotions profondes, illusion mentale d'une double identité, d'une existence parallèle rêvée, se manifeste tel un songe les nuits de pleine lune, comme pour créer l'ambiguité, l'ambivalence même de dissocier et, en même temps, de laisser se confondre en un seul être les deux parts de nous-mêmes en dormance, somnolant dans un coin de notre tête, mais prêtes à répondre à l'appel de notre coeur.

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  • Lecture jeunesse, et plus si affinités !

Margot des pleines lunes est tout sauf un roman visant uniquement un public jeune. Petits et grands sauront, selon leur âge, apprécier à sa juste valeur le récit des aventures de Margot, piochant ici la ténacité de l'adolescente face à l'injustice environnante, dénichant là la douceur merveilleuse et envoûtante de la double lecture qui, au fil des pages, se dégage sous le regard attentif du lecteur aguerri. Les interprétations ne manquent pas et permettent à chacun de s'approprier le récit à sa manière, avec sa vision des choses, sa perception des détails, subtils mais sublimes, éparpillés au gré des chapitres par l'auteur pour mieux satisfaire l'appétit livresque et la curiosité de tous. La plume de Bruant d'Almeval est si poétique que, sitôt commencé, le roman se dévore en même temps qu'il se savoure ! Les arts de toutes sortes se trouvent habilement mêlés, réunis dans une seule et même oeuvre, captés avec modestie, humilité et générosité. Impossible de se défaire de cette histoire, de ne pas y repenser une fois le livre refermé et soigneusement rangé dans la bibliothèque. Margot nous suit, nous invite à réfléchir à son destin, au nôtre, et à voir que la vie, dans le plus grand des hasards, nous fait parfois don de cadeaux inattendus...

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En résumé, j'ai adoré lire Margot des pleines lunes ! Coup de ♥ absolu. Petit roman s'il en est, grand ouvrage à lire et relire sans modération, pour le plaisir de la lecture et l'enchantement de tout un chacun. Laissez-vous transporter dans un ailleurs qui n'en est pas vraiment un, dans un monde appartenant à la réalité d'un univers nocturne incroyable pour qui sait le voir...

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Détails sur ce livre :

Margot des pleines lunes, publié aux éditions Librinova (en ebook)

Auteur : Bruant d'Almeval

Nombre de pages : 122 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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samedi 11 juillet 2020

Nos amours impossibles - Tome 1

nos-amours-impossibles-1- À dix-huit ans, Sofia s’apprête à passer le bac. Consciente de ne pas pouvoir assouvir sa passion pour la danse, elle espère toutefois avoir l’occasion d’entreprendre des études secondaires. Mais le décès brutal de son frère va considérablement modifier ses plans. Contrainte de trouver un emploi sous peine d’être mariée de force par son père, elle se retrouve obligée de tenir compagnie tout l’été à Stanislas, un élève de son lycée condamné à purger une peine de prison en étant assigné à résidence. Or, Stanislas n’est pas seulement le garçon dont Sofia est tombée amoureuse quelques années plus tôt, c’est également celui qui lui a fait subir sa plus grosse humiliation. Entre rancœur et incompréhensions, la cohabitation entre les deux adolescents va s’avérer épineuse... -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Ninon Amey, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Il est des auteurs dont le travail me charme dès le début, sans avoir seulement lu une page de leurs écrits... Leurs manuscrits me touchent profondément, font naître en moi des émotions que la lecture seule sait transmettre, et véhiculent dans tout mon être une impatience indéfinissable oscillant entre l'excitation pure et la joie teintée de larmes à l'idée de plonger dans un nouvel univers, de découvrir de nouveaux personnages et de renouer avec le style de l'auteur, ces particularités narratives qui font toute la beauté, la puissance et la magie de chacune de ses histoires. Ils sont pour moi le réconfort, le refuge douillet de mes sentiments, la forteresse imprenable des sensations que leurs récits me procurent...

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  • Ninon Amey ou le secret des romances

Je ne sais pas comment aborder cette chronique, comment trouver les mots justes qui seraient capables de rendre justice à cet ouvrage. Ninon Amey, auteure autoéditée que j'affectionne tout particulièrement et dont j'ai parlé à de nombreuses reprises sur le blog, signe aujourd'hui Nos amours impossibles, son nouveau livre, un roman young adult qui se verra divisé en deux tomes (ou plus), et dont la suite est prévue d'ici quelque temps. Une lecture dont j'ai apprécié chaque moment passé en compagnie de Sofia et Stanislas, les deux héros, et qui, une fois n'est pas coutume, permet à l'auteure de mettre en lumière des sujets que l'on préfère généralement taire, car tabous ou plutôt délicats à aborder. La sensibilité qui se dégage de la plume de Ninon Amey tend ainsi à introduire de la manière la plus douce et la plus réaliste possible la thématique du mariage forcé. D'autres points sont également évoqués pour rendre cohérent l'ensemble du récit, comme la condition des femmes dans les sociétés patriarcales, le mensonge, la drogue, les violences familiales... C'est un roman qui a du cran, un roman qui ose et qui va loin, qui redéfinit le sens premier du mot liberté : être libre de s'exprimer, de raconter, de faire part à ceux qui le souhaitent des connaissances dont ils ignorent peut-être l'existence, pour que le silence et la peur ne soient pas les maîtres tout-puissants de la pensée humaine. Si le défi semble quelque peu risqué au premier abord, après lecture, il est totalement inenvisageable pour moi de taire mon ressenti ici, sur mes pages, et de ne pas vous livrer mon avis sur ce petit bijou de la romance contemporaine qu'est Nos amours impossibles !

Je ne saurais définir clairement la rage, la peine et l'incompréhension qui côtoient dans la plus belle forme de romantisme qui soit l'amour véritable, les sourires et les confidences silencieuses qui s'éparpillent au fil des pages et rythment les chapitres, telle une symphonie mélodique sur laquelle Sofia, l'héroïne, s'épanouirait sans le moindre accroc. Il y a du désespoir, de la peine, de la colère aussi, des cris sourds, de la détresse, des angoisses réelles qui compriment le coeur, prêtes à le briser, à le faire exploser en mille morceaux... Et pourtant, au milieu de cette haine douloureuse, dans l'oeil même du cyclone de tourments qui assaillent Sofia, un rayon de soleil perce à travers les nuages noirs qu'elle a pour seul horizon, une trouée lumineuse qui ne s'apparente en rien à une solution ou un salut quelconque : c'est sa raison d'être, sa raison de vivre, de respirer, d'exister pour ce qu'elle aime véritablement et celui que, dans le silence timide de son coeur, elle désire plus que tout au monde. Chaque ligne de ce livre renferme une poésie aussi triste que paisible, aussi chagrine que sereine, et confine en elle cette part de bonheur auquel chacun(e) de nous aspire. Sofia et Stanislas sont les Roméo et Juliette des temps modernes, liés par un amour impossible, inavouable, un amour que la vérité seule peut réunir et combler ou, au contraire, séparer dans la souffrance et l'égarement.

Je me suis attachée tant aux personnages qu'aux problématiques, actuelles et malheureusement trop peu soulevées dans nos sociétés qui s'idéalisent, car Ninon Amey possède dans son écriture cette simplicité bienveillante qui développe de manière respectueuse et pacifique sa perception du monde, des codes qui le régissent et qui redessinent l'humanité comme une notion d'indifférence et de mépris social. S'il ne néglige pas le côté romantique de l'histoire, ce premier tome est avant tout un livre qui joue cartes sur table : comme son héroïne, l'auteure s'affranchit, se réinvente, choisit d'écrire pour ses lecteurs, pour le ou la romantique qui sommeille en eux, mais surtout pour libérer sa parole, pour que sa voix porte et ne reste pas dans l'obscurité des tiroirs de l'oubli, par seule et unique crainte d'être submergée par une vague d'intolérance, d'incompréhension, et par la négativité collective.

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  • Un nouveau cap

Avec Nos amours impossibles, c'est une toute nouvelle route qui se trace pour la romancière. Une voie d'engagements manuscrits et posés sans jugement, sans valeur moralisatrice. Libre à nous, lecteurs, de prendre conscience ou pas de tout ce qui nous entoure, de notre mode de fonctionnement, des savoirs que nous inculquons à nos enfants et que eux-mêmes transmettront plus tard à leur tour. Au travers de cette histoire, il y a un réel apport littéraire et culturel que je trouve essentiel de partager pour que le décalage entre passé, présent et avenir ne soit pas une fatalité, mais plutôt un bienfait qui nous aiderait à avancer dans le respect de chacun(e). Sur fond de romance, Ninon Amey a écrit un magnifique plaidoyer qu'une citation de la chanteuse Aretha Franklin illustre, à mon sens, parfaitement :

"Nous exigeons et voulons tous le respect, homme ou femme, noir ou blanc. C'est notre droit humain fondamental."

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En résumé, Nos amours impossibles s'impose comme un coup de ♥ ! Comment pourrais-je qualifier autrement cet ouvrage ? Je ne peux pas, tout simplement, car c'est ce qu'il est : un coup de coeur qui s'ignore. Chacun des romans de Ninon Amey fut pour moi une lecture inoubliable, intense et merveilleuse, mais celui-ci est sans aucun doute le plus abouti et le plus riche de toute sa bibliographie. Le charme opère à chaque page, nous transportant tantôt dans les inquiétudes et la douleur de Sofia et Stanislas, tous deux extrêmement attachants, tantôt dans leur combat acharné, leur lutte quotidienne pour s'aimer malgré les interdits, envers et contre tout.

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Détails sur ce livre :

Nos amours impossibles - Tome 1, autoédité en ebook (existe aussi au format papier)

Auteur : Ninon Amey

Nombre de pages : 386 pages (au format numérique)

Sortie le 10 juillet 2020

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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dimanche 5 juillet 2020

L'Apiculteur

l-apiculteur- "Je recherche l'or du temps", écrivit le poète André Breton. Cette maxime aurait pu être celle d'Aurélien, héros de ce roman d'aventures initiatique. Depuis qu'une abeille a déposé sur sa ligne de vie une fine trace de pollen doré, ce jeune Provençal de la fin du XIXe siècle ne rêve plus que de l'or - un or symbolique, poétique, qui représente bien plus que le métal précieux. Son rêve le décidera à se détourner des champs de lavande familiaux pour installer des ruches et fabriquer le miel le plus suave. Puis, après l'anéantissement de son travail par un violent orage, à partir pour l'Abyssinie, où l'attend une femme à la peau d'or, qu'il a vue en rêve... On croise Van Gogh et Rimbaud dans ces pages lumineuses, où le songe doré d'Aurélien lui vaudra de connaître bien des aléas, avant qu'il ne découvre l'or véritable de la vie. -

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Mon avis :

L'été n'est pas la saison que je préfère pour lire... Malgré tout, il est des ouvrages qui sont parfaits en cette période ! Avec son titre, sa couverture et son résumé, L'Apiculteur ne pouvait être qu'une lecture fabuleuse à découvrir aux prémices estivaux. Dire que je l'ai dévoré serait un peu en deçà de la vérité, car je l'ai littéralement englouti, tant l'histoire m'a transportée ! Suspense...

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  • Une vie simple et merveilleuse

Ce roman suit le parcours d'Aurélien, un jeune homme qui, en cette fin de XIXe siècle, ne rêve que d'une chose : contempler l'or ruisselant des abeilles, le nectar doré à la saveur délicate qui se cache au coeur des ruches et que l'on appelle le miel. Idée farfelue ou projet des plus sérieux ? Aurélien est convaincu de la réussite de son entreprise, au grand dam de son entourage qui le prend pour un de ces aventuriers inconscients, aveuglés par la soif de l'intrépide, étourdis par l'appel de l'inconnu... Aux frontières de l'impensable, le jeune homme peut-il se risquer à tenter l'impossible et, qui sait, peut-être s'ouvrir les portes d'un monde incroyable ? Rien n'est moins sûr, mais c'est là, je pense, toute la magie de ce petit livre : avancer dans l'insouciance de nos rêves et croire en la vie, en nos espoirs les plus fous. Qu'importe, après tout, que les autres ne nous comprennent pas et perçoivent notre démarche comme l'expérience ratée d'un illuminé ! Il faut avoir foi en nous, en nos capacités et ne jamais renoncer à partir à la poursuite de cette forme insaisissable de bonheur.

Il est peut-être invisible, irréel, immatériel, mais il est là, tout près, à portée de main. Ainsi, Aurélien n'hésite pas, il est d'une volonté sans nom et ne se laisse pas abattre facilement : suivant le chant de son coeur, la route éclatante qu'il sait tracée pour lui, il s'engage sur cette voie qui l'amènera à se découvrir, se connaître, à se comprendre pour mieux voir la beauté et la simplicité du monde et des hommes qui le peuplent. J'ai vraiment été touchée, émue par la pureté et la sensibilité qui se dégagent de la plume de Maxence Fermine, l'auteur de ce roman. Tant sur le fond que sur la forme, son écriture, mais aussi la construction des chapitres, se veut épurée, dénuée d'artifices littéraires qui s'enfoncent dans l'inextricable forêt de tours et de détours à seule fin de raccorder un point A à un point B. Si mon raisonnement semble quelque peu mathématique, c'est parce qu'il s'inscrit dans une élémentarité profonde : l'auteur raconte la vie, son soleil, sa chaleur, dans tout ce qu'elle a de plus simple et de plus beau. Il ne s'encombre pas des futilités extérieures, et même s'il écoute et tient compte du jugement des autres, il ne le laisse pas influencer sa propre manière d'agir et de penser. C'est une vision qui peut apparaître légèrement utopique, un peu réductrice quelque part, mais je ne suis pas de cet avis !

Ce qui est réducteur, c'est d'avoir pour seul but d'accéder au bonheur. Et finalement, c'est cette idée de quête initiatique qui rend les choses invraisemblables, qui détruit le bonheur qui se trouve en nous et non pas devant nous. Nous naissons heureux, nous ne le devenons pas. Car le bonheur est un tout, une harmonie réelle qui se construit jour après jour dans la joie et la peine, dans les bons et les mauvais moments, dans les réussites et les échecs... Le bonheur est invisible, il n'a rien de l'arc-en-ciel coloré au pied duquel nous n'arriverons jamais, car il est déjà en nous. Il brille, il irradie, il étincelle de mille feux, mais reste hors d'atteinte pour celui qui le cherche sans le voir, sans questionner son moi intérieur, son envie d'être, son désir d'exister. Le héros de L'Apiculteur est ainsi un voyageur exalté, enthousiaste, curieux, amoureux, et son périple, s'il semble l'aider à acquérir une certaine forme de sagesse et de félicité, l'amène, ainsi que le lecteur, à s'interroger sur le sens et la définition même du bonheur, un sentiment, une émotion forte qui ne nous quitte jamais vraiment, nous façonne et écrit l'histoire de notre miel, de la sève merveilleuse qui coule en nous et nous rend vivants.

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  • À la découverte d'un auteur...

Avant de me plonger dans L'Apiculteur, le nom de Maxence Fermine m'était totalement inconnu, ou presque. J'avais vu circuler son nom ici et là, et c'est en errant sur la Toile que je suis tombée sur ce petit ouvrage. Sans même l'avoir lu, j'étais déjà séduite, emportée dans un ailleurs inaccessible, et sans bien savoir pourquoi, j'ai attendu quelques années avant de le sortir de ma bibliothèque, cherchant le moment opportun pour le découvrir dans tout ce qu'il avait de meilleur. Je ne regrette pas d'avoir laissé le temps faire son oeuvre, car aujourd'hui, je comprends qu'il est inutile de courir après des chimères ridicules, que le bonheur se dessine sous nos yeux et insuffle en nous un fol espoir, la certitude que tout ce dont nous avons besoin pour être heureux se trouve ici et nulle part ailleurs.

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En résumé, L'Apiculteur est une lecture coup de coeur ! Laissez-vous charmer par cette histoire envoûtante et unique en son genre, laissez les mots résonner dans votre coeur et courir sur votre peau tel un frisson d'excitation... Tout simplement, plongez dans ce roman magique qui vous apprendra que, bien souvent, l'on est heureux sans même le soupçonner.

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Détails sur ce livre :

L'Apiculteur, publié aux éditions Le Livre de Poche

Auteur : Maxence Fermine

Nombre de pages : 222 pages

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Sue-Ricette

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dimanche 14 juin 2020

Vous oublier

vous-oublier- Ils se sont rencontrés et aimés le temps d'une nuit. Une seule. Un moment de folie et d'évidence. Pourtant, au petit matin, chacun a repris le cours ordinaire de sa vie. Mais peut-on refermer une parenthèse comme elle s'est ouverte, d'un coup ? -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Valérie Bel, l'auteure de cette nouvelle, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Chacun de mes lectures se veut être unique, diversifiée autant que faire se peut, et alterner entre édition classique et autoédition fait partie de mes petits plaisirs littéraires. Ce milieu encore trop méconnu du système éditorial regorge de véritables pépites et m'a permis de découvrir plus d'un auteur talentueux. Valérie Bel compte parmi mes coups de ♥ autoédités, tant pour le genre littéraire qui la définit si bien, la romance, que pour les histoires qu'elle écrit, toujours aussi belles et inspirantes.

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  • L'art de la nouvelle

Comment, en quelques pages, composer une histoire d'amour ? Pourquoi se résoudre à un tel format, tandis que le flot des mots nous emporterait dans le tourbillon des tendres murmures du coeur ? Parfois, les déclarations enflammées où sonnent la redondance et le désir profond d'impressionner, d'éblouir celui ou celle qui hante nos pensées, rompt le charme le plus pur qui émane de cette émotion véritable qui nous anime tous : l'amour.

Il ne faut ainsi pas plus d'une vingtaine de pages à Valérie Bel pour que ses deux personnages prennent vie sous sa plume sensuelle, douce, créative... Attirés tels des aimants, ils laissent libre cours aux sentiments qui font battre leur coeur à l'unisson le temps d'une nuit. Le lendemain, la magie s'est envolée, la réalité se rappelle à eux, bien trop fade et monotone. La question que pose l'auteure est simple, limpide : lorsque le destin met sur notre route la bonne personne, celle qui nous fera aimer le monde comme jamais auparavant, peut-on détourner les yeux et ignorer l'évidence même ? Peut-on oublier l'autre, et s'oublier soi-même dans l'ennui d'une vie qui ne nous correspond pas ?

Pourtant, malgré la clarté de la problématique posée par Valérie Bel, il demeure un "mais", une terrible contradiction qui peut ou non inverser le cours des choses. Si le destin parvient à faire se croiser deux âmes ignorantes l'une de l'autre, a-t-il pour autant le pouvoir de les réunir ? Est-il capable d'influencer l'avenir ? Rien ne le prouve, mais ce "coup de pouce" invisible qui s'invite dans notre quotidien sans prévenir ne serait-il pas un infime fragment de bonheur posé là sans bruit ? C'est en tout cas l'interprétation que j'en fais et, surtout, l'image romantique que je souhaite avoir de cette histoire.

Je ne veux pas chercher à expliquer de manière rationnelle comment deux êtres, que rien n'aurait pu décider à se rencontrer, s'aiment envers et contre tout, malgré la distance, l'absence, les aléas de la vie... Toute la magie d'une petite nouvelle comme Vous oublier réside dans l'inconnu, le fait de ne pas savoir s'il existe une véritable alchimie scientifique, des codes mathématiques qui régissent l'amour, ou bien si celui-ci n'est que le fruit du hasard, le résultat de choses qui nous dépassent et qu'on ne peut tout simplement pas expliquer. L'amour, c'est ce déclic insoupçonné, ce flash soudain qui survient au moment où l'on s'y attend le moins, ce besoin irrépressible de penser à la personne aimée et dont souvent nous ne connaissons pas même le nom... L'amour est tout et rien à la fois, il n'a pas besoin de grands mots et de calculs savants pour se comprendre, car le coeur seul sait déchiffrer les mille et une émotions qui s'emparent de nous pour mieux les apprivoiser et les partager sans condition.

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  • Un mot sur...

Tout comme Ninon Amey, Valérie Bel est une romantique, elle croit en l'amour, au coup de foudre, au petit "truc" qui écrit les belles histoires. Rêver, imaginer, se perdre et se retrouver, partir en quête des émotions qui feront vibrer le lecteur... Le pari d'un si court récit est plus que réussi, car Vous oublier a su m'attendrir, me toucher en plein coeur, me surprendre, me frustrer avec cette fin incroyable, à mi-chemin entre la rage et le désespoir, et dont, cependant, je ne vous parlerai pas davantage, au risque de vous spoiler !

Comme il est impensable que je vous dévoile le meilleur de cette nouvelle, je préfère vous convaincre de découvrir Valérie Bel et son oeuvre et, plus largement, l'autoédition et ses nombreux auteurs. J'ai souvent chroniqué ici des livres autoédités et reçus en services presse, des ouvrages écrits par des hommes et des femmes doués et à l'imagination débordante ! Qu'ils soient auteurs de polars, romances, SFFF, feel good, jeunesse ou autre, tous vivent pour et par une passion commune : l'écriture. Ainsi, les auteurs autoédités sont des rêveurs invétérés qui ont foi en la réalité et en ses infinies possibilités. À nous, lecteurs, de les aider à avancer...

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En résumé, Vous oublier est une lecture coup de coeur ! J'ai tout aimé dans cette histoire et je vous invite à la découvrir et à en faire profiter les personnes qui vous sont chères. Comme le disait si bien Gabriel García Márquez :

"Se souvenir est facile pour ceux qui ont de la mémoire, mais oublier est difficile pour ceux qui ont du coeur."

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Détails sur ce livre :

Vous oublier, autoédité en ebook

Auteur : Valérie Bel

Nombre de pages : 20 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

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mardi 5 mai 2020

Pour un moment

pour-un-moment- Tout va bien dans le meilleur des mondes pour Lady Stirvek. Alors que son meilleur ami, le roi Siegfried, vit désormais une belle idylle avec la reine Arela, c’est à son tour d’avoir droit au bonheur ! Fiancée au très beau Lord Perfax, elle pense enfin avoir trouvé l’homme parfait, celui qu’elle épousera par amour et qui deviendra le père de ses enfants. Toutefois, quand ce dernier trouve la mort dans des conditions peu glorieuses, la jeune femme s'effondre. Son cœur se brise et ses espoirs de bonheur sont anéantis.

Quand le roi Siegfried lui demande de bien vouloir épouser un Lord qu’elle n’a jamais rencontré afin d’assurer au royaume un avantage tactique face au Royaume de Lumière, elle accepte sans sourciller, trop abattue et désabusée pour attendre quoi que ce soit de la vie. Sa seule demande : avoir le droit de se retirer de la Cour pour retourner vivre sur ses propres terres.

Cependant, lorsque Lady Stirvek rencontre l’homme qu’elle doit bientôt épouser, elle se rend vite compte que, comme elle, il a déjà beaucoup perdu. Peut-être sont-ils faits pour s’entendre finalement… -

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Mon avis :

Je tiens à remercier Liv Fox, l'auteure de ce roman, de m'avoir accordé sa confiance pour la lecture et la critique de son livre.

Dernière histoire complétant le merveilleux cycle Pour une Romance composé par Liv Fox, et dont l'intégrale sortira prochainement, Pour un moment nous offre un ultime et somptueux voyage au coeur de l'amour, dans un pays glacé où le bonheur se croise parfois au détour d'une neige inattendue...

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  • Une quête de sens

Un roman brumeux, une atmosphère étrange, comme glaciale, qui nous plonge dans la tourmente amoureuse d'Evie Stirvek. Femme de caractère, lady sûre d'elle, ce personnage impose le respect et l'admiration par sa détermination, son impétuosité et son manque brut de considération pour les convenances. Elle est énergique, franche et sincère, mais reste avant tout sensible et émotive, cachant ce qui, à ses yeux, ressemble à un aveu de faiblesse vis-à-vis de sa personnalité atypique. C'est en quelque sorte une protection, un moyen de défense pour contrer la mesquinerie et les faux-semblants qui pullulent à la Cour du roi Siegfried. Partisane d'un humour ironique et taquin, d'une répartie désinvolte et libérée, lady Stirvek ne trouve du réconfort qu'auprès du souverain du Royaume du Froid, son meilleur ami. Marié à la belle Arela, dont nous avons découvert l'histoire juste ICI, Siegfried irradie de bonheur auprès de son aimée, tout comme celle-ci lui témoigne son affection et son amour démesuré.

Pourtant, tandis qu'il se dégage du couple royal une chaleur bienveillante, Evie se noie dans le chagrin du passé, les remords, la tristesse et la mélancolie de ce bonheur qui, pour elle, reste insaisissable. Le résumé parle de lui-même et l'histoire nous plonge dans le désarroi profond qui assaille le coeur de lady Stirvek. Plus par amour que par peur des rumeurs et autres commérages incessants au sein de la Cour, elle se réfugie dans la détresse de son âme, inondant son esprit de chimères heureuses et de souvenirs ingrats, douloureux... Malgré sa force de caractère, Evie est troublée, bien plus, en tout cas, que son attitude distante et ses manières neutres ne le laissent entrevoir. Personnellement, j'ai beaucoup aimé son personnage, car il se trouve aux antipodes de l'héroïne fragile qui se laisse simplement couler dans la dépression. Lady Stirvek, bien qu'anéantie par ce bonheur envolé, reste droite et garde la tête sur les épaules : si elle ne peut être véritablement comblée dans la vie, au moins pourra-t-elle mener son existence comme elle l'entend, quand bien même devrait-elle se marier sans amour !

Il est peu fréquent de voir passer dans la littérature des protagonistes qui balaient d'un revers de main la naïveté énamourée et la sempiternelle crédulité des sentiments. Ici, lady Stirvek fait fi des paillettes et des codes qui l'entourent, sa vie n'appartient qu'à elle et personne ne peut décider à sa place du rôle qu'elle souhaite ou non s'attribuer. J'ai apprécié cette indépendance caractérielle qui, cependant, masque une faille, celle du coeur. Evie comble donc ce manque par l'indifférence, la froideur et l'autorité qui la définissent si bien, et en même temps, la condamnent à la solitude et aux pleurs. Impossible de la détester pour ses jeux de mots un peu salaces ou ses remarques parfois déplacées ou inconvenantes pour une femme de son rang ! On ne peut que se délecter de la voir évoluer dans un monde qui ne lui sied guère et se joue d'elle, tendant au loin, telle une perche, une félicité inaccessible, aussi lointaine que les étoiles dans le ciel.

À l'opposé de lady Stirvek, il y a lord Huckle. Comment ne pas l'évoquer ? Tout à la fois charmant, séduisant, mystérieux, patient, indomptable et ténébreux, il est, tout comme son homologue féminin, brisé, détruit. Là encore, on ne peut que s'attacher à lui ! Pour autant, il ne s'agit pas de pitié ou de compassion de notre part, car l'écriture de Liv Fox parvient à rendre le récit vivant et crée en nous une personnalité unique, comme si s'ouvrait devant nous une porte, un passage vers cet univers enchanteur et romantique. On suit littéralement les personnages dans leur peine et leur incompréhension, non pas comme un lecteur extérieur, mais plutôt comme quelqu'un qui, bien qu'invisible aux yeux des héros, chemine à leurs côtés pour apaiser leurs craintes et libérer leur coeur des lourdes chaînes de doutes et de peurs qui les empêchaient de battre.

La lecture se trouve être ici une participation silencieuse, chatoyante, et relève d'une sorte d'interactivité entre les héros, le lecteur et cette entité tantôt malicieuse, tantôt cruelle, que l'on appelle le destin. Et, insidieusement, une question, une seule, se pose : l'infortune et les malheurs de notre vie ne sont-ils pas en réalité le chemin qui nous conduira, tôt ou tard, vers la joie, la chaleur, la lumière et les sourires de jours meilleurs ? C'est, je pense, une réflexion nécessaire pour mieux comprendre et aborder cette histoire, qui ne se résume pas à une romance érotique tout ce qu'il y a de plus banal. Au contraire, c'est une psychologie bien détaillée oscillant entre haine et amour, entre espoir et désillusions, laissant une multitude de sentiments contradictoires affluer dans notre esprit, se chamailler pour mieux s'apprivoiser et, finalement, peut-être chanter la véritable mélodie du coeur.

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  • L'évolution d'une plume

Romancière d'amour, Liv Fox compte déjà six histoires à son actif. Depuis que j'ai découvert sa série Pour une Romance, je me suis à chaque fois laissée embarquer par sa plume et son univers coloré, magique, intrigant, romantique à souhait, original et bien construit de bout en bout. À chaque fois, je me surprenais à attendre avec impatience sa prochaine parution, car la littérature sentimentalo-érotique est un genre que, de base, je lis peu. Pourtant, au fur et à mesure que je lisais chacune de ces romances, je me plaisais à suivre ces personnages, à les découvrir, les comprendre et les apprécier tels qu'ils sont, sans chercher à vanter leurs qualités ou, au contraire, à leur trouver mille et un défauts stéréotypés.

Ces ouvrages ont pour moi été des petits plaisirs littéraires, ils font partie de ces lectures qui nous coupent du monde extérieur et nous offrent une bulle hors du temps, rien qu'une heure ou deux, tout au plus, pour profiter d'une évadée romantique, sensuelle et merveilleusement belle. À quelques exceptions près, les romances (New Adult ou autres) qui mettent en scène de façon plus ou moins explicite les relations sexuelles des deux héros ne sont pas légion dans mes bibliothèques, car ce n'est pas une littérature vers laquelle je vais me tourner de prime abord... Mises à part certaines fois, où j'ai besoin d'une lecture légère, sans prise de tête et qui me fasse rêver, autrement ce n'est pas un genre littéraire que j'affectionne particulièrement. Pourtant, Liv Fox et ses romances ont su me convaincre de donner une chance à la littérature érotique, car en vérité, ce sont des romans que l'on sous-estime et qui renferment souvent bien davantage que ce que l'on croit...

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En résumé, Pour un moment est un adorable coup de coeur ! J'apprécie toujours autant le style d'écriture de l'auteure et la manière qu'elle a d'imaginer et de décrire tant les liens qui unissent ses personnages, que les sentiments qui les rapprochent ou bien les éloignent. C'est une magie subtile et intense, un rayon de soleil dans la grisaille environnante, une bouffée d'oxygène dans ce monde saturé, épuisé, un moment qui n'appartient qu'à nous et nous emmène loin au-dessus des nuages...

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Détails sur ce livre :

Pour un moment, autoédité en ebook

Auteur : Liv Fox

Nombre de pages : 175 pages (au format numérique)

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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samedi 2 mai 2020

Istanbul, souvenirs d'une ville

istanbul-souvenirs-d-une-ville- Évocation d'une ville, roman de formation et réflexion sur la mélancolie, Istanbul est tout cela à la fois. Au gré des pages, Orhan Pamuk se remémore ses promenades d'enfant, à pied, en voiture ou en bateau, et nous entraîne à travers ruelles en pente et jardins, sur les rives du Bosphore, devant des villas décrépites, dessinant ainsi le portrait fascinant d'une métropole en déclin. Ancienne capitale d'un vaste empire, Istanbul se cherche une identité, entre tradition et modernité, religion et laïcité, et les changements qui altèrent son visage n'échappent pas au regard de l'écrivain, fin connaisseur de son histoire, d'autant que ces transformations accompagnent une autre déchirure, bien plus intime et douloureuse, celle provoquée par la lente désagrégation de la famille Pamuk – une famille dont les membres, grands-parents, oncles et tantes, ont tous vécu dans le même immeuble – et par la dérive à la fois financière et affective de ses parents. Dans cette œuvre foisonnante, magistralement composée et richement illustrée, Orhan Pamuk nous propose de remonter avec lui le temps de son éducation sentimentale et, in fine, de lire le roman de la naissance d'un écrivain. -

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Mon avis :

Comment aborder une telle oeuvre ? Comment, avec mes petits mots de blogueuse, rendre hommage à ce livre si dense et magistral, si beau et poétique ? Pour la première fois de ma vie, je me trouve au pied du mur, car j'ai l'impression que cet article, aussi complet puisse-t-il être, ne saura pas décrire tout ce que cet ouvrage magnifique et totalement unique en son genre m'a apporté. Un comble, me direz-vous, pour une chroniqueuse... Mais qu'importe ! Le défi est de taille, mais il ne me fait pas peur, car je sais qu'au plus profond de mon coeur demeurent les mots justes, ceux-là mêmes qui trouveront un écho en chaque lecteur qui découvrira ce billet, pour vous parler d'Istanbul, de sa vie et de ses innombrables trésors.

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  • Un dédale de rues

Tel un labyrinthe géant, Istanbul se dessine sous la plume d'Orhan Pamuk, ce contemporain nostalgique d'une vie qui fut, de celle qui est, et d'une autre qui, peut-être, ne sera jamais... Sur les ruines d'un ancien empire prospère et puissant, une autorité à nul autre pareil en son temps, l'Istanbul républicaine délaisse son histoire, comme si elle cherchait à renier son passé, à oublier les conquêtes, le pouvoir, la beauté, mais aussi la cruauté qui façonnèrent autant la gloire que la crainte, l'admiration autant que la terreur des centaines d'années de règne de la dynastie ottomane. L'auteur, perdu dans une contemplation méditative teintée de mélancolie, observe la déchéance de sa nation, de son pays, la décrépitude des rues et des quartiers, l'insalubrité des murs et des trottoirs sans jamais, pourtant, poser sur ce cocon de souvenirs un regard de haine. Orhan Pamuk tisse des liens invisibles entre le hüzün, cette tristesse spleenienne partagée par tous les stambouliotes, et les hauts et les bas de la ville, ses aléas politiques, économiques, historiques, sociaux, allant même jusqu'à créer un parallèle saisissant avec sa propre existence. Ainsi, il décrit avec beaucoup de sensibilité l'attachement qui nous lie à un lieu, qui nous rend indissociable de la vie de ce lieu et qui, jour après jour, au fil du temps, amène nos pas sur les souvenirs, les mémoires gravées pour l'éternité dans la pierre vétuste des maisons, dans le bois pourri et humide d'un abri de pêcheur qui, malgré le poids des ans et le désintérêt des hommes, tient encore debout, sait-on par quel miracle...

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"Quiconque souhaite donner un sens à sa vie s'interroge également, au moins une fois dans son existence, sur le lieu et l'époque de sa naissance. Que signifie être né à tel endroit et à tel moment de l'Histoire ? Cette famille, ce pays, cette ville qui nous sont attribués à la manière d'un ticket de loterie, que l'on nous demande d'aimer et que l'on finit le plus souvent par aimer pour de bon, sont-ils le fruit d'un partage équitable ?" 

 

"Comment donc la beauté d'une ville, la richesse de son histoire ou bien ses mystères pourraient-ils être des remèdes à nos souffrances intérieures ? Peut-être aussi que la ville où nous vivons, tout comme notre famille, nous l'aimons parce que nous n'avons pas d'autre solution ! Mais il nous faut inventer les lieux et les raisons à venir de notre amour pour elle."

(extraits d'Istanbul, souvenirs d'une ville)

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C'est un livre de questionnements, une invitation à la réflexion sur la condition humaine, les choix qui, trop souvent, ne sont pas les nôtres, mais résultent d'un conformisme sociétal insaisissable, incompréhensible, et qui nous poussent à accepter un destin dont nous ne voulons pas. Istanbul, c'est tout à la fois une ville opprimée et souveraine, contrainte de suivre les règles, la loi, et en même temps libre de modifier les codes et d'évoluer au rythme d'un monde en perpétuel changement. Orhan Pamuk se plonge dans les secrets insoupçonnés, les anecdotes refoulées et occultées du passé aussi lumineux qu'obscur de cette ville qui le fascine et l'appelle au plus profond de son âme. Istanbul ne vit pas aux dépens de chacun, son coeur bat par la seule et unique force commune des stambouliotes réunis par les mêmes sentiments, les mêmes émotions inconscientes qui les poussent à se créer une vie collective. Le hüzün, ce chagrin mélancolique ou réside une part de nostalgie désabusée, caractérise ainsi la culture, la manière de penser et d'agir de ce pays aux confins de l'Orient et de l'Occident.

D'ailleurs, pour Orhan Pamuk, il n'est pas si exact d'avancer une telle situation, aussi géographiquement vraie soit-elle. Pour l'auteur, c'est cette constante comparaison, ce rapprochement inéluctable opéré par nombre d'étrangers curieux aux désirs exotiques qui, en somme, nuit à l'authenticité, au charme premier, originel, de cette Istanbul disparue, évaporée dans les méandres des esprits, si peu consignée dans les archives historiques et ignorée de son temps par les pachas et autres prestigieux sultans. Le romancier se délecte autant qu'il se trouve dégoûté par l'occidentalisation totalement illusoire qui fit renaître (ou chuter, plus vraisemblablement) la Turquie dans son ensemble, et amena la capitale à se chercher une identité qui, malheureusement, n'était et ne sera jamais la sienne. Provoquer la refonte complète du pays entraîna autant de bouleversements bénéfiques que de destructions inénarrables d'un passé qui, du haut de sa lointaine existence, observe la médiocrité moderne que Orhan Pamuk décrit avec un mélange de curiosité, de lassitude et d'engouement certain à plonger au coeur même de cette ville qui l'a vu naître et grandir.

Pourtant, malgré la décadence d'Istanbul, l'auteur parle d'espoir, d'amour, de joie, de bienveillance et de tolérance. Entrecoupant les chapitres dédiés à cette ville qu'il aime par d'autres plus personnels, il nous confronte aux vicissitudes du temps qui altèrent notre esprit et abîment notre coeur. Les aléas de la vie ne doivent pas nous faire oublier qu'une ville, aussi décevante soit-elle à nos yeux, aussi sales, répugnantes et tristes puissent-être ses rues délavées et jaunies, telle une photo de famille que les années n'auraient pas épargnée, cette ville reste la nôtre et occupe dans notre coeur une place qu'aucun autre lieu sur Terre ne pourra jamais remplacer. Ainsi, le Bosphore, lieu emblématique d'une enfance heureuse et, pour Orhan Pamuk, témoin ancestral de nombreuses vies envolées, ne distingue pas le bien du mal et engloutit à tout jamais dans ses eaux mystérieuses les peines et les joies, les larmes et les sourires, les drames et les amours...

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"Le plaisir de se promener sur le Bosphore, de se mouvoir au sein d'une ville si vaste, si riche historiquement et si mal entretenue, vous fait éprouver la liberté et la force d'une mer profonde, puissante et animée. Le voyageur qui file, porté par les rapides courants, au milieu de la saleté, de la fumée et du brouhaha d'une ville tellement populeuse, sent que la force de la mer passe en lui et qu'au sein de toute cette multitude, de toute cette densité historique et de tous ces bâtiments, il est tout de même possible de demeurer libre, la tête haute."

(extrait d'Istanbul, souvenirs d'une ville)

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  • Une vie entre deux eaux

Istanbul, symbole d'un seul et même battement coeur pour des millions d'âmes, reflète également le passé, le présent et l'avenir de chaque individu. Orhan Pamuk se replonge donc dans son enfance et son adolescence, des périodes qui furent pour lui non pas synonymes d'insouciance et de légèreté, mais plutôt de doutes, d'incertitudes, de remises en question et de nombreuses interrogations quelque peu existentielles. Vivant au sein d'une grande famille, le petit Orhan habite dans l'immeuble familial construit par son grand-père. Les souvenirs de son enfance, partagée entre les bagarres incessantes et parfois douloureuses avec son frère, les entrevues régulières avec les autres membres de la famille, les disparitions inexpliquées de son père et la tristesse de sa mère, ne font pas remonter en lui une peine immense ou un mal-être qui ne cicatrisera jamais. Au contraire, ces pensées enfouies dans son inconscient rejaillissent avec une certaine détermination, un besoin de comprendre le petit garçon qu'il était alors et qui s'amusait à la seule idée d'imaginer un autre Orhan, semblable à lui, vivant autre part et dont il ne saura jamais rien. Les caprices scolaires, eux, lui permettent de se souvenir de sa grand-mère, à la fois douce et autoritaire, de ses instituteurs et du matraquage réglementaire dont quelque-uns faisaient preuve vis-à-vis des élèves, des amis, des petites amourettes d'école qui ne débouchèrent sur rien, mais également du premier véritable amour, plus tard au lycée, une histoire déchirante et pleine de rêves, désillusionnée dans la tourmente spirituelle des coeurs et de la bienséance...

Istanbul n'est pas seulement une ville, ni même ce livre à l'écriture dense et prenante, c'est un état d'esprit, un écho qui trouve sa résonance en nous et fait vibrer notre âme, fait frissonner notre corps d'un tremblement léger, nouveau et qui inscrit dans un coin de notre tête non pas son exotisme sensuel, mais sa force, son courage, sa beauté simple et grisâtre, ses bâtiments en ruines, ses charpentes calcinées, vestiges passionnants d'un voyage intemporel qui nous amène à découvrir la ville dans sa forme la plus pure, dépourvue des curiosités habituelles qui ne mettent sur le chemin de ce récit merveilleux que les superficialités d'un monde inconnu et lascif. Le véritable lien qui nous unit à Istanbul, c'est la force de vie qui se dégage de ses murs, la diversité et la richesse culturelle de la bulle dans laquelle elle évolue et qui, malgré le désir d'avancer sur la voie de l'occidentalisation, la maintient à l'abri des regards et la protège d'une chute irréversible, l'empêchant ainsi de sombrer définitivement dans le fleuve infini de l'oubli commun.

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En résumé, Istanbul, souvenirs d'une ville est un coup de ♥ intersidéral ! Pour moi, c'est plus qu'un roman, un essai ou encore une autobiographie écrite avec le coeur et la main d'un auteur passionné. C'est là l'oeuvre d'un écrivain qui aime profondément, viscéralement sa ville et qui s'attache non pas à conserver dans sa mémoire un souvenir impérissable de ce lieu qui lui est si cher, mais bien à écrire la vie, l'immortalité qui ne peut se voir ou s'entendre, mais seulement se ressentir dans les tréfonds de l'âme, là où demeure l'amour éternel qui jamais, ô jamais, ne s'éteindra.

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Détails sur ce livre :

Istanbul, souvenirs d'une ville, publié aux éditions Folio

Auteur : Orhan Pamuk

Nombre de pages : 560 pages

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Je vous dis à bientôt pour un prochain article et je vous souhaite de faire de belles lectures.

Sue-Ricette

coup de coeur

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